Pourquoi les cancers de la prostate sont-ils plus agressifs chez les Noirs ?

On considère que le cancer de la prostate tue plus de 300 000 hommes par an. Son incidence et sa gravité sont plus élevées chez les Noirs que chez les Blancs : par exemple elles sont multipliées par 2 chez les Guadeloupéens (dont 90 % sont d’origine africaine) par rapport aux Français blancs de métropole.

Cette plus forte incidence s’explique par des causes génétiques, mais, pour la plus forte mortalité, des facteurs environnementaux et socioculturels interviennent aussi sans doute pour la plus forte mortalité. Ainsi, on a pu incriminer à la fois des mutations (perte du gène PTEN) et une exposition aux pesticides. Pour aborder les différences génétiques entre Blancs et Noirs, les auteurs se sont appuyés sur le séquençage du génome total (SGT) et sur celui de l’acide ribonucléique (SARN) de 25 individus (10 Noirs et 15 Blancs), mais aussi sur l’analyse des spécimens de 132 pièces de prostatectomie radicale (PR) pour des KP agressifs ou non, ce qui leur a permis d’établir une « carte d’identité des tumeurs », à partir de 157 cas (101 blancs et 56 noirs). Ainsi, par exemple, ont-ils pu affirmer que la délétion homozygote du gène PTEN (10q24) ne s’observait que dans 7 % des cas. On a trouvé des corrélations significatives entre les délétions de PTEN (10q24) et celles de TP53 (17p13).

Mutations et exposition aux pesticides

Chez les Guadeloupéens, une délétion sur 1q42-43 semble beaucoup plus fréquente que chez les Blancs ; le SARN a permis de relier cette insuffisance haploïde à une moindre expression de certains gènes, elle-même explicable par une exposition aux pesticides organochlorés utilisés dans les bananeraies, ce qui a des conséquences thérapeutiques. Quant au SGT, il a permis de dépister 4 972 mutations également réparties entre Blancs et Noirs.

Il a aussi été trouvé, chez les Noirs, 2 mutations du gène BRCA2, responsables de la plus grande instabilité chromosomique. C’est aussi chez les noirs que se rencontrent les mutations géniques les plus fréquentes, lesquelles sont aussi plus souvent observées dans les KP métastasés que dans les KP localisés. Il en est de même pour le long ARN non-codant, beaucoup plus élevé dans les tumeurs provenant de Guadeloupéens que dans celles des Blancs, et corrélé à une réduction de la survie, tant globale que spécifique.Les duplications chromosomiques sont aussi beaucoup plus répandues chez les Noirs. Enfin les mutations du gène CDK12 sont associées à une importante participation immunologique, suggérant une efficacité de l’immunothérapie dans de telles situations.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Tonon L et coll. : Mutational profile of aggressive, localised prostate cancer from African Caribbean men versus European ancestry men. Eur Urol., 2019; 75: 11-15.

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Vos réactions (1)

  • Pourquoi les cancers de la prostate seraient-ils agressifs chez les Noirs antillais ?

    Le 29 avril 2019

    Pourquoi les cancers de la prostate seraient-ils agressifs chez les Noirs des Antilles françaises?

    Incidence et gravité sont plus élevées chez les Noirs que chez les Blancs, du moins au niveau des Antilles françaises. Par exemple elles sont multipliées par 2 chez les Guadeloupéens (dont 90 % sont d’origine africaine) par rapport aux Français blancs de métropole.

    On ne dispose pas de renseignements sur les autres habitants des autres Antilles : Dominique, Barbade, Sainte-Lucie, etc… De sorte que les comparaisons ne sont possibles qu’avec les noirs américains.

    Il faut attendre les travaux américains sur ce sujet et sur cette population avant de se prononcer.

    Pour la plus forte incidence, elle pourrait certes s’expliquer par la génétique. Les génomes ne sont pas identiques. De sorte qu’au moment des mitoses les ARN messagers mutés ne sont pas les mêmes.

    D’autres ARN cette fois ceux des facteurs correcteurs sont peut-être plus souvent absents.
    Pour la plus forte mortalité, interviennent bien d’autres facteurs que les pesticides, comme les facteurs socioculturels comme le retard à consulter, la croyance dans la médecine par les plantes alors que ces dernières ne fonctionnent pas avec des stéroïdes.

    On a incriminé une exposition aux pesticides. Mais d’autres îles tout aussi consommatrices ne semblent pas touchées.

    Dr Jean Doremieux

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