Cannabis thérapeutique : au seuil de l’expérimentation

Interview du Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale, CHU de Clermont-Ferrand, président du Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) sur le cannabis thérapeutique


Chapitres


Dans le cadre des travaux du CSST (Comité scientifique spécialisé temporaire) qu’elle a constitué, l’ANSM a annoncé que la France serait le théâtre, d’ici la fin de l’année, d’une expérimentation du cannabis thérapeutique.

Le 26 juin, ce comité d’experts que préside le Pr Nicolas Authier, du service de pharmacologie médicale du CHU de Clermont-Ferrand, définira le cadre de cet essai, dont il dévoile ici les contours.

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Vos réactions (1)

  • Le cannabis déjà qualifié de " thérapeutique" !

    Le 30 juillet 2019

    Comment peut-on parler de cannabis "thérapeutique" au stade où l'on met en place des protocoles visant à déterminer son intérêt potentiel? Intérêt qui est à déterminer, nous l'espérons, à l'aune de son rapport bénéfices/risques. C'est en effet seulement à partir de l'évaluation de ce rapport qu'une substance, très généralement pure, peut être adoubée et ainsi accéder à la dignité de médicament.

    Comment peut-on parler de "cannabis thérapeutique" s'agissant d'une plante dont la composition est des plus variables, selon : le cultivar considéré; les conditions de sa culture; le climat qui a régné durant celles-ci; le moment de sa récolte; les modalités de sa conservation... "Végétal varie, bien fou qui s'y fie".

    Comment parler en 2019 de" médicament" s'agissant d'une véritable soupe végétale, à l'instar des thériaques et autres panacées ("universelle" comme le sirop Typhon) dont la thérapeutique s'est affranchie depuis près d'un siècle. Dès le XVIII ième siècle Paracelse recommandait "d'extraire l'âme des végétaux afin d'en isoler la quintessence". C'est à partir de François Magendie (1783-1855) puis avec son élève et éminent continuateur, Claude Bernard, que la thérapeutique a rompu avec l’impressionnisme, avec l'art, pour devenir une science, en recourant à des molécules pures et définies.

    Les principes rigoureux qui fondent la pharmacologie moderne sont incompatibles avec ce retour au passé. Je m'étonne qu'un universitaire qui après une formation psychiatrique, s'est assez récemment converti à la pharmacologie, ne soit pas plus attentif au respect des règles qui fondent notre discipline.

    Alors bien sûr que l'on peut et même que l'on doit expérimenter tel ou tel cannabinoïde, parmi la centaine de ceux que comportent le chanvre indien, si l'on a de fortes raisons de croire à son intérêt putatif dans une indication particulière. Mais cela peut et doit se faire dans la discrétion qui prévaut communément dans tous les essais thérapeutiques.

    Il est malencontreux de susciter des espoirs de soulagements de divers maux, en l'absence des preuves indispensables qui permettraient d'envisager une mise en œuvre thérapeutique.

    Il y a actuellement plusieurs centaines (et sans doute milliers) d'essais thérapeutiques à travers le monde de substances nombreuse et variées, qui ne font l'objet d'aucun battage médiatique, qui ne suscitent pas la constitution d'une commission spécialisée ad hoc, et qui ne donnent lieu à des interviews de celui qui la préside.

    On doit déplorer enfin que ce dernier exprime ses conclusions avant l'obtention des résultats, en parlant "urbi et orbi" de "cannabis thérapeutique".

    D'aucuns voudraient, par une confusion des genres, faire du cannabis un "médicament" bon pour tout et bon pour tous, contribuant ainsi à la pression folle qui s'exerce en faveur de sa légalisation à titre récréatif (même si la "récré" peut très mal se terminer) qu'ils ne s'y prendraient pas autrement.

    Alors, de grâce, revenons à la Science, à la pharmacologie et à ses bonnes pratiques et stop à la "manipe"!

    Pr. Jean Costentin(pharmacologue, neurobiologiste)

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