Drépanocytose : rapport bénéfice/risque favorable de l’hydroxyurée

La drépanocytose est l’une des maladies héréditaires monogéniques les plus fréquentes. Le nombre de patients serait de l’ordre de 40 000 à l’échelon de l’Europe. Elle se caractérise par la présence d’une hémoglobine anormale dite S (HbS) et dans la forme homozygote, le variant de cette protéine est HbSS. La prévention des crises vaso-occlusives qui est la complication la plus fréquente de la maladie repose sur l’hydroxyurée (HU) qui constitue la pierre angulaire de son traitement de fond pour les formes les plus sévères. Son efficacité thérapeutique a été établie sur le plan symptomatique, mais son impact sur l’espérance de vie est plus suggéré que démontré. L’observance du traitement est souvent médiocre, en partie par crainte de ses effets indésirables.

L’étude européenne de phase IV ESCORT

L’agence européenne du médicament a autorisé la mise sur le marché de l’HU en 2007, son utilisation étant possible chez l’enfant âgé d’au moins deux ans, l’adolescent et l’adulte dès lors qu’il existe des crises vaso-occlusives douloureuses récurrentes incluant notamment le syndrome thoracique aigu. Les patients asymptomatiques ne sont pas concernés.

L’agence européenne du médicament avait par ailleurs requis la mise en route d’une étude de phase IV, multicentrique européenne et non interventionnelle d’une durée de dix années. L’objectif était surtout d’évaluer le risque iatrogène, notamment carcinogène évoqué à la lueur d’études antérieures.

C’est ainsi qu’a débuté l’étude de phase IV ESCORT-HU (Sickle Cell Disease Cohort–Hydroxyurea) dans laquelle ont été inclus 1906 patients (dont 55 % d’adultes) atteints d’une drépanocytose confirmée. C’est la forme homozygote HbSS (84,7 %) qui dominait largement au début de l’étude, très loin devant le génotype HbSβ+ (7,0 %). La durée médiane du suivi a été de 45 mois ce qui correspond à une période d’observation totale de 7309 patient-années. La dose de HU au bout d’une année a été de 20,6 mg/kg/j chez les enfants et de 16,3 mg/kg/j chez les  adultes.

Rapport bénéfice/risque favorable

Ce traitement a permis de réduire significativement le nombre des crises vaso-occlusives prolongées (>48 heures), des épisodes de syndrome thoracique aigu et des hospitalisations. Il en a été de même pour le nombre de patients chez lesquels des transfusions sanguines ont été nécessaires en l’espace de 12 mois, comparativement à l’année qui a précédé l’inclusion dans l’étude. Les événements indésirables ont été le plus souvent biologiques, à type de neutropénie et de thrombopénie. Aucune toxicité particulière nouvelle de la HU n’a été découverte. Cent-vingt-cinq grossesses ont été menées à terme par 101 femmes et aucune malformation n’a été constatée chez les nouveau-nés. Un seul cas  de syndrome myélodysplasique fatal a été rapporté et un lien de causalité avec le traitement ne peut être exclu.

Cette étude de cohorte prospective qui porte sur plus d’un millier de patients est globalement rassurante : le rapport bénéfice/risque du traitement de fond par l’HU s’avère favorable autant chez l’enfant que chez l’adulte.

Dr Philippe Tellier

Références
De Montalembert M et coll. Real-Life experience with hydroxyurea in patients with sickle cell disease: Results from the prospective ESCORT-HU cohort study. Am J Hematol. 2021;96(10):1223-1231. doi: 10.1002/ajh.26286.

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