Passer à la voie orale pour l’antibiothérapie des infections osseuses et articulaires ?

La prise en charge thérapeutique des infections orthopédiques complexes repose en règle sur l’administration parentérale prolongée d’une antibiothérapie au mieux guidée par la prise en compte de la bactérie causale. La voie orale pourrait-elle se substituer à la voie parentérale pour éviter les inconvénients de cette dernière, notamment en termes d’inconfort et de coûts ? C’est à cette question que répond une étude randomisée multicentrique dite OVIVA (Oral Versus Intra Venous Antibiotic) menée au Royaume-Uni dans laquelle ont été inclus 1 054 patients recrutés au sein de 26 centres spécialisés en orthopédie. Dans tous les cas, ces derniers devaient bénéficier d’une antibiothérapie imposée par une infection osseuse ou articulaire.

Deux groupes d’effectif égal ont été constitués par tirage au sort dans les circonstances suivantes : sept jours après un acte chirurgical ou en cas d’infection traitée médicalement, dans les sept jours qui ont suivi le début d’une antibiothérapie. Les groupes comparés ont reçu, par la suite, les antibiotiques per os (po) ou intraveineuse (iv) pendant six semaines. Par la suite, dans les deux groupes, l’antibiothérapie orale a été autorisée, en relais de l’antibiothérapie parentérale ou en continuité avec le traitement initial. Le critère primaire de jugement était défini par la constatation d’un échec thérapeutique avéré au terme d’une année de suivi. Dans l’analyse du risque ainsi défini, la marge de non infériorité a été fixée à 7,5 points de pourcentage.

Pas inférieure à la voie parentérale

Au total, les données complètes au terme de l’étude ont été disponibles dans la majorité des cas (1 015/1 054 ; 96,3 %). Un échec thérapeutique a été constaté chez 14,6 % (74/506) des patients du groupe iv versus 67/509 (13,2  %) dans le groupe po. Les données manquantes (39 participants ; 3,7 %) ont été imputées. L’analyse dans l’intention de traiter a révélé une différence intergroupe (po vs iv) significative témoignant de la non infériorité, soit −1,4 points de pourcentage (intervalle de confiance à 90 % [IC], −4,9 to 2,2 ; IC 95 %, −5,6 à 2,9). Ce résultat a été confirmé par l’analyse per protocole portant sur les cas complets, mais aussi par les analyses de sensibilité. Pour ce qui est des évènements indésirables jugés sérieux, aucune différence intergroupe significative n’a été mise en évidence, soit 146/527 (27,7 %) dans le groupe IV versus 138/527 (26,2 %) dans le groupe po (NS). En revanche, les complications liées au cathéter se sont avérées plus fréquentes dans le groupe IV, soit 9,4 % vs 1,0 % dans le groupe po.

Utilisée pendant les six premières semaines suivant l’installation d’une infection orthopédique complexe, qu’elle soit osseuse ou articulaire, l’antibiothérapie par voie orale s’avère non inférieure à l’antibiothérapie intraveineuse, le critère d’efficacité étant défini par la notion d’échec thérapeutique constaté au terme d’une année de suivi. Des résultats certes concluants qui doivent cependant être confirmés par d’autres études, avant de systématiquement remettre en cause les stratégies thérapeutiques actuelles.

Dr Peter Stratford

Références
Ho-Kwong Li et coll. : Oral versus Intravenous Antibiotics for Bone and Joint Infection. N Engl J Med., 2019; 380:425-436

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