Des facteurs de risques de mort cérébrale après un arrêt cardiaque extra-hospitalier

Bon an, mal an, plus de 300 000 personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque extra-hospitalier (ACEH) en Europe et aux États-Unis. Même lorsque les manœuvres de réanimation permettent d’obtenir un retour à une circulation spontanée, le pronostic reste sombre, tout particulièrement lorsque le rythme cardiaque initial n’était pas choquable (absence d’activité électrique, asystolie), soit trois-quarts des ACEH. A tel point que moins de 10 % de ces patients admis en réanimation regagnent leur domicile sans séquelles neurologiques notables. Nous l’avons tous « vécu », même techniquement « réussie », la réanimation d'un ACEH peut être suivie de la mort cérébrale… et donc de la possibilité de prélever des organes transplantables de bonne qualité : maigre consolation ! Existe-t-il des facteurs prédictifs de l’évolution vers la mort cérébrale chez les patients adultes ?

L’âge, le sexe féminin, les causes neurologiques, la durée du « low-flow »

Entre 2005 et 2015, 214 patients adultes admis dans une unité de réanimation et qui avaient survécu au moins 24 heures à un ACEH (sur un total de 304 patients admis après ACEH) ont été inclus dans cette étude (âge médian 68 ans ; sex ratio hommes femmes 1,25 ; ACEH non choquables : 88 %). Parmi ceux-ci, 42 (19,6 %) ont évolué vers la mort cérébrale, tandis que 22 (10,3 %) étaient encore vivants un an plus tard avec un bon résultat neurologique.

Les facteurs de risque indépendants pour la mort cérébrale étaient l'âge (Odds Ratio OR par année 0,95 ; intervalle de confiance à 95 % IC à 95 % [0,92-0,98]), le sexe féminin (OR 2,34 ; IC à 95 % [1,02-5,35]), une cause neurologique pour l’ACEH (RC 14,72 ; IC à 95 % [3,03-71,37]), la durée du « low-flow » > 16 min (OR 2,94, IC à 95  1,21-7,16]) et la nécessité de devoir encore recourir à des drogues vasoactives à H24 (OR 6,20, IC à 95 % [2,41-15,93]).

Vers un score prédictif simple et utile ?

S’agissant de l'analyse rétrospective d'une base monocentrique de données recueillies de façon prospective, qui porte essentiellement sur des ACEH d’origine cardiaque et non choquables (bien que la survenue de la mort cérébrale n’ait pas été associée de façon indépendante avec le rythme cardiaque initial), il se peut que certains facteurs de confusion aient été omis. De plus, cette étude n’a pas analysé la valeur prédictive de certains facteurs pronostiques traditionnels tels l'EEG précoce ou les biomarqueurs des lésions cérébrales.

Néanmoins, elle semble être la première à distinguer les variables démographiques, anamnestiques et cliniques associées indépendamment à l'apparition de la mort cérébrale après un ACEH. Sous réserve de confirmation, ces résultats pourraient nous éclairer dans nos processus décisionnels et servir de base à l'élaboration d'un score simple qui permettrait de prédire avec précision la mort cérébrale après un arrêt cardiaque extra-hospitalier.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Cour M, Turc J, Madelaine T, Argaud L : Risk factors for progression toward brain death after out-of-hospital cardiac arrest. Ann Intensive Care. 2019;9 (1):45. doi: 10.1186/s13613-019-0520-0.

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