Nutrition et santé cardiovasculaire : allons aux champignons !

Les champignons comestibles sont d’une grande richesse nutritionnelle volontiers méconnue. C’est ainsi qu’ils contiennent en abondance protéines, acides aminés essentiels, fibres et vitamines notamment B1, B2, B12, C et D. Il ne faut pas négliger non plus leur contenu en minéraux divers : calcium, potassium, magnésium, sodium, phosphore, cuivre, fer, manganèse et sélénium, tout cela s’accompagnant d’un faible apport en lipides athérogènes. Au vu de cette liste non exhaustive, il est tentant de leur attribuer des vertus nutritionnelles bénéfiques pour le système cardiovasculaire. Rares sont cependant les études à s’être penchées sur la question et force est de constater qu’elles laissent le lecteur sur sa faim. Les champignons vénéneux et hallucinogènes ont indéniablement suscité une littérature plus abondante.

Sept études en tout et pour tout

Les bases de données habituelles ont été consultées jusqu’aux parutions d’août 2020 : Ovid MEDLINE, Embase, Ovid Cochrane Database of Systematic Reviews, Scopus et Web of Science. Cette recherche a conduit à la découverte de 1 479 études : seules sept d’entre elles, en l’occurrence, des essais randomisés et des études d’observation par essence non contrôlées, ont été jugées éligibles et dignes d’être analysées.

Une étude de cohorte prospective se distingue des autres par son effectif et ses résultats : elle a en effet inclus 110 680 participants dont 11 894 patients atteints d’une maladie cardiovasculaire (MCV) et 10 206 diabétiques. Au terme d’un suivi de plus de deux millions de patients-années, aucune association significative n’a été mise en évidence entre la consommation de champignons -évaluée à une seule occasion - et le risque d’évènements cardiovasculaires majeurs combinés (infarctus du myocarde, décès en rapport avec une maladie coronarienne, AVC létal ou non). La comparaison qui n’a fait dans la nuance a porté sur les gros et les petits consommateurs de champignons, soit plus de 5 portions/semaine versus moins d’une par mois : difficile, dans ces conditions, d’aboutir à une relation de type dose-effet.

Des résultats le plus souvent discordants

Les autres études, plus modestes par leurs effectifs et leurs objectifs ont abouti à des résultats contrastés, pour ne pas dire discordants : dans les meilleurs des cas, il semble que, dans une étude croisée, des régimes riches en champignons puissent améliorer le profil lipidique en l’espace de sept jours, qu’il s’agisse du cholestérol  total ou des triglycérides mais au prix d’un tel taux d’attrition  que l’interprétation des résultats en devient pour le moins problématique. Un petit essai randomisé plaide néanmoins en faveur d’un tel effet bénéfique au terme de 21 jours d’un régime, de sorte qu’il y a matière à s’interroger.

Qu’en est-il dans le domaine de l’hypertension artérielle ?  Deux essais randomisés, dont l’un croisé, ont abouti à des résultats radicalement opposés : dans l’un une baisse modeste mais significative des chiffres tensionnels dans le groupe exposé versus le groupe témoin, dans l’autre, l’absence d’effet mesurable. Une troisième étude ferait pencher la balance en faveur d’une diminution significative quoique modeste de la PA systolique/diastolique sous l’effet des champignons.

Cette revue systématique de la littérature a le mérite de révéler au grand jour le peu de cas qui est accordé aux atouts nutritionnels des champignons comestibles : en dépit d’une composition équilibrée et riche, doublée d’une faible teneur calorique, les rares études éligibles, le plus souvent brèves et portant sur de maigres effectifs, ne parviennent pas à des résultats convaincants quant aux bienfaits possibles de ces aliments. Ceci incite à une évaluation plus rigoureuse des effets sur la santé notamment cardiovasculaire …  à la recherche d’une probable relation dose-effet. Plus de 250 variétés de champignons en France sont des candidats potentiels pour des études épidémiologiques....

Dr Philippe Tellier

Références
Krittanawong C et coll. : Mushroom Consumption and Cardiovascular Health: A Systematic Review. Am J Med. 2021; 134(5):637-642.e2. doi: 10.1016/j.amjmed.2020.10.035.

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