Progression des maladies allergiques : la faute aux bisphénols ?

L’incidence croissante des maladies allergiques dans le monde conduit à rechercher des facteurs susceptibles de contribuer à cette évolution. Il est ainsi suspecté que l’exposition à des polluants environnementaux, prénatale et au début de la vie, pourrait augmenter le risque de développer ultérieurement des maladies allergiques et respiratoires. Parmi ces polluants, les bisphénols, perturbateurs endocriniens chimiques, ont été pointés du doigt. Ils sont largement utilisés dans la production de plastiques, de résine époxy etc…et l’exposition peut se faire par voie orale dermique ou aérienne. Le Bisphénol A (BPA) est le principal représentant de cette famille. Il peut traverser la barrière placentaire et sa présence a été détectée dans le fluide amniotique et dans le lait maternel. L’exposition au BPA pendant la grossesse et la petite enfance pourrait avoir un impact délétère sur la fonction pulmonaire et favoriser la survenue d’un wheezing et d’un asthme.

Une revue de la littérature à partir des bases PubMed, Scopus et Web of Science a été réalisée pour faire le point sur le rôle possible de l’exposition au cours de la grossesse et dans la prime enfance au BPA, bisphenol S (BPS) et bisphénol F (BPF) dans l’apparition de maladies allergiques dans l’enfance. Au total 2 648 études publiées depuis 2015 ont été identifiées. Les critères d’éligibilité étaient la mesure des concentrations de Bisphénols dans les prélèvements d’urine au moins une fois au cours de la grossesse puis chez les enfants et il fallait également que la relation avec la survenue d’un asthme, de wheezing, de dermatite atopique/eczéma, de rhinite allergique ait été examinée (avec des résultats exprimés par Odds Ratio OR, risque relatif RR ou hazard ratio HR avec des intervalle de confiance de 95 % IC95). Mais seules huit études épidémiologiques (sept études de cohorte, une étude transversale) sont apparues répondre à ces critères et être de qualité suffisante pour être incluses dans la revue.

Quelques données en faveur de l’implication du BPA

Dans une seule de celles-ci, il était observé que l’exposition prénatale au BPA pouvait augmenter le risque de wheezing chez l’enfant (RR : 1,20 ; IC95 1,03-1,40). Une seule autre étude a également montré que l’exposition prénatale au BPA était associée à une augmentation du risque de symptômes d’asthme chez les enfants de 6 à 7 ans (OR : 1,66 ; IC95 1,04-2,66). De même une étude a constaté que l’exposition d’enfants de 3 à 6 ans au BPA pouvait augmenter le risque d’asthme.

Une seule publication (parmi les cinq études qui l’ont évalué) montre un risque accru d’eczéma atopique chez les enfants dont les mères avaient été exposées au BPA pendant la grossesse.

Au total, certains de ces travaux suggèrent une possible association entre l’exposition pendant la grossesse et la petite enfance au BPA et le développement d’au moins un type de maladies allergiques. Pour les BPS et le BPF les études sont trop rares pour permettre de tirer des conclusions sur leur rôle éventuel dans l’émergence de pathologies allergiques.

D’autres études sont probablement nécessaires pour préciser les conséquences indésirables de l’exposition aux bisphénols en matière de risque d’allergie et les mécanismes éventuellement en cause. Rappelons qu’eu égard à d’autres dangers potentiels, la plupart des pays occidentaux dont la France ont interdit l’utilisation du bisphénol A par les industriels notamment dans les biberons (depuis 2010) et certains contenants alimentaires depuis 2015.

Dr Marie-Line Barbet

Référence
Weteska M et al. : Relationship between prenatal and postnatal exposure to bpa and its analogues (bps, bpf) and allergic diseases. International Journal of Occupational Medicine and Environmental Health 2023;36(5):1–12. doi.org/10.13075/ijomeh.1896.02184

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