Arrêts cardiaques en dehors de l'hôpital aux US, ça va mieux pour les Blancs

Avons-nous tous la même chance de survivre à un arrêt cardiaque extra-hospitalier (ACEH) que nous soyons puissant ou misérable, Blanc ou Noir ? Les statistiques ethniques étant interdites en France, tournons-nous donc vers les États-Unis pour chercher une partie de la réponse à cette question à première vue, incongrue et « politiquement peu correcte » pour certains.

Bon an, mal an, environ 300 000 ACEH sont pris en charge aux États-Unis. Le comté de Los Angeles comprend 10,2 millions d’habitants (28 % de Blancs non hispaniques, 9 % de Noirs, 14 % d’Asiatiques, 49 % d’Hispaniques et < 1 % d’Amérindiens, d’Hawaïens et d’insulaires du Pacifique.

L’analyse rétrospective du registre cardiaque régionalisé du comté de Los Angeles a examiné le devenir de tous les patients adultes traités pour ACEH avec retour de la circulation spontanée (RCS), au cours de la période 2011-2014, selon l'origine ethnique, en prenant comme groupe de référence les Blancs. Les rapports de cotes ajustés pour la survie avec un bon résultat neurologique (catégorie de performance cérébrale 1 ou 2) ont été calculés.

Des différences liées à la culture et à la communauté d’origine mais pas seulement…

Au total 5 178 patients ont présenté un ACEH dont 290 ont été exclus pour cause de race inconnue, laissant 4 888 patients dans l’étude : 50 % Blancs, 14 % Noirs, 12 % Asiatiques, 23 % Hispaniques et 0,8 % d’insulaires du Pacifique. En analyse univariée, comparativement aux Blancs, les Noirs ont été moins nombreux à présenter un ACEH en présence d’un témoin (83 % vs 86 %, p = 0,03), moins nombreux à bénéficier d’une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) par un témoin (37 % vs 44 %, p = 0,005), ont eu moins d’angiographie coronarienne (14 % vs 22 %, p < 0,0001) et moins d’interventions percutanées sur les artères coronaires (32 % vs 54 %, p < 0,0001).

Les Asiatiques ont moins souvent présenté un rythme choquable (27 % vs 34 %, p = 0,001) et ont eu moins d’angiographie (15 % vs 22 %, p < 0,0001). Les Hispaniques ont présenté moins souvent un rythme choquable (31 % vs 34 %, p = 0,03), ont été moins nombreux à avoir un témoin de « leur » ACEH (82 % vs 86 %, p = 0,001) et moins nombreux à bénéficier d’une RCP par un témoin (37 % vs 44 %, p = 0,0001). En analyse multivariée, l'origine ethnique hispanique a été associée à un moins bon résultat neurologique (Odds Ratio 0,78 intervalle de confiance à 95 % 0,63-0,96), alors que les résultats pour les Asiatiques et les Noirs ne différaient pas de ceux des Blancs.

Certes, cette étude comporte plusieurs limitations : caractère rétrospectif ; inclusion uniquement des victimes d’ACEH chez lesquelles a été pratiquée une RCP même transitoire et qui ont été admises dans un centre de traitement des arrêts cardiaques ; absence d'informations sur les co-morbidités, sur l’étiologie des ACEH, sur le statut socioéconomique et autres facteurs de risque ; sur-représentation de la population hispanique dans le comté de Los Angeles…

Néanmoins, aux États-Unis, il existe d'importantes différences dans les caractéristiques de la RCP et les résultats lors d'ACEH selon l'origine ethnique. Si les différences culturelles expliquent l’absence de RCP par les témoins de l’ACEH, les auteurs n’abordent pas la raison d’un moindre recours à la coronarographie diagnostique et thérapeutique, alors que l’étude a été menée dans des centres de cardiologie hautement spécialisés. Et de recommander de renforcer, fort logiquement, l’enseignement de la RCP dans les communautés noires et hispaniques.
 

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Bosson N, Fang A, Kaji AH, Gausche-Hill M, French WJ, Shavelle D, Thomas JL, Niemann JT : Racial and ethnic differences in outcomes after out-of-hospital cardiac arrest: Hispanics and Blacks may fare worse than non-Hispanic Whites. Resuscitation. 2019; 137: 29-34. doi: 10.1016/j.resuscitation.2019.01.038.

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