A chaque type de cigarette, un type de dépendance ?

Sous la pression des autorités sanitaires, au fil des décennies, les cigarettes ont subi plusieurs modifications, notamment l'ajout de filtres et d'arômes.

Par exemple, l’arôme menthol qui procure une sensation d'analgésie, d'anesthésie et de refroidissement a été ajouté pour améliorer la tolérance des cigarettes en réduisant la sensation de brûlure, favorisant ainsi la poursuite de la consommation. Sans oublier un marketing ciblé pour renforcer l'attrait des cigarettes au menthol auprès des jeunes, des femmes et les fumeurs noirs. Indépendamment de la catégorisation et des changements apportés, le tabagisme est toujours responsable de 80 % des diagnostics de cancer du poumon, et reste la principale cause de décès par cancer dans le monde. En dépit des améliorations thérapeutiques, le taux de survie à 5 ans du cancer du poumon reste faible (18 %), ce qui souligne l'importance de la prévention primaire et secondaire. Il a été démontré que le dépistage du cancer du poumon par la TDM à faible dose améliore la mortalité, et fait partie intégrante d'un dépistage efficace.

Étude sur plus de 14 000 fumeurs candidats à un dépistage du cancer du poumon

L'objectif de cette étude qui est une analyse secondaire de la branche imagerie du National Lung Screening Trial menée par l'American College of Radiology, était d'examiner l'association du type de cigarette sur la dépendance à la nicotine dans le cadre du dépistage du cancer du poumon.

La dépendance au tabac a été évaluée à l'aide du test de dépendance à la nicotine de Fagerström, de l’importance du tabagisme et du délai avant la prise de la première cigarette quotidienne. Les résultats cliniques, y compris la dépendance à la nicotine et l'abstinence tabagique, ont été évalués à l'aide de statistiques descriptives et des tests χ2, stratifiés en fonction de la teneur en goudron, du goût et du filtre des cigarettes. La régression logistique a été utilisée pour étudier l'influence des variables sur l'abstinence tabagique.

Au total, 14,123 fumeurs ont été inclus : âge moyen 61,6 ± 5,1 ans ; 55 % d’hommes ; 63,2 % de personnes mariées ; 55,9 ± 23,7 paquets/année ; âge de début 17,3 ± 4,6 ans ; score de Fagerström moyen 3,6 ± 1,3 ; délai entre le réveil et la première cigarette : < 5 mn = 4 771 (33,8 %), 6 à 14  mn = 5 470 (38,8 %), 15 à < 60 min = 2 042 (14,5 %),  ≥ 60 min = 1 833 (13,0 %).

Plus d'un tiers des personnes se présentant pour un dépistage du cancer du poumon sont fortement dépendantes à la nicotine…

… et commencent à fumer dans les 5 minutes qui suivent leur réveil. Les fumeurs de cigarettes sans filtre sont plus dépendants à la nicotine que les fumeurs de cigarettes avec filtre (Odds Ratio OR = 1,32 ; p < 0,01). Bien que les fumeurs de cigarettes légères ou ultralégères aient une dépendance plus faible (OR =  0,76 : p < 0,0001), il n'a pas été démontré de différence dans l'abstinence tabagique par rapport aux fumeurs de cigarettes habituelles. Il n'y a pas eu de différence dans les résultats en comparant les fumeurs de cigarettes mentholées et les fumeurs de cigarettes non aromatisées.

Bien que le dépistage du cancer du poumon soit considéré comme un "moment propice à l'apprentissage" du sevrage tabagique, et que l’évaluation du tabagisme soit un élément obligatoire du dépistage du cancer du poumon, nous ne savons que peu de choses sur la manière d'intégrer et d'optimiser le facteur tabac dans ce groupe de fumeurs de longue date et très dépendants. Les soignants ne doivent pas sous-estimer le niveau de dépendance au tabac chez les personnes éligibles au dépistage et doivent comprendre qu'elles auront des difficultés à arrêter de fumer, en particulier en fonction du type de cigarette fumé.

Des limites certes, mais des données intéressantes

Premièrement, cette étude repose sur des auto-déclarations, dont l'abstinence qui peut ne pas représenter une véritable abstinence. Deuxièmement, les résultats ne tiennent pas compte des personnes qui ont changé de type ou de marque de cigarettes. Dans une étude portant sur plus de 3 000 patients ayant changé de marque de fumeurs adultes entre 2006 et 2011, les auteurs ont constaté que seuls 12 à 15 % des fumeurs déclarent avoir changé la puissance de leur cigarette et que 3 à 6 % seulement déclarent avoir changé de saveur. Troisièmement, les résultats ont été ajustés en fonction de l'année d'emballage, ce qui, bien que nécessaire pour éliminer les confusions, pourrait également masquer l'association potentielle entre le fait de fumer des cigarettes légères/ultralégères et le tabagisme compensatoire, en particulier si les fumeurs de cigarettes légères/ultralégères augmentaient le nombre de cigarettes par jour pour compenser les niveaux de nicotine plus faibles.

Néanmoins, dans une population se prêtant au dépistage du cancer du poumon, le type de cigarette fumé est associé à différents niveaux de dépendance. Le fait de déterminer le type de cigarette et le délai avant la première cigarette peut permettre d'adapter les interventions de traitement du tabagisme dans ce contexte.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Tanner NT, Thomas NA, Ward R, Rojewski A, Gebregziabher M, Toll BA, Silvestri GA : Association of Cigarette Type and Nicotine Dependence in Patients Presenting for Lung Cancer Screening. Chest. 2020; 158(5): 2184-2191. doi: 10.1016/j.chest.2020.05.608. Epub 2020 Jun 27. PMID: 32603713.

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