Premiers pas d’un vaccin anti VRS administré aux femmes enceintes pour protéger les nourrissons

Le VRS est le principal agent de la bronchiolite, pathologie respiratoire très contagieuse qui en France, chaque hiver, touche près d'un tiers des nourrissons de moins de 2 ans et entraîne l'hospitalisation de 2 à 3 % des enfants de moins d'un an. Le VRS est aussi responsable d'infections graves chez les sujets âgés ou fragilisés.

La mise au point d'un vaccin efficace et sûr contre le VRS est un enjeu primordial de santé publique, et de nombreux laboratoires y travaillent.

Une publication récente de New England Journal of Medecine rend compte des résultats intermédiaires d'un essai, de phase 2b, de vaccination de femmes enceintes avec le vaccin "RSVpreF" développé par le laboratoire Pfizer.

Le vaccin "RSVPreF" est un vaccin bivalent, contre les sous-types A et B du VRS. Il utilise comme antigène la protéine F, protéine de l'enveloppe du virus assurant la fusion de celle-ci avec les membranes cellulaires. Cette protéine F existe sous deux formes, pré-fusion et post-fusion, extrêmement différentes. C'est la forme pré-fusion qui est utilisée pour ce vaccin, car elle présente des sites antigéniques spécifiques, et les anticorps dirigés contre certains de ces sites ont un fort potentiel de neutralisation.

L'essai randomisé, multicentrique, mené aux USA, au Chili, en Argentine et en Afrique du Sud a pour but d'évaluer l'immunogénicité et l'innocuité de ce vaccin chez des femmes enceintes, en bonne santé et âgées de 18 à 49 ans, entre 24 et 36 semaines de grossesse, et chez leurs enfants.

L'analyse intermédiaire de l'essai porte sur la cohorte des USA, soit 406 femmes enceintes   et 403 enfants. La cohorte à été divisée en 5 groupes équivalents : les femmes ont reçu en injection intra-musculaire soit 120 μg ou 240 μg de vaccin "RSVPreF", avec ou sans hydroxyde d'aluminium, soit un placebo.

Entre août et novembre 2019, 327 des 406 femmes ont été vaccinées -âge moyen 27 ans (18-42), terme moyen 31 SA 3j (24-36,6), et 79 femmes ont reçu le placebo.

Immunogénicité et innocuité correctes

Les réactions douloureuses au site d'injection ont été le plus souvent faibles ou modérées, et le plus souvent rapportées après une dose de vaccin contenant de l'hydroxyde d'aluminium ; 5,1 % des femmes qui ont reçu le vaccin ont eu une réaction fébrile entre 38,0°C et 38,9°C. La plupart des réactions systémiques ont été légères et comparables chez les femmes vaccinées et chez les femmes qui ont reçu le placebo.

Durant le mois qui a suivi la vaccination, et durant les 5 mois qu'a duré la période de surveillance, aucun évènement indésirable grave n'a été jugé en relation avec la vaccination.

Parmi les 403 enfants, l'incidence des effets indésirables a été équivalente chez les enfants des mères vaccinées et chez les enfants des mères non vaccinés, et comparable à celle du contexte médical.

L'immunogénicité a été évaluée chez 379 mères sur un prélèvement sanguin lors de l'accouchement et chez 372 enfants, au sang du cordon. Le rapport entre les moyennes géométriques des titres des anticorps neutralisants des mères vaccinées et des mères non vaccinées était compris entre 11,0 et 15,1 pour VRS A, et entre 13,7 et 17,5 pour VRS B, selon les différentes modalités de la vaccination.

Le rapport des titres des anticorps neutralisants entre les enfants des mères vaccinées et les enfants des mères non vaccinées était compris entre 9,7 à 11,7 pour VRS A et entre 13,6 et 16,8 pour VRS B.

Les taux de transfert transplacentaire des anticorps neutralisants de VRS A et B dans les groupes vaccinés par RSVpreF 120 μg ou 240 μg sans hydroxyde d'aluminium était compris entre 1,68 et 2,10, supérieurs à ce qu'ils étaient dans les groupes vaccinés par RSVpreF avec de l'hydroxyde d'aluminium.

Il est trop tôt pour juger de l’efficacité de cette vaccination

Alors que l'étude se poursuivait, une analyse post-hoc a été entreprise pour juger de l'efficacité de la vaccination durant l'hiver 2019-2020.

Cinq cent huit enfants ont été inclus, 405 nés d'une mère vaccinée et 103 nés d'une mère qui avait reçu le placebo. Parmi ces 508 enfants, 172 (33,9 %) ont présenté au moins un épisode respiratoire aigu, et 26 (15,1 %) avaient un test VRS positif en PCR.

Parmi les 26 enfants atteints d'une infection due au VRS, 8 ont eu une infection de gravité moyenne, 3 dans le groupe vacciné et 5 dans le groupe placebo, et 4 ont eu une infection sévère, 1 dans le groupe vacciné et 3 dans le groupe placebo. Ces chiffres ne permettent pas d'évaluer de manière claire l'efficacité du vaccin.

Compte-tenu des résultats de cette étude concernant l'immunogénicité des différentes modalités du vaccin, c'est le vaccin RSVpreF 120 μg, sans aluminium qui a été choisi pour la phase 3.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Simoes Eric A.F. et coll. : Prefusion F Protein–Based Respiratory Syncytial Virus Immunization in Pregnancy. N Engl J Med 2022;386:1615-26. DOI: 10.1056/NEJMoa2106062.

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