Spondylarthrite ankylosante : le tabagisme chronique favoriserait les coxopathies

La spondylarthrite ankylosante (SPA) est un rhumatisme inflammatoire chronique qui se caractérise d’abord par l’atteinte du squelette axial et des articulations sacro-iliaques. Cependant, la maladie peut toucher les articulations des membres inférieurs, les enthèses ou encore les doigts, ses localisations cardiaques et oculaires étant également classiques quoique plus rares.

Chaque localisation a son génie évolutif propre qui dépend probablement de facteurs de risque ou d’aggravation qui, pour certains, restent à découvrir. Le tabagisme pourrait-il, à cet égard, favoriser les coxopathies liées à la SPA ? Les résultats d’une étude du type cas-témoins plaident en faveur de cette hypothèse pathogénique, sans emporter pour autant la conviction.

202 cas de SPA avec ou sans atteinte de la hanche

Ont été inclus 202 participants, tous atteints d’une SPA avérée et répartis en deux groupes selon l’existence (n=103) ou non (n=89) d’une atteinte de la hanche définie selon les critères contenus dans le Spondylitis Radiology Hip Index. Les données ont été traitées à l’aide d’analyses univariées, complétées d’une analyse multivariée par régression logistique multiple avec ajustements multiples prenant en compte le plus possible de facteurs de confusion potentiels. Des analyses de sous-groupes et de sensibilité ont été par ailleurs menées pour tester la robustesse de l’association entre tabagisme à la cigarette et risque de coxopathie.

En analyse univariée, les formes précoces ou a fortiori juvéniles de la SPA, le sexe masculin, les antécédents d'arthrite périphérique ou l’exposition chronique à la fumée de cigarette sont apparus comme autant de facteurs associés au risque de coxopathie. Après ajustements, l’analyse multivariée a identifié plusieurs variables indépendantes plus étroitement liées à ce risque : (1) les formes juvéniles de la maladie (odds ratio ajusté [ORa] 2,52, IC 95 % 1,26-5,06) ; (2) le sexe masculin (ORa 2,89, IC 95 % 1,14-7,33) ; (3) le tabagisme (ORa 7,23, IC 95 % 2,27-23,05).

Chez les «petits» fumeurs qui n’ont pas dépassé une exposition cumulée < 10 NPA (nombre de paquets-années), le risque est resté significatif quoique beaucoup plus faible, l’ORa correspondant étant en effet estimé à 2,21 (IC 95 % 1,09-4,47). Cette association a été reproduite dans les analyses de sous-groupes, notamment avec appariement selon le score de propension. Elle n’a pas été par ailleurs été affectée par les analyses de sensibilité.

A la lueur de ces résultats, est-il permis d’incriminer le tabagisme chronique dans le risque de coxopathie chez les patients atteints d’une SPA ? Rien n’est moins sûr, compte tenu de l’approche strictement transversale du type cas-témoins, de la faiblesse de l’effectif et de la multiplicité des facteurs de confusion potentiels. Des études de cohorte prospectives sont à l’évidence nécessaires pour examiner de plus près cette hypothèse.

Dr Philippe Tellier

Référence
Zhengyuan Hu et coll. Cigarette Smoking Increases the Prevalence of Hip Joint Involvement in Ankylosing Spondylitis: A Real-World Case-Control Study. J Rheumatol. 2023;50(7):901-906. doi: 10.3899/jrheum.220609.

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