Attention aux répercussions des régimes d’exclusion pour les enfants allergiques !

L’allergie alimentaire de l’enfant nécessite bien entendu l’exclusion de l’allergène en cause. Chez les jeunes enfants, 8 allergies alimentaires dominent : lait de vache, œuf, noix (cacahuète et noisette), soja, blé, poissons et fruits de mer, avec une prévalence de 2,1 à 4,2 % chez les enfants de 0 à 3 ans. Du fait de ces exclusions, la crainte des carences reste prépondérante dans la prise en charge des allergies alimentaires.

A cet égard, des progrès significatifs ont été faits, notamment pour éviter les exclusions injustifiées de certains aliments, encourager l’allaitement maternel, accompagner le choix de la préparation hypoallergénique la mieux adaptée. Les recommandations insistent aussi sur l’importance de l’individualisation de la prise en charge diététique pour éviter les problèmes de croissance et les carences.

Malgré cela, des publications font régulièrement état de troubles de la croissance chez les enfants allergiques, voire de cas de malnutrition grave. A ce propos, une revue récente a fait le point sur le volet nutritionnel de l’allergie alimentaire, abordant la question des troubles de la croissance, celle des micronutriments et enfin des difficultés alimentaires des enfants allergiques.

Troubles de la croissance, carences en micronutriments et difficultés alimentaires

Il apparaît que, selon la majorité des études, les enfants atteints d’une allergie alimentaire ont un retard de développement, se traduisant notamment par un retard de croissance. S’il est difficile de tirer des conclusions solides concernant l’influence du nombre d’aliments exclus et de leur type, il semble que les paramètres de croissance soient moins bons à partir de 3 aliments exclus, en particulier quand l’un d’eux est le lait de vache. Le retentissement des comorbidités sur le risque de retard de croissance est assez peu étudié, mais les travaux font toutefois ressortir un impact négatif de la dermatite atopique sur la croissance.

Deuxièmement, si les exclusions alimentaires sont à l’origine d’une réduction de la consommation de micronutriments, cela ne semble pas se traduire obligatoirement par des carences. En cas d’allergie au lait de vache, il existe une plus faible consommation de calcium et la carence la plus fréquemment décrite est celle en vitamine D. De plus, les taux sériques de zinc, de fer, des vitamines du groupe B sont souvent peu élevés.

Enfin, si les difficultés d’alimentation sont le plus souvent dues, chez l’enfant, à un reflux gastro-œsophagien, elles sont également constatées en cas d’allergie alimentaire. Les études sont cependant difficiles à mener dans ce domaine, car les symptômes peuvent varier en fonction de l’âge de l’enfant et du questionnaire utilisé. S’y ajoute le fait que la terminologie employée pour qualifier ces troubles est souvent peu précise : refus alimentaire, alimentation difficile, aversion alimentaire… Quoi qu’il en soit, ce sont les difficultés d’alimentation des allergies non IgE médiées qui ont été les plus étudiées, notamment en cas d’œsophagite à éosinophiles. Divers symptômes ont été associés à ces difficultés d’alimentation : vomissement par reflux, constipation, douleurs abdominales et trouble de la croissance. Il semble aussi que l’allergie aux protéines du lait de vache d’apparition précoce ait des répercussions à long terme sur l’alimentation et le développement ultérieur du goût de l’enfant.
 
Ces troubles de la croissance, carences en micronutriments et/ou difficultés alimentaires peuvent avoir des conséquences sérieuses à long terme. Les professionnels doivent donc être particulièrement vigilants, suivre systématiquement les courbes de croissance, se faire aider si besoin par les nutritionnistes pour établir précisément la consommation alimentaire de l’enfant et juger de la nécessité d’une supplémentation. Il semble également essentiel de conseiller et d’éduquer les familles pour prévenir et dépister précocement les signes de difficultés d’alimentation.
 

Dr Roseline Péluchon

Référence
Meyer R et coll. : Nutritional disorders resulting from food allergy in children. Pediatr Allergy Immunol., 2018. 29: 689-704. . doi: 10.1111/pai.12960

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Importance de la prise en charge multidisciplinaire des enfants allergiques

    Le 23 avril 2019

    L'intérêt d'un suivi nutritionnel de ces enfants par du personnel compétent est évident et bien souligné par votre article. Outre le besoin de conserver une alimentation équilibrée, ces enfants et leur famille ont aussi besoin de conseils, d'astuces, de recettes pour cuisiner des plats qui procurent autant de plaisir que ceux sans éviction. Importants aussi : décrypter les étiquetages, être mis en garde contre les pièges, et ne pas se sentir seuls à gérer tout cela au quotidien.

    J'en viens au but de ma note : la disproportion criante entre ce besoin et les moyens minimaux (voire aucun) mis à disposition des équipes d'allergologie dans les centres hospitaliers… Notamment les postes de diététiciens attribués à ce domaine...et le soutien financier bien insuffisant aux actions d'éducation thérapeutique… (pourtant très à la mode…).

    Recherche de rentabilité directe et à brève échéance, quand tu tiens une société…

    Dr A. Pipet, Nantes, Pneumologue-Allergologue.

Réagir à cet article