Trop peu d’arrêts du tabac après un AVC

Le tabagisme chronique est un facteur de risque cardiovasculaire majeur. Son rôle dans le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique n’est plus à démontrer. En dépit de cette association, l’arrêt du tabagisme dans les suites d’un tel accident neurologique est loin d’être automatique, mais la littérature internationale ne permet pas d’accéder à des données chiffrées sur la persistance de l’addiction. Quel est par ailleurs son impact sur le pronostic cardiovasculaire à long terme ?

L’analyse post hoc des données de l’essai randomisé SPS3 (Secondary Prevention of Small Subcortical Strokes) avait pour objectif d’évaluer les effets du contrôle intensif de la pression artérielle en prévention secondaire, dans les suites de petits AVC sous-corticaux. Ont été inclus 2 874 patients tous victimes d’un AVC ischémique récent, répartis en quatre groupes selon leur statut tabagique : (1) non-fumeurs ; (2) anciens fumeurs ; (3) fumeurs ayant mis un terme à leur tabagisme dans les trois mois qui ont suivi l’AVC ; (4) fumeurs persistants au cours de ce laps de temps. Le critère de jugement principal combinait les évènements cardiovasculaires majeurs (ECVM) suivants : AVC (ischémiques et hémorragiques), infarctus du myocarde, décès toutes causes confondues.

Soixante-dix pour cent des fumeurs continuent de fumer

Au total, 570 patients (20 %) étaient fumeurs au moment de l’inclusion dans l’étude : dans la majorité des cas (71,5 %), l’intoxication tabagique a été poursuivie, son arrêt ne concernant que moins d’un participant sur trois (28,4 %). La fréquence des EVCM a quelque peu varié selon le statut tabagique, soit 14,4 % chez les non-fumeurs de toujours et 16,2 % chez les anciens fumeurs. Elle a été estimée à 18,4 % en cas de poursuite du tabagisme et à 12,4 % dans le cas contraire.

Une analyse multivariée avec ajustements multiples (âge, sexe, la race/ethnie, niveau socio-éducatif, antécédents d'hypertension artérielle, de diabète, de dyslipidémie, d'infarctus du myocarde et randomisation), le risque d’ECVM est apparu plus élevé chez les fumeurs persistants, comparativement aux non-fumeurs, soit un hazard ratio ajusté (HRa) de 1,56 [intervalle de confiance à 95 % IC 95 %, 1,16-2,09]. Il en a été de même pour le risque de décès toutes causes confondues, le HR étant alors estimé à 2,0 [IC 95 %, 2,18-3,12]). En revanche, le risque d’AVC et d’infarctus du myocarde était voisin dans les deux groupes.

Dans les suites d’un AVC ischémique, plus de sept patients sur dix poursuivent leur intoxication tabagique. Cette attitude s’avère délétère car elle expose à une surmortalité globale à long terme autant qu’à une majoration de la morbidité cardiovasculaire.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Anadani M et coll. Change in Smoking Behavior and Outcome After Ischemic Stroke: Post-Hoc Analysis of the SPS3 Trial. Stroke 2023; 54:921–927. doi.org/10.1161/STROKEAHA.121.038202Stroke.

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