Marche difficile et douloureuse après une virose : penser à la myosite !

La myosite aiguë bénigne de l’enfance (MABE) est une atteinte musculaire qui survient de façon épidémique ou sporadique après une infection aiguë. Les virus d’espèces multiples, en particulier Influenza B, sont au premier plan et de façon moins fréquente il peut s’agir d’une infection bactérienne. Les enfants d’âge scolaire sont typiquement affectés. Les manifestations cliniques peuvent varier, allant de simples myalgies jusqu’à la rhabdomyolyse ; en règle, elles associent fièvre, douleurs des mollets et troubles de la marche après un syndrome grippal.

Les signes biologiques sont l’élévation de la créatine phosphokinase (CPK), des transaminases et du potassium. Le pronostic est favorable en quelques jours. Le diagnostic différentiel comporte une panoplie de maladies rhumatismales et neurologiques mais les maladies neuromusculaires héréditaires impliquant la production musculaire d’énergie doivent être évoquées en cas de récidive.

Une série italienne de 65 cas

Une étude réalisée à l’hôpital pédiatrique de Florence a concerné 65 patients observés en 2018-2023 examinés aux urgences, dont 49 sont restés en surveillance moins de 24h, 16 ont été hospitalisés. Leur âge médian était de 6,56 ans (IIQ 4,9-9,1) ; 43 étaient des garçons (66 %). Le pic des cas se produisait en hiver et en automne. Tous les patients souffraient de douleurs bilatérales des mollets, associées dans la plupart des cas à une asthénie (57,88 %) et à un refus de la marche (61,98 %).

Les symptômes prodromiques étaient une fièvre (49,75 %), une toux (21,32 %), un coryza (17,26 %), des douleurs pharyngées (26,1 %), des vomissements (10,15 %), des trémulations (9,14 %). Le signe d’examen essentiel était une douleur des muscles gastrocnémiens, soléaires (62,95 %) avec conservation des réflexes ostéotendineux. L’hospitalisation de 16 patients était justifiée par une altération de l’état général, des symptômes sévères et/ou un dosage de CPK > 4000 U/L. L’électrocardiogramme (ECG) dans quelques cas a montré des troubles transitoires de la repolarisation. La durée médiane de résolution des myalgies a été de 3 jours (IIQ 1,75-4) et d’hospitalisation de 5 jours (3-7,25).

Les examens de laboratoire notables montraient : (i) l’élévation des CPK : médiane 943 U/L (IIQ 577,2-2033,2) à l’admission, 1827 U/L (IIQ 915,5-2462) au pic, (ii) de la LDH : 328,5 (IIQ 291-380), (iii) des transaminases ASAT 68,5 (IIQ 50,2-118) ; un seul patient avait une hyperkaliémie transitoire. Le temps de normalisation de la CPK a été de 7 jours (IIQ 7-8,5).

La leucocytose et la CRP n’apportaient aucun argument diagnostique. La PCR sur prélèvement naso-pharyngé (n=27) a été négative pour 14 patients, positive pour Influenza B (n=9), EBV (n=2) et autres virus, 4 étant positifs pour plusieurs ; un seul prélèvement était positif à streptocoque β. Pour 6 patients, un bilan métabolique et génétique a été entrepris en raison de récidive ou de valeurs de CPK ≥ 5000 U/L. Le séquençage à haut débit a montré un cas de dystrophie musculaire des ceintures et un cas de variant du gène RYR1 responsable d‘hyperthermie maligne.

En conclusion, le diagnostic de myosite aigue bénigne de l’enfance doit être évoqué en premier lieu devant des difficultés à la marche et des myalgies chez un enfant d’âge scolaire à la suite d’une infection respiratoire supérieure avec une élévation modérée des CPK. La résolution rapide des symptômes et la normalisation des marqueurs biochimiques doivent éviter des examens et des traitements inutiles.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Attaianese F, et al. Benign acute children myositis: 5 years experience in a tertiary care pediatric hospital. Eur J Pediatr. 2023 Oct;182(10):4341-4349. doi: 10.1007/s00431-023-05115-9

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