Prise en charge nutritionnelle des bronchiolites, on reste sur sa faim

Les bronchiolites saisonnières représentent un problème particulièrement pregnant en pédiatrie. Le jeune âge est un facteur de risque de sévérité et d’hospitalisation. En France, 20 000 enfants ont été admis à l’hôpital pour cette raison en 2017-2018. En 2019, le taux d’hospitalisation a été de 35,6 ‰ nourrissons français et 13 % ont eu une assistance ventilatoire. Les difficultés d’alimentation sont fréquentes et peuvent conduire à la déshydratation et à la chute des apports caloriques. Les mesures thérapeutiques vont des repas fractionnés après aspiration à la perfusion ou à l’alimentation par sonde.

Du reste, les recommandations et protocoles de traitement sont pauvres à cet égard. Le risque d’hyponatrémie par sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique est souvent méconnu.

Une enquête transversale, par le biais d’un questionnaire comportant 23 items, a été réalisée auprès des services de pédiatrie et des unités d’urgence des hôpitaux généraux et universitaires à l’exception des services de soins intensifs dans différentes régions de France, de Belgique et de Suisse francophones. Les questions posées étaient centrées sur les nourrissons de moins de 3 mois et concernaient l’assistance nutritionnelle.

Un certain manque de consistance

Au total, le taux de réponse des médecins contactés (un seul praticien par unité) a été de 93/141 (66 %), 16 en Belgique, 73 en France, 4 en Suisse ; 67 % exerçaient en hôpital général, 33 % en hôpital universitaire, en médiane depuis 14 ans. Selon 87,8 % des répondants, l’alimentation normale est interrompue à l’admission dans 24 % des centres et 65,6 % des cas de forme sévère de bronchiolite dans le but de réduire le travail respiratoire. L’alimentation entérale fractionnée avec la formule habituelle -le lait de mère a la faveur de la grande majorité des praticiens- est utilisée dans 72 % des unités. Les infirmières et les parents sont plus réticents pour une alimentation par sonde nasogastrique (respectivement 42,1 % et 38,6 %) que les médecins (12,1 % ; p < 0,001). Pour les perfusions, les solutés isotoniques sont utilisés dans 13,4 % des unités ; la disponibilité des solutés tout préparés est le facteur majeur influençant leur prescription médicale. Près d’un quart des praticiens ont admis une connaissance insuffisante du risque d’hyponatrémie et de sa physiopathologie. A la sortie de l’hôpital, une documentation écrite est remise aux parents dans moins de 25 % des services. La fragmentation du nombre des repas avec aspiration nasale préalable a été prescrite dans 80 % des cas. La recherche, dans la littérature médicale de protocoles de soins édictés dans différentes langues se montre infructueuse et on note l’absence de recommandations nutritionnelles dans la plupart des 23 pays considérés.

En pratique, les pratiques de prise en charge nutritionnelle des bronchiolites manquent de…consistance. Les recommandations et protocoles sont insuffisants, le risque d’hyponatrémie par des solutés hypotoniques et l’intérêt de l’hydratation et de l’alimentation entérale méconnus.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Valla FV et coll. : Nutritional management of young infants presenting with acute bronchiolitis in Belgium, France and Switzerland: survey of current practices and documentary search of national guidelines worldwide. Eur J Pediatr., 2019; 178: 331-340

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