Toujours pas de justification à prescrire de la progestérone lors d’une menace de fausse-couche

Des saignements d’origine utérine en début de grossesse sont observés dans environ un quart des cas, et la menace de fausse-couche spontanée (FCS) se solde par un arrêt de la grossesse dans 10 à 20 % des cas. La majorité des femmes qui saignent en début de grossesse ne feront donc pas de fausse-couche.

C’est certainement à cause du désarroi du gynécologue face à une femme dont la grossesse prend soudain une tournure dramatique parce qu’elle saigne que, après tant de recommandations, une nouvelle étude concernant l’efficacité de la progestérone dans la menace de fausse-couche spontanée (FCS) a été menée au Royaume Uni.

Une grande étude, « the PRISM trial –Progesterone in Spontaneous Miscarriage trial », étude multicentrique, randomisée, en double aveugle contre placebo, menée de mai 2015 à Juillet 2017 dans 48 maternités du Royaume Uni a évalué l’effet sur le taux de naissances vivantes après 34 SA d’un traitement de progestérone micronisée. La progestérone (ou le placebo) était administrée par voie vaginale, à la dose de 400 mg 2 fois par jour, aux femmes enceintes de 16 à 39 ans qui avaient eu des saignements d’origine utérine avant 12 SA, après un contrôle échographique de la localisation intra-utérine de la grossesse et de son évolutivité. Le traitement était suivi jusqu’à 16 SA en cas de poursuite de la grossesse. Les femmes de plus de 39 ans avaient été exclues en raison de l’augmentation à cet âge des grossesses aneuploïdes pour lesquelles la progestérone n’a pas intérêt.

Taux de naissances vivantes : 75 % vs 72 %

Au total, 4 038 femmes ont été incluses, 2 025 ont pris le traitement de progestérone et 2 013 le traitement placebo. Le groupe progestérone et le groupe placebo étaient tout à fait comparables en ce qui concerne l’âge des femmes (respectivement 30,6 et 30,5 ans), leur indice de masse corporelle (26,4 et 26,5), le nombre de fausses-couches spontanées antérieures, la date de survenue des saignements (50ème et 51ème jour) et leur abondance.

Les taux de naissances vivantes après 34 SA étaient de 75 % dans le groupe progestérone et de 72 % dans le groupe placebo : risque relatif RR = 1,03 (intervalle de confiance à 95 % = 1,00 – 1,07) ; p = 0,08. Ces résultats confirment l’absence d’intérêt de la progestérone dans les menaces de FCS.

Néanmoins, l’étude de sous-groupes déterminés en fonction du nombre de FCS antérieures a montré que, s’il n’y avait pas de différence significative entre le groupe progestérone et le groupe placebo parmi les femmes qui n’avaient pas d’antécédents de FCS ou < 3 antécédents de FCS, dans le sous-groupe des femmes qui avaient ≥ 3 antécédents de FCS la différence était significative.Cette notion reste bien-sûr à confirmer.

Comme nous le savons depuis plusieurs dizaines d’années : « La progestérone n’est pas un traitement de la menace d’accouchement prématuré » comme l’a rappelé la HAS en 2016.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Coomarasamy A et coll. : A Randomized Trial of Progesterone in Women with Bleeding in Early Pregnancy. N Engl J Med., 2019; 380: 1815-24. doi: 10.1056/NEJMoa1813730.

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