Moins de cancers avec une meilleure condition cardiorespiratoire ?

Deuxième cause de décès dans le monde, le risque de cancer est majoré par de nombreux facteurs de risque y compris des facteurs comportementaux modifiables, telle l'activité physique. L'aptitude, ou condition, cardiorespiratoire (ACR) est un reflet objectif du niveau d’activité physique d'intensité modérée à vigoureuse d'un individu, influencée à hauteur de 25 % par la génétique. L'activité physique régulière est associée à un risque plus faible de survenue de plusieurs types de cancer, mais peu d'études ont examiné l'influence de l'ACR sur l'incidence ou la mortalité par cancer. Bien entendu, il faut prendre en compte qu’un âge avancé, l'un des facteurs de risque les plus importants de cancers, s’accompagne d’une tendance à la diminution des niveaux d’ACR ; l’association entre ACR et l'incidence du cancer et sa mortalité peuvent donc varier en fonction du moment de la vie où l’ACR est évaluée.

Les objectifs de cette étude de cohorte prospective, étaient de déterminer s'il existe une association entre l’ACR au milieu de la vie et l'incidence et la mortalité des cancers du côlon, du poumon et de la prostate, et d'étudier la modification de ces associations en fonction de l'âge.

Les données de 177 709 hommes analysées prospectivement

L’étude a été menée à partir des données de 177 709 hommes ayant réalisé une évaluation en santé au travail entre 1982 et 2019 en Suède, d’âge moyen 42 ans (18-75 ans, SD 11 ans) et d’IMC moyen 26kg/m2 au moment de l’évaluation. L’ACR a été évaluée selon la consommation maximale d'oxygène (VO2max) en millilitres par minute et par kilogramme, estimée à l'aide d'un test d’effort sous-maximal sur bicyclette ergométrique.

Au cours d'un suivi d’une durée moyenne (ET) de 9,6 (5,5) ans, sont survenus 499 cancers du côlon (dont 152 décès), 283 cancers du poumon (207 décès) et 1 918 cancers de la prostate (141 décès).

Des niveaux plus élevés d’ACR ont été associés à un risque significativement plus faible d'incidence du cancer du côlon (HR, 0,98 ; IC 95 %, 0,96 - 0,98) et du poumon (HR, 0,98 ; IC 95 %, 0,96 - 0,99), et à un risque plus élevé d'incidence du cancer de la prostate (HR, 1,01 ; IC 95 %, 1,00 - 1,01).

Une influence variable selon le type de cancer

En tenant compte de l'âge, les patients qui déclaraient un cancer avaient une V̇O2max moyenne (ET) estimée inférieure à celle des patients sans cancer : 35,4 (0,4) vs 36,7 (0,1) mL/min/kg (P < 0,001) pour le cancer du côlon, 35,8 (0,5) vs 36,7 (0,1) mL/min/kg (P =0,01) pour le cancer du poumon et 37,6 (0,2) vs 36,7 (0,1) mL/min/kg (P <0,001) pour le cancer de la prostate. Les patients décédés avaient une ACR moyenne (ET) plus faible que ceux qui ne sont pas décédés : 35,8 (0,7) vs 36,7 (0,1) mL/min/kg (P=0,24) pour le cancer du côlon, 35,6 (0,6) vs 36,7 (0,1) mL/min/kg (P=0,09) pour le cancer du poumon (résultats non significatifs) et 34,8 (0,8) vs 36,7 (0,1) mL/min/kg (P=0,01) pour le cancer de la prostate. Une ACR plus élevée a été associée à un risque plus faible de décès par cancer du côlon (HR 0,98 ; IC 95 % 0,96-1,00), du poumon (HR 0,97 ; IC 95 % 0,95-0,99) et de la prostate (HR 0,95 ; IC 95 % 0,93-0,97).

Après stratification en 4 groupes selon l’intensité de l’ACR et dans les modèles entièrement ajustés, les associations ont persisté par rapport à un ACR très faible (< 25 mL/min/kg) pour :

-L'incidence du cancer du côlon et les niveaux modérés (35-45 mL/min/kg) et élevés (> 45 mL/min/kg) de VO2max : HR 0,72 (0,53-0,96) et HR 0,63 (0,41-0,98) respectivement.

-La mortalité par cancer de la prostate et les niveaux d’ACR faible (HR 0,67 ; IC 95 % 0,45-1,00), modéré (HR 0,57 ; IC 95 % 0,34-0,97) et élevé (HR 0,29 ; IC 95 % 0,10-0,86).

-La mortalité par cancer du poumon, uniquement avec une ACR élevée (HR 0,41 ; IC 95 % 0,17-0,99).

L'âge a modifié les associations pour l'incidence du cancer du poumon (HR 0,99 ; IC 95 % 0,99-0,99) et de la prostate (HR 1,00 ; IC 95 % 1,00-1,00 ; p < 0,001), et pour le décès par cancer du poumon (HR 0,99 ; IC 95 % 0,99-0,99 ; p=0,04).

Si ces résultats sont étayés par des essais cliniques randomisés, l’aptitude cardiorespiratoire semble jouer un rôle potentiellement important dans la réduction du risque de développer et de mourir de certains cancers communs chez les hommes.

Points forts et limites

Il s’agit de la plus grande étude de cohorte sur l’aptitude cardiorespiratoire et son association à la fois avec l'incidence et la mortalité dans certains cancers.

Parmi les limites, notons la participation volontaire et l'inclusion de personnes ayant un emploi. En outre, les tests sous-maximaux ne font qu'estimer la V̇O2max. La composante génétique du niveau d’ACR et du risque de cancer doit également être prise en compte lors de l'interprétation des résultats. Enfin, le statut tabagique ne permettait pas de savoir si les participants étaient des fumeurs actuels ou anciens, ni de déterminer si les habitudes tabagiques des personnes avaient changé au fil du temps.

Quoiqu’il en soit, si des preuves de causalité sont établies, les interventions visant à améliorer l'ACR chez les personnes ayant une faible condition cardiorespiratoire doivent être prioritaires.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Ekblom-Bak E, Bojsen-Møller E, Wallin P, et al. Association Between Cardiorespiratory Fitness and Cancer Incidence and Cancer-Specific Mortality of Colon, Lung, and Prostate Cancer Among Swedish Men. JAMA Netw Open. 2023;6(6):e2321102. doi:10.1001/jamanetworkopen.2023.21102

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