Auto-anticorps anti-Interféron dans la Covid-19 : un facteur prédictif de décès ?

L'âge est le facteur épidémiologique prédictif le plus fort du décès dans la COVID-19, le risque doublant tous les 5 ans à partir de l’enfance [1] ; d’autres comorbidité(s) ont été décrites comme facteur(s) de risque de décès.

Des études ont montré la présence, dans la population générale, d’auto-anticorps circulants neutralisant les interférons (IFN-α, IFN-ω et/ou IFN-β) chez près de 1 % des individus âgés de moins de 70 ans et chez plus de 4 % des sujets d’âge égal ou supérieur à 70 ans. Ces anticorps sont plus fréquemment retrouvés parmi les patients décédés de la Covid-19 puisqu’ils sont présents chez environ 20 % d’entre eux, dans tous les groupes d’âge [2, 3].

Une étude du Laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses (INSERM U1163, Hôpital Necker, Paris) publiée en mai 2022 montre que le taux de certains auto-anticorps anti IFN serait un autre facteur prédictif du risque de décès au cours de la Covid-19() [4].

Les Interférons (IFN), effecteurs de l’immunité antivirale

Les IFN sont des glycoprotéines de la famille des cytokines, molécules participant au contrôle du système immunitaire. Ils sont classés en 3 types : les types I et III sont impliqués dans l’immunité innée antivirale dans la plupart des cellules de l’organisme, tandis que le type II joue un rôle prépondérant dans  la communication entre cellules spécialisées du système immunitaire.

Les interférons de type I comprennent plusieurs sous-types : les IFN-α, β, quasiment ubiquitaires dans l’organisme, et les IFN ω, ε et κ, dont l’action est limitée à certains organes.        

Les échantillons étaient constitués de 1 261 patients âgés de 20 à 99 ans décédés de la maladie Covid-19 (pneumonie) avant que les vaccins ne soient disponibles d’une part et d’une population contrôle de 34159 individus de la population générale échantillonnés avant la pandémie d’autre part.

Les auteurs ont estimé à la fois la létalité (pourcentage de décès parmi les cas de maladie) et le risque relatif de décès (RRD, rapport entre la probabilité de décès chez les porteurs et la probabilité de décès chez les non porteurs), dans tous les groupes d’âge, chez les sujets porteurs d'auto-anticorps neutralisant les IFN de type I par rapport aux non porteurs.

Un impact sur la mortalité dans tous les groupes d’âge

La présence d'auto-anticorps anti IFN était associée à un RRD plus élevé dans tous les groupes d’âge. Concernant les auto-anticorps neutralisant l'IFN-α2 ou l'IFN-ω, les RRD étaient respectivement de 17,0 (IC 95 % : 11,7 à 24,7) et 5,8 (4,5 à 7,4) pour les individus < 70 ans et ≥ 70 ans. Pour les auto-anticorps neutralisant les deux molécules (IFN-α2 et ω), les RRD étaient encore plus élevés, respectivement de 188,3 (44,8 à 774,4) et 7,2 (5,0 à 10,3).                     

La létalité associée aux auto-anticorps neutralisant l'IFN-α2 ou l'IFN-ω, augmentait avec l'âge, allant de 0,17 % (0,12 à 0,31) pour les sujets <40 ans à 26,7 % (20,3 à 35,2) pour ceux ≥80 ans. La létalité, lorsque les deux auto-anticorps neutralisant l’IFN-α2 et l'IFN-ω étaient présents, était encore plus élevée, de 0,84 % (0,31 à 8,28) pour les sujets < 40 ans, de 40,5 % (27,82 à 61,20) pour ceux ≥ 80 ans.

Ainsi, dans cette étude la présence d’auto-anticorps contre les IFN de type I était associée à une augmentation de la létalité et à des RRD plus élevés, en particulier lorsqu'ils neutralisaient à la fois l'IFN-α2 et l'IFN-ω. L'auto-immunité anti IFN de type I serait, avec l’âge et la présence de comorbidité(s) un facteur prédictif fort du risque de décès dans la COVID-19.     

Les auteurs notent « qu’il  est remarquable que la létalité augmente avec l'âge, alors que les RRD eux diminuent avec l’âge ». Une piste d’explication pourrait être le développement de comorbidités avec l’âge, autres facteurs de risque de mortalité. Un dosage de ces auto-anticorps anti IFN 1 pourrait être proposé dans le bilan prédictif de la létalité.

Pr Dominique Baudon

Références
[1] O’Driscoll M et coll. : Age-specific mortality and immunity patterns of SARS-CoV-2. Nature, 2021; 590, 140–145 (.
[2] Goncalves D et coll. : Antibodies against type I interferon: Detection and association with severe clinical outcome in COVID-19 patients. Clin. Transl. Immunology, 2021; 10, e1327 ().
[3] Koning R et coll. with the Amsterdam U.M.C. COVID-19 Biobank Investigators :Autoantibodies against type I interferons are associated with multi-organ failure in COVID-19 patients. Intensive Care Med., 2021 ; 47 : 704–706 ().
[4] Mary J et coll. : The risk of COVID-19 death is much greater and age dependent with type I IFN autoantibodies- Proc Natl Acad Sci U S A . 2022;119(21):e2200413119. doi: 10.1073/pnas.2200413119.
[5] https://planet-vie.ens.fr/thematiques/animaux/systeme-immunitaire/les-interferons-de-type-i-et-iii-des-effecteurs-de-l

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