Controverses sur la vitamine D

Qu’est ce que l’hypovitaminose D ? Quels sont les effets osseux et extra-osseux de la vitamine D ?
Quel type de vitamine D en thérapeutique ? Ce sont les trois questions auxquelles ont tenté de répondre les experts de la conférence internationale « Controversies in Vitamin D », qui s’est tenue à Pise (Italie) en juin dernier.
La vitamine D est avant tout un régulateur du métabolisme phospho-calcique, mais les progrès faits dans le dosage de ses métabolites et dans le diagnostic du déficit en vitamine D, ainsi que des données cliniques, permettent de penser qu’à côté de son rôle dans le métabolisme osseux, la vitamine D agit dans bien d’autres domaines.

Le dosage de la 25-hydroxy-vitamine D (25-OH-D), forme circulante de la vitamine D qui rend compte des réserves de l’organisme, est peu fiable, malgré l’utilisation de méthodes de dosage complexes. Le dosage par chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse est la référence, mais ce sont les techniques automatisées enzymo-immunologiques qui sont employées en pratique courante.
La plupart des recommandations estiment que des taux de 25-OH-D < 12 ng/ml (30 nmol/l) exposent à un risque accru de rachitisme et d’ostémalacie, qu’un taux de 25-OH-D entre 20 et 50 ng/ml (50-125 nmol/l) est suffisant pour maintenir un squelette sain chez un individu en bonne santé. Il n’est pas certain que ces données soient pertinentes chez les personnes atteintes d’ostéoporose ou d’une hyperparathyroïdie primaire.

De nombreuses études cliniques et des méta-analyses ont examiné les effets de la vitamine D seule ou associée au calcium sur l’incidence des fractures, montrant qu’une supplémentation en vitamine D pouvait être efficace dans certains groupes, à la dose journalière de 800 UI. Ces groupes incluaient des personnes âgées > 70 ans, des personnes très déficientes en vitamine D, et des personnes institutionnalisées. Par contre d’autres méta-analyses n’ont pas retrouvé cette efficacité, ces résultats dépendant de paramètres spécifiques de l’analyse, qui varient selon les études, tels que l’âge, l’origine ethnique des groupes étudiés, la durée de l’étude, la supplémentation en calcium associée, etc.
La faiblesse musculaire est classiquement décrite comme un élément du déficit sévère en vitamine D, et on peut estimer qu’une supplémentation en vitamine D améliore alors la force musculaire. Dans des études observationnelles, un taux bas de 25-OH-D et un haut risque de chute et de fractures pouvaient aussi être liés au déficit musculaire. Des méta-analyses ont montré qu’une supplémentation « adaptée » en vitamine D diminuait le risque de chute et augmentait la force musculaire de personnes âgées et déficientes en vitamine D.

Pas de bénéfice prouvé en dehors du système musculo-squelettique

La vitamine D pourrait être impliquée, en dehors du système musculo-squelettique, dans la pathogénie de nombreuses affections dermatologiques, cardiovasculaires, immunologiques, métaboliques ou cancéreuses. Un intérêt compréhensible pour les bénéfices que pourrait apporter une supplémentation en vitamine D a motivé de nombreuses études cliniques. Malgré un immense intérêt, la supplémentation en vitamine D n’a pas (encore ?) montré de bénéfices de manière probante dans la plupart de ces domaines.

Il a été montré que la vitamine D3 était plus efficace que la vitamine D2 pour augmenter le taux plasmatique de la 25-OH-D, mais on peut raisonnablement prescrire l’une ou l’autre pour la prévention et le traitement d’une hypovitaminose, 400UI/j pour les enfants, 600 UI/j pour les adultes, et 800 UI/j après 70 ans. L’administration d’une dose de charge pour restaurer rapidement un statut normal en vitamine D s’est accompagnée, dans les études, d’une augmentation des chutes et des fractures. Les métabolites hydroxylés de la vitamine D -calcidiol, calcitriol, alfacalcidol- sont prescrits dans des pathologies spécifiques.

Malgré les progrès faits dans la connaissance du métabolisme de la vitamine D, de son dosage, de ses activités biologiques classiques et non classiques, ainsi que de son utilisation thérapeutique, de nombreux travaux restent à mener.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Giustina A, Adler RA et coll. : Controversies in Vitamin D : Summary Statement from an International Conference. The Journal of ClinicalEndocrinology&Metabolism. J Clin Endocrinol Metab., 2019 ;104(2): 234-240. doi: 10.1210/jc.2018-01414.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Métabolisme de la vitamine D

    Le 24 janvier 2019

    Malgré l'attention que je porte aux "tribunes" médicales et à ce sujet, je n'ai toujours rien entendu de solide sur ce sujet. On fragmente la prescription à une dose quotidienne, mais les pharmas mettent sur le marché des doses mensuelles, probablement plus faciles à monitorer, comme pour beaucoup de médicaments. Mais pourquoi pas une dose trimestrielle, qui existe déjà sur le marché (le petit flacon de ViD3 pour les enfants, en solution alcoolique). On dit que le métabolisme changerait ? Si l'augmentation des réserves hépatiques augmentent le catabolisme (ce qui n'est pas un réflexion idiote), la solution de la dose annuelle devrait être évitée. Mais en fait qu'en sait-on ?!? Et surtout qui pourrait me répondre de manière utile ?

    Dr Virgile Woringer

  • Oubli ?

    Le 28 janvier 2019

    Pas un mot sur la protection des infections par la vitamine D. Etudes bidons ou "oubli" dans cette étude ?

    Dr Guy Roche, ancien interniste

  • Expérience personnelle

    Le 28 janvier 2019

    On m’a prescrit 15000 U /semaine pour redresser une diminution de vitD, qu’on a suspecté être à l’orifine de mes douleurs de hanche . J’ai comblé le déficit en vit D mais les douleurs s'avèrent être une coxarthrose qui a un traitement spécifique.

    Dr Z

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article