Efficacité symptomatique du mépolizumab dans le syndrome hyperéosinophilique

Le syndrome hyperéosinophilique (SHE) est une maladie rare et polymorphe qui se caractérise certes par une hyperéosinophilie sanguine, mais aussi par une augmentation des taux d'éosinophiles ou une accumulation marquée de protéines cationiques dans les tissus. Il peut en résulter des dysfonctionnements d’organes qui font partie du SHE. L'hyperéosinophilie sanguine, pour sa part, est définie par un taux d’éosinophiles > 1,5×109/L, constaté à au moins deux reprises.

Les symptômes sont variés, puisqu’ils peuvent être en rapport avec une atteinte pulmonaire, cardiovasculaire, dermatologique ou encore gastro-intestinale. Les options thérapeutiques incluent le plus souvent une corticothérapie orale au long cours et le recours à des agents cytotoxiques et/ou immunosuppresseurs, qui ne sont pas dénués d’effets indésirables. Le mépolizumab, un anticorps monoclonal humanisé qui cible l'interleukine-5, a récemment été approuvé dans le traitement du SHE, dans de nombreux pays dont la France.

Un essai randomisé qui a déjà fait parler de lui

De fait, un essai randomisé de phase 3 a révélé que ce médicament réduisait de manière significative la fréquence des poussées évolutives de la maladie, comparativement au placebo. Quel est son impact sur la sévérité et la fréquence des nombreux symptômes qui viennent altérer la qualité de vie des patients atteints d’un SHE ?

Pour répondre à cette question, 108 patients ayant participé à l’essai évoqué plus haut ont été soumis à un questionnaire spécifique qui a permis d’évaluer les principaux symptômes quotidiens imputables à la maladie et répartis en six catégories : douleurs abdominales / ballonnements, troubles respiratoires (dyspnée, sibilances etc.), frissons ou sueurs, douleurs musculaires ou articulaires, symptômes ORL (congestion nasale, écoulement nasal, etc.) et manifestations cutanées (notamment démangeaisons, éruptions cutanées ou encore urticaire). Une échelle visuelle analogique (0-10) a été utilisée pour quantifier quotidiennement l’intensité de tous ces symptômes.

Amélioration significative sous mépolizumab

Au terme de 32 semaines de traitement par le mépoluzimab administré par voie sous-cutanée, tous ces symptômes s’étaient améliorés de manière significative par rapport au groupe sous placebo, à l’exception de ceux relevant d’une atteinte cutanée. Les valeurs médianes des scores symptomatiques étaient initialement comparables dans les deux groupes, mais à la 32e semaine, la différence intergroupe plaide en faveur de l’efficacité symptomatique du mépoluzimab, les variations correspondantes étant de −1,19 versus −0,13 (p=0,001). Ce sont les symptômes respiratoires qui se sont le plus améliorés, alors qu’ils étaient considérés comme particulièrement gênants par plus d’un patient sur deux (56 %). Une analyse paramétrique a révélé que l’effet symptomatique se manifestait dès la première injection du médicament pour se maintenir par la suite.

Cet essai randomisé porte sur un effectif restreint et sa puissance statistique reste modeste. Ses résultats n’en suggèrent pas moins l’intérêt thérapeutique du mépolizumab au cours du SHE : outre une diminution de la fréquence des poussées évolutives, cet anticorps monoclonal réduit l’intensité de la plupart des symptômes imputables à la maladie. D’autres études sont les bienvenues pour préciser encore l’effet symptomatique, notamment à plus long terme, au-delà de 32 semaines.

Dr Philippe Tellier

Référence
Roufosse F et coll. Mepolizumab therapy improves the most bothersome symptoms in patients with hypereosinophilic syndrome. Front Med (Lausanne). 2023; Mar 29;10:1035250. doi: 10.3389/fmed.2023.1035250.

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