Le Royaume-Uni pourra-t-il devenir un pays sans tabac ?

Manchester, le jeudi 5 octobre 2023 – Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a dit vouloir remonter l’âge légal pour acheter des cigarettes d’un an chaque année afin d’obtenir une génération sans tabac.

L’ancienne colonie inspire l’ancienne métropole. Un an après que la Nouvelle-Zélande a adopté un plan pour une génération sans tabac, le Premier Ministre britannique Rishi Sunak a annoncé ce mercredi lors du congrès du Parti conservateur à Manchester vouloir adopter une stratégie similaire. Le plan consiste à relever d’un an chaque année l’âge légal pour acheter du tabac, actuellement fixé à 18 ans au Royaume-Uni. Ainsi, toutes les personnes nées à partir d’une certaine date, fixée au 1er janvier 2009 en Nouvelle-Zélande, ne pourraient jamais acheter légalement du tabac, tandis que ceux nés avant cette date conserveraient cette possibilité.

« Nous devons essayer d’empêcher les adolescents de commencer à fumer » s’est justifié le chef du gouvernement britannique, qui a rappelé que « que quatre fumeurs sur cinq ont commencé avant d’avoir 20 ans ». « Aucun d’entre nous, même ceux qui fument, ne voulons voir nos enfants devenir fumeurs et ce changement sauvera plus de vies que n’importe quelle autre décision que nous pourrions prendre ». Le leader conservateur a défendu l’idée d’une ligne médiane entre statu quo et prohibition totale du tabac. « Le tabagisme ne sera pas criminalisé et notre approche progressive signifie que toute personne qui peut légalement acheter des cigarettes aujourd’hui ne sera pas empêché de le faire à l’avenir » a expliqué le Premier Ministre.

Le projet de Sunak salué par les médecins

Dans la foulée du discours de Rishi Sunak, un communiqué du 10 Downing Street a précisé les contours du plan du Premier Ministre. Le tabac serait ainsi interdit à toute personne née à compter du 1er janvier 2009, comme en Nouvelle-Zélande, mais cette loi ne s’appliquerait dans un premier temps qu’en Angleterre et pas dans les autres nations du Royaume-Uni.

Des mesures seront également prises pour diminuer le vapotage chez les jeunes, en forte hausse, en interdisant les aromes et les emballages de cigarettes électroniques conçus pour attirer les jeunes. L’objectif est « d’éliminer presque complétement le tabagisme chez les jeunes dès 2040 ». L’incidence du tabagisme au Royaume-Uni est en forte baisse ces dernières années, passant de 20 % de fumeurs en 2011 à 13 % en 2022 (par comparaison, 25 % des Français fument quotidiennement). Le gouvernement espère passer sous la barre des 5 % d’ici 2030.

Le plan pour créer une « génération sans tabac » proposé par Rishi Sunak a été immédiatement salué par la communauté médicale et les militants anti-tabac. Le Pr Nick Hopkinson, pneumologue l’Imperial College de Londres, a évoqué « une étape importante pour protéger les enfants et les jeunes contre la dépendance ». « C’est une nouvelle formidable et qui pourrait devenir l’une des mesures de santé publique les plus importantes en une génération » abonde dans le même sens le Pr Jamie Brown, professeur de santé publique à l’université de Londres.

L’adoption de la réforme très incertaine

Le parti travailliste a également indiqué qu’il voterait en faveur de la mesure lorsqu’elle sera examinée par la Chambre des communes. En revanche, le Premier ministre Rishi Sunak a indiqué qu’il n’imposera aucune consigne de vote aux députés conservateurs, qui seront libre de voter en conscience. Plusieurs députés de droite ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre cette mesure, dont notamment l’éphémère ancienne Première Ministre Elisabeth Truss, qui a affirmé que le gouvernement devait « arrêter de tout interdire ». L’adoption de la réforme par la Chambre des communes est donc incertaine.

« Cette réforme va créer à coup sûr un vaste marché noir, où les personnes suffisamment âgées pour acheter librement des cigarettes les revendront aux plus jeunes » argumente Christopher Snowdon, président du think tank Lifestyle Economis, proche des milieux conservateurs. « Le problème de la prohibition est qu’elle n’a aucun effet sur la consommation, mais qu’elle créé en revanche un important marché noir et une grosse perte de revenus fiscaux ». Des arguments similaires à ceux tenus par le lobby du tabac l’an dernier en Nouvelle-Zélande, mais qui n’avaient pas empêché les députés néo-zélandais de voter l’interdiction progressive du tabac.

Quentin Haroche

Copyright © 2023 JIM SA. Tous droits réservés.

Réagir

Vos réactions (1)

  • Commencer par les filtres

    Le 05 octobre 2023

    Quand on voit la quantité de filtres semées par les fumeurs dans nos rues, plages, criques, etc., ainsi leur haut niveau de persistance, alors qu'ils n'apportent aucun bénéfice sanitaire, au contraire, on pourrait commencer par interdire les cigarettes avec filtre, avant d'éventuellement interdire la vente de toutes cigarettes, à la lumière des expériences néozélandaiseet anglaise

    Dr P. Blanié

Réagir à cet article