Une antibioprophylaxie orale pour prévenir les infections du site opératoire dans la maladie de Crohn

On ne peut prévenir complètement les infections du site opératoire (ISO) dans la chirurgie colorectale du fait de l’exposition aux bactéries intestinales. Si la pratique du « flash » antibiotique injecté lors de l’induction anesthésique est bien admise, la préparation mécanique et par antibiothérapie orale (AO) du côlon est plus controversée. Dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, le risque infectieux est majoré (malnutrition, anémie, et prise d’immunomodulateurs ou de corticoïdes) ; dans la maladie de Crohn (MC) se surajoutent des lésions pénétrantes et sténosantes qui aggravent encore le risque septique. Des auteurs japonais se sont demandé si la prophylaxie par AO (en sus de l’injection flash de céphalosporine et de la préparation mécanique par picosulfate de sodium) réduisait les ISO dans la MC.

Ils ont initié une étude randomisée monocentrique, qui a inclus 325 patients entre 2014 et 2017 porteurs d’une MC nécessitant une résection intestinale à froid, en excluant ceux qui étaient allergiques aux antibiotiques ou ceux qui en avaient absorbé pour d’autres raisons dans les 15 j précédant l’intervention. Les malades du groupe A ont reçu la veille de l’opération 1,5 g de kanamycine et 1,5 g de métronidazole, les malades du groupe B rien. Sinon, ces 2 groupes étaient comparables (âge, sexe, indice de masse corporelle IMC).

L’absence d’antibiothérapie, un facteur de risque d’ISO

Toutes les interventions ont été réalisées par voie ouverte, précédées si besoin par un drainage d’abcès sous scanner (avec ablation du drain au cours de l’opération), et, avant fermeture, on a procédé à un lavage péritonéal avec 4 l de sérum salé. Le principal critère de jugement a été la survenue d’une ISO profonde ou sur la paroi abdominale ou le périnée. Les facteurs de risque d’ISO sont liés au terrain du malade : âge, sexe, IMC, diabète, score ASA (American Society of Anaesthesiologists), prise de corticoïdes, d’immunosuppresseurs, de produits biologiques (composants sanguins, protéines recombinantes), examens de laboratoire (albumine, hémoglobine), technique chirurgicale utilisée, perte de sang, confection d’une stomie, etc.

Sur les 325 patients, 4 ont été exclus pour des raisons méthodologiques, et finalement le tirage au sort a séparé 161malades dans le groupe A et 160 dans le groupe B. Le taux d’ISO global a été de 19,4 % (n = 63) inégalement réparti : 17,8 % pour les interventions sur le grêle, 12,6 % pour le côlon et 62,2 % pour le rectum (surtout en cas d’amputation abdomino-périnéale AAP). On n’a pas noté de différence significative en termes d’ISO entre les groupes A et B sauf en ce qui concerne les infections pariétales, plus fréquentes dans le groupe B. Il n’y a pas non plus de différence entre les sites d’intervention grêle, colon, ou rectum selon que les patients sont du groupe A ou B.

En analyse multivariée cependant, la non-prise d’AO a été reconnue comme un facteur de risque indépendant d’ISO, de même qu’une plaie classée III, une durée d’intervention dépassant 3 h, une confection de stomie ou une AAP.

Il est donc souhaitable de prescrire une antibioprophylaxie orale avant une résection intestinale pour maladie de Crohn.
 

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Uchino M et coll. : Efficacy of preoperative oral antibioticprophylaxis for the prevention of surgical site infections in patients with Crohn disease. A randomized control trial. Ann Surg., 2019; 269 (3): 420-426.

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Vos réactions (1)

  • Certes, certes...

    Le 05 juin 2019

    Une antibioprophylaxie réduit l'incidence des infections post opératoires... on s'en serait douté !
    Le problème, très général, est malheureusement ailleurs : quelles sont les effets à moyen et long terme d'une systématisation de cette pratique ? Il faut évaluer les conséquences pour le malade lui-même et pour l'écologie hospitalière, faute de quoi l'étude est sans intérêt.

    Dans le cas particulier de la maladie de Crohn, les cures d'antibiothérapie ont des effets sur le microbiote qui ont un impact notoire sur le risque ultérieur de poussée de la maladie.

    Dr Pierre Rimbaud

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