Tabagisme passif et risque de BPCO : une méta-analyse éclairante

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) représente un fardeau énorme à l’échelon mondial, en termes de dépense de santé et de santé publique. Sa prévalence augmente avec l’âge mais aussi au fil du temps et le problème ne peut que s’aggraver avec le vieillissement inexorable de la population mondiale. Le tabagisme actif est l’un des facteurs les plus étroitement associés au risque de BPCO.

Le rôle du tabagisme passif est hautement probable, car il s’agit là du polluant le plus présent dans bien des lieux fermés et a fortiori mal ventilés, ce qui est le lot de nombreuses régions du monde, mais aussi de nombreux domiciles. L’inhalation involontaire des produits de combustion du tabac par les occupants de tels lieux habités par des fumeurs n’est pas sans conséquences, certaines études ayant établi des associations significatives entre ce tabagisme passif et le risque de diverses maladies chroniques, notamment le cancer bronchique ou encore la maladie cardiovasculaire, à titre d’exemples. Cependant, force est de reconnaître que les effets de ce facteur sur le risque de BPCO sont moins à la fois moins bien documentés et peu détaillés.

Quinze études, près de 26 000 participants … seulement

Une revue systématique de la littérature médicale et une méta-analyse permettent d’y voir plus clair. Trois bases de données, respectivement PubMed, Embase et Web of Science ont été consultées pour recueillir les données. Une fois évaluée la qualité des études, des analyses stratifiées ont été réalisées en fonction de la région, du sexe et de la durée d'exposition au tabagisme passif. Leur hétérogénéité a été prise en compte au travers du test Q de Cochran et des indicateurs I2. Les biais de publication ont été également inclus dans le traitement des données.

Au total, 15 études (dont six transversales, six cas-témoins et 3 études de cohorte) regroupant 25 592 participants ont été prises en compte dans la méta-analyse à effets aléatoires. Cette dernière révèle que le tabagisme passif est significativement associé à un risque accru de BPCO, l’odds ratio (OR) correspondant étant en effet estimé à 2,25 (IC95 % 1,40-3,62, I2 = 98 %, p < 0,01 pour l’hétérogénéité). L’association s’avère particulièrement étroite en cas d’exposition prolongée, en l’occurrence pendant plus de 5 ans, l’OR atteignant alors la valeur de 4,38 (IC 95 % 1,28-15,00, I2 = 89 %, p < 0,01 pour l’hétérogénéité). Le risque est par ailleurs multiplié par plus de deux chez la femme, avec un OR estimé à 2,02 (IC 95 % 1,52-2,67, I2 = 0 %).

Cette méta-analyse éclairante met surtout en exergue le petit nombre d’études consacrées à la recherche d’associations entre tabagisme passif et risque de BPCO. Elle ne permet pas d’affirmer sans ambages le lien de causalité entre l’un et l’autre, d’autant que l’hétérogénéité entre les études apparaît considérable (sauf dans le sexe féminin).

Les divergences méthodologiques, la difficulté pour apprécier l’exposition au tabac, les définitions de la BPCO sont autant de facteurs d’hétérogénéité. Cette méta-analyse n’en plaide pas moins en faveur d’une association significative entre tabagisme passif et BPCO, a fortiori en cas d’exposition prolongée à ce dernier, ce qui permet tout de même d’en faire un plus que suspect…

Dr Philippe Tellier

Référence
Chen P et coll. Secondhand Smoke Exposure and the Risk of Chronic Obstructive Pulmonary Disease: A Systematic Review and Meta-Analysis. Int J Chron Obstruct Pulmon Dis. 2023; 18: 1067–1076.. doi: 10.2147/COPD.S403158. PMCID: PMC10257914. PMID: 37309392.

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