Le SCA chez la femme n’est pas mieux pris en charge en Chine !

La maladie coronaire est la première cause de mortalité en Europe comme dans les pays industrialisés. La qualité de la prise en charge des syndromes coronariens aigus (SCA) et leur pronostic en fonction du sexe ont fait l’objet de nombreuses évaluations critiques qui ont mis en exergue une notion fondamentale : ces complications redoutables de la maladie coronaire sont moins bien prises en charge chez la femme pour des motifs qui échappent à toute rationalité. Qu’en est-il en Chine où les données sur ce point faisaient jusqu’ici défaut ? Pour répondre à la question, une étude qui entre dans le CCC-ACS project (Improving Care for Cardiovascular Disease in China-Acute Coronary Syndrome) s’est appuyée sur un registre national établi et tenu grâce à une collaboration étroite entre l’American Heart Association et la Chinese Society of Cardiology.

Des stratégies thérapeutiques non optimales

Le registre du CCC-ACS project a permis de recueillir 82 196 observations de patients des deux sexes admis en urgence en raison d’un SCA au sein de 192 hôpitaux chinois entre 2014 et 2016. La prise en charge à la phase aiguë, la mortalité hospitalière et le recours aux traitements médicaux relevant de la prévention secondaire ont été évalués en tenant compte du sexe.

L’âge des femmes admises pour SCA était plus élevé, soit 69,0 versus 61,1 ans chez les hommes, p<0,001), alors que les comorbidités étaient moins fréquentes chez ces derniers. Une analyse multivariée avec ajustements multiples a révélé des disparités thérapeutiques en fonction du sexe, puisque chez la femme, le recours aux moyens suivants était significativement moindre : (1) notamment bithérapie antiplaquettaire à la phase aiguë ; (2) héparinothérapie au cours de l’hospitalisation ; (3) reperfusion par angioplastie primaire en cas de SCA avec sus-décalage du segment ST. Il en était de même pour les stratégies relevant de la prévention secondaire, moins utilisées : antiagrégants plaquettaires, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, statines, réadaptation cardiaque… et même incitation à l’arrêt du tabagisme.

Pour sa part, la mortalité hospitalière s’est avérée en première analyse plus élevée chez la femme, soit 2,60 % versus 1,50 % chez l’homme (p < 0,001). Cependant, après ajustement selon les variables cliniques à l’entrée et les traitements administrés, une surmortalité féminine n’était plus observée, que le SCA soit accompagné ou non d’un sus-décalage du segment ST, l’odds ratio ajusté étant respectivement de 1,18 (intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 1,00 à 1,41; p=0,057) et de 0,84 (IC 95%, 0,66 à 1,06; p=0,147).

Peut mieux faire tout comme les autres pays

Le traitement du SCA en Chine comme dans d’autres pays souffre de disparités liées au sexe. Cela vaut pour la prise en charge de la phase aiguë et les stratégies de prévention secondaire qui ne sont pas optimales chez la femme. La surmortalité hospitalière du SCA chez cette dernière semble relever de deux facteurs : d’une part, des formes cliniques d’emblée plus sévères, d’autre part, le moindre recours aux stratégies recommandées, notamment à l’angioplastie coronaire, à titre d’exemple. La Chine peut donc mieux faire dans ce domaine mais la constatation vaut pour les pays industrialisés, y compris ceux de la communauté européenne…

Dr Catherine Watkins

Référence
Hao Y et coll. : Sex Differences in In-Hospital Management and Outcomes of Patients With Acute Coronary Syndrome. Circulation. 2019; 139(15): 1776-1785.

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