L’oncologue, au cœur de la prise en charge de la dénutrition

Les avancées dans la prise en charge des cancers ont permis un allongement significatif de la survie pour un grand nombre de patients. Encore faut-il que la dénutrition et les perturbations métaboliques ne viennent pas compromettre l’efficacité grandissante des traitements. Une détérioration du statut nutritionnel avec dénutrition est en effet fréquente chez les patients atteints de cancer et toucherait 50 à 80 % des patients. Et, cette dernière est associée à des taux élevés de ré-hospitalisations, de séjours prolongés, de mauvaise tolérance du traitement anti-cancéreux et de réduction de la qualité de vie. Les travaux montrent aussi qu’elle serait directement responsable de 20 % à 40 % des décès en cancérologie.

Ces chiffres illustrent bien la nécessité de dépister systématiquement la dénutrition et d’associer au traitement anti-cancéreux une prise en charge nutritionnelle adaptée. Or, beaucoup de praticiens considèrent encore que la perte de poids et la perte musculaire sont des conséquences inévitables de la progression cancéreuse et se focalisent sur la croissance tumorale. Il semble donc intéressant de traduire les avancées en termes de nutrition au cours du cancer, en informations utiles pour la pratique, dans le but d’associer les approches oncologique et nutritionnelle de la maladie cancéreuse. C’est à cette tâche que s’est attelé un panel d’oncologues turcs qui se sont entendus sur une série de recommandations pratiques, étayées par des preuves scientifiques et des opinions d’experts.

Dépister systématiquement

Les intervenants s’accordent sur le fait que le terme de « dénutrition liée au cancer » est plus approprié que le terme de « cachexie » pour définir le statut de ces patients. Pour la prise en charge, ils recommandent l’utilisation d’algorithmes. Des outils existent déjà pour dépister la dénutrition et le panel recommande particulièrement l’utilisation du Nutrition Risk Screening (NRS-2002), du Patient generated subjective global assessment (PG-SGA) ou du Malnutrition Screening Tool (MST), moins chronophage.

Une fois le risque nutritionnel et le stade de dénutrition évalués, une stratégie de prise en charge doit être établie. Une supplémentation nutritionnelle orale ou une nutrition entérale peut être envisagée chez les patients dont la fonction gastro-intestinale est intacte, et une nutrition parentérale pour ceux dont la fonction est altérée ou les voies digestives endommagées. Les compléments nutritionnels oraux présentent de nombreux avantages : ils augmentent la consommation énergétique et réduisent la perte de poids, améliorent la qualité de vie des patients et la compliance à la thérapie anticancéreuse, réduisent les effets indésirables des traitements et finalement peuvent être sources d’économies.

Compléments et exercices

Les recommandations préconisent des apports énergétiques de 20 à 25 kcal/kg/jour pour les patients alités et de 25 à 30 kcal/kg/jour pour les patients ambulatoires, alors que les apports liquidiens ne doivent pas dépasser 30 à 35 ml/kg/jour. Quant aux apports protéiques, ils peuvent aller au-delà de 2g/kg /jour pour les patients dont la fonction protéique est normale, mais ne doivent pas dépasser 1 à 1,2 g/kg/jour si la fonction rénale est altérée. Les praticiens prescrivent le plus souvent des compléments « standard » (riches en calories et/ou en protéines), qui augmentent significativement la consommation énergétique totale, avec des bénéfices cliniques apparents quand la consommation atteint 250 à 600 kcal/jour. Les compléments peuvent aussi être enrichis, mais il n’existe jusqu’à présent aucune recommandation précise quant aux micronutriments spécifiques. Seuls les acides gras omega-3 sont « modestement » recommandés dans certains guidelines. Les auteurs rappellent que les formes orales des compléments alimentaires semblent améliorer la compliance. La prise en charge doit aussi inclure la pratique d’une activité physique ou d’une réhabilitation, et des mesures pharmacologiques parmi lesquelles les gluco-corticoïdes, anti-inflammatoires, anti-nauséeux, en fonction de chaque situation clinique spécifique.

Une approche multimodale

Les auteurs remarquent que, l’origine de la dénutrition étant multi-factorielle, une approche multimodale est nécessaire pour contrer le catabolisme menant à la dénutrition. Pour les auteurs, l’oncologue, de part sa proximité avec le patient tout au long de la prise en charge, peut jouer un rôle central dans la coordination de cette approche pluri-disciplinaire.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Yalcin S et coll. : Nutritional Aspect of Cancer Care in Medical Oncology Patients. Clin Ther., 2019; 41 (11) : 2382-2396.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article