Beaucoup de syndromes obstructifs sans diagnostic de BPCO

Les patients atteints de BPCO présentent fréquemment un essoufflement, une toux chronique et un encombrement. Cependant, dans les premiers stades de la maladie, les symptômes peuvent être minimes. Il arrive donc que la pathologie soit sous-diagnostiquée, avec des taux de prévalence autour de 3,5 %. Afin d’objectiver le diagnostic de BPCO, une spirométrie est nécessaire pour mettre en évidence une obstruction du flux d'air par le coefficient de Tiffeneau post-bronchodilatateurs. Un article, exploitant les données spirométriques d’une étude sur le cancer du poumon, s’est penché sur le sujet afin de déterminer si incorporer la spirométrie dans le cadre d’un dépistage du cancer du poumon pouvait être efficace pour identifier les individus avec une obstruction respiratoire non détectée auparavant, et donc « BPCO » possible. Les caractéristiques de cette population, souffrant d'obstruction des voies respiratoires non diagnostiquée, ont également été examinées.

Les données proviennent d’un dépistage effectué auprès de fumeurs, âgés de 55 à 74 ans, résidant dans trois quartiers défavorisés de Manchester, invités à un « bilan de santé pulmonaire ». La spirométrie a été intégrée dans l'estimation du risque de cancer du poumon, avec évaluation des symptômes et conseils sur le sevrage tabagique. L'obstruction des voies aériennes était définie par un rapport FEV 1 / FVC < 0,7 (volume expiratoire maximal forcé en 1 sec/capacité vitale forcée).

Un tiers des patients soumis à la spirométrie ont une anomalie de l’index de Tiffeneau

Au total, 99,4 % (n = 2 525) des participants ont réalisé la spirométrie. Au sein de la population testée, l'âge moyen était de 64,1 ans (± 5,5 ans), 51 % étaient des femmes, et 35 % étaient fumeurs ; 37,4 % (n = 944) avaient une obstruction des voies respiratoires, dont environ la moitié (49,7 %, n = 469) n’avait pas de diagnostic antérieur de BPCO. Environ la moitié des personnes sans diagnostic préalable était symptomatique (53,3 %, n = 250/469). Après analyse multivariée, la détection d'une obstruction des voies respiratoires sans diagnostic préalable de BPCO était associée au sexe masculin (p < 0,0001), à un âge plus jeune (p = 0,015), à une durée de tabagisme plus faible (p < 0,0001), à une quantité de cigarettes quotidiennes plus faible (p = 0,035), à un rapport de Tiffeneau inférieur à la norme mais proche de celle-ci (< 0,0001) et à l’absence de symptômes (p <0,0001). A noter, la probabilité de dépistage du cancer du poumon était significativement plus élevée chez les personnes présentant des signes d'obstruction des voies respiratoires qui avaient déjà reçu un diagnostic de BPCO (Odds ratio ajusté 2,80, intervalle de confiance à 95 % IC à 95 % 1,60 à 8,42 ; p = 0,002). Les raisons exactes de cette prévalence ne sont pas claires, mais pourraient éventuellement être liées à des niveaux plus élevés de tabagisme et d’obstruction bronchique, et à une prévalence plus élevée d'emphysème radiologique pour ce groupe.

Et pas de diagnostic de BPCO pour la moitié d’entre eux

Ainsi, une altération du rapport de Tiffeneau, preuve sine qua non d’un syndrome obstructif, a été objectivée chez plus d'un tiers des participants (37,4 %). Or, pour la moitié de ces personnes, soit un cinquième de toute la population testée (18,6 %), aucun diagnostic antérieur de BPCO n’avait été posé. Les facteurs favorisant le risque de sous-diagnostic de BPCO malgré la présence d’un syndrome obstructif étaient les suivants : le genre masculin, un âge jeune, une consommation de tabac moindre, l’absence de symptômes respiratoires et une meilleure fonction pulmonaire. Bien que le groupe « sans diagnostic préalable » soit moins symptomatique que le groupe « avec diagnostic de BPCO », des symptômes étaient néanmoins présents dans plus de la moitié des cas (53,3 %). En somme, 1 participant au dépistage sur 10 (9,9 %) présentait un syndrome obstructif avec des symptômes sans diagnostic de BPCO, et 1 participant au dépistage sur 10 (8,7 %) était asymptomatique mais présentait néanmoins un syndrome obstructif. Or, si la présence d’une BPCO est avérée, ces deux groupes ont un risque de mortalité accru. Se pose la question de l’intérêt d’un dépistage de la BPCO chez les individus asymptomatiques, bien que non soutenu par les recommandations actuelles, mais offrant la possibilité d'interventions préventives telles que l'arrêt du tabac, l'éducation, une prise en charge des comorbidités ainsi qu'une pharmacothérapie pouvant conduire à une amélioration de la qualité de vie. Le rapport coût-efficacité d'un tel programme pourrait être également un argument favorable, surtout s'il est combiné avec d'autres initiatives telles que le dépistage des maladies cardiovasculaires et le sevrage tabagique.  

Anne-Céline Rigaud

Référence
Balata H, Harvey J, Barber PV, et coll. : Spirometry performed as part of the Manchester community-based lung cancer screening programme detects a high prevalence of airflow obstruction in individuals without a prior diagnosis of COPD. Thorax 2020; 75:655-660.

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