Un autre type d’échocardiographie pour évaluer l’atteinte cardiaque dans la sclérodermie

La mortalité de la sclérodermie systémique (SSc) est principalement liée à l’atteinte cardiaque dont la détection précoce reste difficile. Comment progresse le dysfonctionnement ventriculaire gauche une fois le cœur touché ? Quels sont ses facteurs déterminants ou ses signes précurseurs ? Rares sont les études qui permettent de répondre à ces questions, car l’échocardiographie conventionnelle trouve ici ses limites. Une technique peu opérateur-dépendante a quelque peu changé la donne : c’est l’échocardiographie de suivi des marqueurs acoustique ou en anglais echocardiographic speckle-tracking analysis (ESTA) qui permet de suivre et de quantifier automatiquement les déplacements cycliques des parois cardiaques.

Des algorithmes sophistiqués donnent accès aux paramètres de déformation du ventricule gauche en termes de strain et de strain rate dont les composantes longitudinale, circonférentielle et radiale sont prises en compte et utilisées pour évaluer la fonction ventriculaire tant segmentaire que globale. Une étude transversale a fait appel à cette technique pour caractériser la prévalence et la progression éventuelle du dysfonctionnement ventriculaire gauche chez 234 patients atteints d’une SSc connue (dont 196 femmes, âge moyen 52 ± 14 ans). Dans la majorité des cas (165/234), l’extension de la maladie restait limitée et le délai écoulé depuis son diagnostic était estimé à 5,2 années (écart interquartile, EIQ, 2,9-11,3). Les variables cliniques et biologiques, les résultats des explorations fonctionnelles respiratoires et les données échocardiographiques classiques ont été recueillis à l’état basal et au terme d’un suivi d’une durée médiane de 2,3 années (EIQ, 1,3-3,9). Ce bilan a été complété par une évaluation de la fonction ventriculaire gauche systolique par ESTA sous la forme du strain longitudinal global (SLG).  

Au cours du suivi, le SLG s’est détérioré de manière modeste mais significative (-21 % ± 2 vs -19 % ± 2, p < 0,001), alors que la fraction d’éjection ventriculaire gauche conventionnelle est restée stable (62 % ± 7 vs 61 % ± 8, p = 0,124). Cette évolution péjorative a principalement concerné 39 participants chez lesquels le SLG avait diminué d’au moins 15 % au terme du suivi, alors qu’il existait par ailleurs d’autres signes témoignant d’une SSc évolutive : diminution de la force des muscles proximaux, fibrose pulmonaire, détérioration de la fonction rénale, dysfonctionnement diastolique ventriculaire gauche, altération de la fonction systolique du ventricule droit.

La progression du dysfonctionnement ventriculaire gauche est mieux évaluée avec l’ESTA

Trois variables ont été associées à une détérioration du SLG ≥ 15 % : (1) la faiblesse des muscles proximaux (odds ratio, OR, 3,437, intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 1,13-10,43, p = 0,020) ; (2) la baisse de la DLCO (OR 3,621, IC 95 % 1,25-10,51, p = 0,049) ; (3) le dysfonctionnement diastolique du ventricule gauche (OR 2,378, IC 95 % 1,07-5,27, p = 0,033).

Cette étude de cohorte longitudinale montre qu’au cours de la SSc, la progression du dysfonctionnement ventriculaire gauche est davantage accessible à l’échocardiographie avec suivi des marqueurs acoustiques. Le SLG est un paramètre plus sensible que la FEVG pour détecter et suivre le dysfonctionnement systolique du VG qui, dans cette série, est associé à d’autres signes pouvant contribuer à son identification : faiblesse des muscles proximaux, baisse de la DLCO ou encore dysfonctionnement diastolique du VG mis en évidence par  l’échocardiographie conventionnelle.

Dr Philippe Tellier

Référence
Van Wijngaarden SE et coll. : Progression of Left Ventricular Myocardial Dysfunction in Systemic Sclerosis: A Speckle-tracking Strain Echocardiography Study. J Rheumatol., 2019 ; 46 (4):405-415.

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