Le cœur fœtal en IRM 3D

L’échocardiographie bidimensionnelle est l’examen de première intention dans le diagnostic anténatal des cardiopathies congénitales. Cette technique, pour performante qu’elle soit, a ses limites intrinsèques et, dans certains cas complexes, des informations complémentaires s’avèrent nécessaires pour préciser des détails anatomiques infimes qui sont a priori plus accessibles à une imagerie vasculaire tridimensionnelle. Il arrive aussi que les images échographiques soient de mauvaise qualité. L’IRM fœtale a déjà fait la preuve de son intérêt diagnostique dans l’exploration d’autres organes que le cœur, mais elle est limitée par les mouvements du fœtus qui sont à l’origine d’artéfacts préjudiciables à une interprétation aisée des images. Dans ces conditions, comment parvenir à des performances optimales dans l’étude et le dépistage anténatal des cardiopathies congénitales ? Il suffit a priori d’améliorer les logiciels en corrigeant les artéfacts précédemment évoqués : c’est ce suggère une étude monocentrique dans laquelle ont été incluses 85 femmes enceintes chez lesquels une cardiopathie congénitale fœtale était connue ou suspectée. L’objectif a été de valider, dans un premier temps, la fiabilité de cette solution informatique, puis de la tester par rapport à diverses approches.

A cette fin, les données de l’IRM fœtale ont été acquises sous la forme de séries d’images bidimensionnelles classiques qui ont été ensuite reconstruites en images tridimensionnelles du thorax de très haute résolution, à l’aide d’un logiciel spécifique, «sur mesure» intégrant une correction de mouvement. Les données ainsi recueillies ont conduit à des interprétations qui ont été confrontées : (1) aux résultats anatomiques obtenus en échocardiographie 2D; (2) aux résultats d’une IRM fœtale classique sans correction de mouvement ; (3) aux données post-natales obtenues après l’accouchement.

Meilleure qualité des images et performances diagnostiques supérieures

L’âge gestationnel moyen au moment de l’IRM 3D était de 32 semaines (extrêmes, 24-36). Les données tridimensionnelles IRM haute résolution ont pu être générées pour toutes les participantes. Les mesures des structures cardiovasculaires ainsi visualisées ont été assez étroitement corrélées avec celles obtenues en écho 2D dans 51 cas (coefficient de corrélation intra-classe 0,78, intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 0,68-0,84). Les structures vasculaires, classées en 680 régions anatomiques d’intérêt, ont été plus efficacement accessibles en IRM 3D qu’en IRM 2D sans correction, soit 657/680 (97 %) versus 358/680 (53 %) (p < 0,0001), ce qui démontre au passage que le gain en résolution est bel et bien réel.

Qui plus est, quand une structure d’intérêt a pu être visualisée avec les deux techniques, les opérateurs qui ont interprété les images ont accordé une confiance bien supérieure à l’IRM 3D, en termes de certitude diagnostique pour la majorité des structures explorées, soit 90 % versus 10 % en IRM 2D. L’inverse ne s’est jamais présenté, l’IRM 3D étant toujours supérieure à l’IRM 2D, ce qui élimine l’hypothèse de possibles artéfacts induits par la correction de mouvement, ce qui est toujours possible avec une imagerie aussi sophistiquée (test de Wilcoxon ; p<0,0001). Des informations anatomiques supplémentaires ont été obtenues avec l’IRM 3D dans 10 cas qui auraient échappé à l’IRM 2D : leur authenticité et leur pertinence ont été confirmées dans tous les cas.

Un logiciel en open source

Le logiciel de reconstruction avec correction de mouvement propre à l’IRM, utilisé dans cette étude, permet de visualiser le cœur fœtal avec une précision qui n’a jamais été égalée. Les données tridimensionnelles ainsi obtenues sont supérieures en qualité à celles de l’IRM 2D, de sorte qu’elles garantissent a priori des performances diagnostiques supérieures ce qui devrait être facile à confirmer, si besoin est.

Par ailleurs, ce logiciel est en open source autrement dit librement accessible, de sorte qu’il peut être intégré dans les programmes standard d’imagerie cardiovasculaire fœtale en général fournis par le constructeur de l’appareil d’imagerie par IRM, en un mot peu usité : le remnographe. Dans des cas précis qui tiennent notamment aux limites de l’échocardiographie bidimensionnelle, cette approche peut s’avérer précieuse pour détecter ou mieux caractériser anatomiquement une cardiopathie congénitale complexe.

Dr Peter Stratford

Référence
Lloyd DFA et coll. : Three-dimensional visualisation of the fetal heart using prenatal MRI with motion-corrected slice-volume registration: a prospective, single-centre cohort study. Lancet. 2019: publication avancée en ligne le 22 mars. doi: 10.1016/S0140-6736(18)32490-5.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article