Café et biomarqueurs du risque cardiovasculaire, on boit la tasse !

Le café est de loin l’une des boissons les plus consommées dans le monde. Nombreuses sont les études à avoir établi une relation inverse entre la quantité ingérée et le risque de maladie cardiovasculaire sans toutefois pouvoir affirmer un lien de causalité. De plus, les bases biologiques de cette association demeurent bien mystérieuses et les hypothèses vont bon train. Un effet anti-inflammatoire de ce breuvage a même été évoqué et une revue systématique de la littérature internationale s’est penchée sur cette hypothèse en interrogeant les bases de données suivantes : PubMed, Embase, CINAHL, Web of Science, Cochrane Central Register of Controlled Trials et CAB Abstracts.

Peu d’études éligibles

Sur les 1 631 documents recensés, seuls 17 essais randomisés ont été jugés éligibles et in fine analysés. Le café n’a que des effets modestes sur les biomarqueurs du risque cardiovasculaire : ainsi, seul le café bouilli a été associé à une discrète augmentation des concentrations sériques de cholestérol total, de LDL-cholestérol et d’apolipoprotéine B, de signification clinique plus qu’incertaine. Peut-être faut-il y voir la trace du contenu des grains de café en substances liposolubles telles les diterpènes, le cafestol et le kahweol… qui sont retenus par les filtres : aucun effet similaire n’a d’ailleurs impliqué le café filtré, ce qui irait dans le sens de cette hypothèse.


Pour ce qui est biomarqueurs de l’inflammation, une seule étude a révélé une élévation significative des taux sériques d’interleukine 6 (IL-6) chez les consommateurs de café caféiné, comparativement à des témoins non exposés à ce type de boisson, ce qui est trop maigre pour emporter la conviction. Les autres marqueurs examinés dans les études passées au crible n’ont pas permis de mettre en évidence un éventuel effet du café. Cela vaut pour la C-reactive protein, l’IL-18, le tumor necrosis factor-alpha, l’adiponectine, la lipoprotéine a, la leptine, la myéloperoxidase, la phospholipase A2, l’homocystéine et le fibrinogène.

Des limites et une incertitude compréhensible

Cette revue exhaustive de la littérature internationale s’avère bien décevante : son mérite est de n’avoir retenu que les essais randomisés au demeurant peu nombreux à s’être intéressés aux éventuels effets du café sur les biomarqueurs du risque cardiovasculaire, incluant notamment ceux de l’inflammation. Au passage, il apparaît que les données publiées sont à la fois rares et incomplètes, du fait de la faiblesse des effectifs, de la brièveté des périodes d’observation et de l’insuffisance des explorations ad hoc. A cet égard, la voie du stress oxydatif n’a jamais été étudiée.

Il en ressort néanmoins que l’impact bénéfique du café sur la mortalité cardiovasculaire reste bien mystérieux, dans la mesure où ces marqueurs ne sont guère sensibles aux vertus de la caféine. Un effet anti-inflammatoire se répercutant sur les marqueurs de l’inflammation systémique a peu de chance d’être à l’origine des vertus de ce breuvage qui sont illustrées par de nombreuses études d’observation. Quant aux effets sur le profil lipidique, rien de bien consistant non plus.

Le mystère reste de fait entier et il s’écoulera certainement encore beaucoup de café dans les tasses avant qu’il ne soit percé… Plus d’études de longue durée, plus de biomarqueurs et plus de participants : c’est à ce prix que l’on pourra peut-être déchiffrer l’énigme.

Dr Philippe Tellier

Références
Daneschvar HL et coll. : Impact of Coffee Consumption on Physiological Markers of Cardiovascular Risk: A Systematic Review. Am J Med. 2021 ; 134(5):626-636.e2. doi: 10.1016/j.amjmed.2020.09.036.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Plus de bien-être

    Le 27 mai 2021

    L'effet antidouleur de la caféine, peut-être à l'origine de plus de sensation de bien-être et du coup un moindre impact négatif sur le système cardiovasculaire ?


    M. S. pharm. biologiste

  • Aspirine caféinée

    Le 28 mai 2021

    Il y a longtemps...on l'a associé dans un même comprimé avec de l'aspirine vendu sous le nom d'aspirine caféinée.
    J-P Jolas (un vieux "potard")

Réagir à cet article