Selon une étude britannique, l’automesure de la PA serait la plus coût-efficace pour le suivi de l’HTA

L’automesure de la pression artérielle (PA) a changé la prise en charge de l’HTA. Si elle est réalisée dans les conditions optimales avec le bon brassard par un patient sensibilité à cette pratique, elle vient utilement compléter la mesure de la PA en consultation (MAPAC) qui reste nécessaire dans le suivi.

L’automesure peut par ailleurs être couplée à la télésurveillance et à la télétransmission des chiffres tensionnels dans le but d’améliorer le contrôle de l’HTA.

Le traitement antihypertenseur peut en théorie être ajusté par le médecin sinon au jour le jour, du moins de manière régulière, ce qui a tout lieu d’être bénéfique pour le patient et la collectivité sous l’angle de l’économie de la santé. D’ailleurs, il a été établi que cette approche permettait de mieux contrôler l’HTA que la stratégie reposant uniquement sur la MAPAC, sans que les effets sur la morbi-mortalité cardiovasculaire à long terme soient pour autant connus. Il est cependant permis de s’interroger, comme le ferait un économiste, sur le rapport coût-efficacité des stratégies en compétition. L’automesure fait-elle mieux que la MAPAC et la télétransmission offre-t-elle un bénéfice supplémentaire par rapport à l’automesure sans occasionner de surcoût pour le système de santé ?

La combinaison automesure + télétransmission est aussi bien placée

C’est à ces questions que répond une étude coût-efficacité réalisée en Grande-Bretagne. Un modèle de simulation de Markov a été développé à l’échelon du patient en intégrant les perspectives et les pratiques propres au système de santé britannique et à ses divers services notamment sociaux. L’horizon temporel du modèle a été fixé à l’échelon d’une vie avec des cycles de six mois pour l’évaluation. Le seuil décisionnel a été défini par la disposition à payer d’un montant fixé à 20 000 £ par QALY (quality-adjusted life year).

Dans cette optique, la stratégie qui se distingue des autres par son rapport coût-efficacité est la combinaison automesure+télétransmission, avec une valeur effectivement compétitive de 17 424 £  par QALY, comparativement à la surveillance médicale standard (MAPAC) et à l’automesure isolée (les résultats étant transmis par voie postale au médecin). Cependant, des analyses de sensibilité déterministes ont changé ces résultats, en montrant que l’autosurveillance était davantage coût-efficace, dès lors que l’on joue sur les hypothèses principales concernant l’efficacité à long terme et l’horizon temporel au sein du modèle. Ainsi, d’un point de vue global, une analyse de sensibilité probabiliste (et non plus déterministe) est venue un peu plus enfoncer le clou, en suggérant que l’automesure, indépendamment des éventuelles modalités de transmission des chiffres tensionnels, avait toutes les chances d’être plus coût-efficace que la surveillance médicale standard : la probabilité d’une efficacité à 20 000 £/QALY a été estimé à 89 %, alors que l’incertitude persiste pour la comparaison entre automesure seule et automesure combinée à télétransmission.

A vérifier dans d’autres systèmes de santé

De cette modélisation à l’aune du système de santé britannique et de ses exigences en termes de disposition à payer, il ressort que l’automesure de la PA est, à l’heure actuelle, la plus coût-efficace en pratique médicale courante : elle permet un contrôle optimal de l’HTA et, de ce fait, elle a toutes les chances de réduire la morbi-mortalité cardiovasculaire imputable à cette dernière. Ce qui reste néanmoins à confirmer, car aucune modélisation ne saurait dispenser d’une vérification par les faits.

Ces résultats ne sont pas transposables d’un pays à l’autre, car la notion de rapport coût-efficacité fait intervenir de multiples ingrédients économiques et sociaux qui varient de facto d’un système de santé à l’autre. Le choix du modèle a aussi son mot à dire, de sorte que la cause de la télétransmission des valeurs de la PA est loin d’être jugée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Monahan M et coll. Cost-Effectiveness of Telemonitoring and Self-Monitoring of Blood Pressure for Antihypertensive Titration in Primary Care (TASMINH4). Hypertension. 2019 ; 73 (6):1231-1239.

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