Sclérose en plaques : effet de la luminothérapie sur la fatigue

La fatigue est le symptôme le plus fréquemment rencontré au cours de la sclérose en plaques (SEP). Souvent ressentie comme une grande lassitude physique ou mentale, elle a une incidence majeure sur la qualité de vie chez plus de trois patients sur quatre. Son origine est multifactorielle et sa prise en charge l’est tout autant, la difficulté étant d’apporter une réponse spécifique. Le plus souvent, l’approche de la fatigue dans ce contexte va s’avérer globale en intégrant toutes les causes possibles.

Un essai randomisé de phase 2

La luminothérapie a fait la preuve de son efficacité sur ce symptôme dans différentes pathologies, mais son intérêt dans la SEP n’a été que rarement suggéré ce qui fait tout l’intérêt d’un essai randomisé de phase 2 du style pilote.

L’objectif a été d’évaluer la faisabilité, la tolérance et l’observance d’une telle approche chez 35 patients (âge moyen 42 ans ; sexe féminin : 80 %) atteints d’une SEP avec fatigue invalidante et répartis en deux groupes :

(1) traité (n=20) : deux fois une heure par jour de lumière blanche (10 000 lux) ;
(2) témoin (n=15) : lumière rouge (< 300 lux) également en deux séances quotidiennes d’une heure. L’essai d’une durée totale de dix semaines s’est déroulé en trois phases : basale (2 semaines), intervention (4 semaines), wash-out (4 semaines).

L’analyse « dans l’intention de traiter » a porté sur 31 participants. La durée moyenne des séances s’est avérée voisine dans les 2 groupes (60,9 versus 61,5 min, NS). Le seul effet indésirable a consisté en des céphalées qui n’ont pas conduit à l’interruption de la luminothérapie.

Luminothérapie versus lumière rouge : match nul

A l’état basal, la fatigue a été jugée sévère, voire extrême avec un score sur l’échelle FSS (Fatigue Severity Scale) identique dans chaque groupe soit 53/63 points). Ce dernier a diminué dans les suites des séances de luminothérapie, passant à 45,8 (p=0,04) pour se maintenir à 44,9 après la période de wash-out (p=0,02 versus état basal). Une évolution comparable a été observée dans le groupe témoin, les valeurs correspondantes étant respectivement de 46,7 (p = 0,03) et de 43,9 (p = 0,002 versus état basal). De ce fait, aucune différence intergroupe significative n’a été décelée et il en a été de même pour les scores reflétant la qualité de vie.

La luminothérapie est à la fois faisable, dénuée de risque et bien tolérée chez les patients atteints d’une SEP confirmée. Cet essai randomisé de phase 2 ne permet pas de conclure formellement quant à son efficacité sur la fatigue sévère qui est un symptôme fréquent au cours de la maladie. L’effectif est trop restreint pour se hasarder à une conclusion définitive, mais force est de reconnaître que l’effet placebo domine nettement dans les résultats. D’autres protocoles mis en œuvre sur des effectifs plus conséquents sont nécessaires pour faire toute la lumière sur les perspectives de la luminothérapie dans cette indication jusqu’ici peu explorée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Mateen FJ et coll. : Light therapy for multiple sclerosis-associated fatigue: a randomized, controlled phase II trial. J Neurol. 2020 ; 267(8):2319-2327. doi: 10.1007/s00415-020-09845-w.

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