Nouvelles accusations de nombreux manquements à l’éthique contre l’IHU de Marseille

Marseille, le mercredi 9 août 2023 – L’IHU de Marseille et son directeur le Pr Raoult auraient manqué aux obligations légales d’éthique dans plusieurs centaines de leurs publications scientifiques.

Les accusations de manquements à l’éthique continuent de pleuvoir sur l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, spécialisé dans la recherche sur les maladies infectieuses, qui fut dirigé par le célèbre et controversé Pr Didier Raoult jusqu’en août 2022. Depuis environ 15 mois, l’IHU de Marseille est visé par des enquêtes administratives et judiciaires en raison de plusieurs manquements à la réglementation encadrant les recherches impliquant la personne humaine (RIPH), le Pr Raoult n’ayant notamment pas obtenu l’autorisation préalable d’un comité d’éthique pour réaliser diverses études, comme la loi le prescrit.

Si ces accusations ne concernaient explicitement pour le moment que quelques études isolées (même si les soupçons de certains étaient plus larges), ce sont en réalité plusieurs centaines de publications de l’IHU de Marseille qui seraient entachées de manquements à la règlementation sur l’éthique. L’accusation émane de Lonni Besançon, un chercheur en informatique qui a fait de la lutte pour l’intégrité scientifique son cheval de bataille.

Des centaines d’études réalisées sans accord préalable

Avec d’autre chercheurs, il a publié jeudi dernier dans le journal Research Integrity and Peer Review, une étude portant sur les manquements à l’éthique observés dans plusieurs centaines de papiers présentés par l’IHU de Marseille ces dernières années. Le conflit entre Besançon et le Pr Raoult n’est pas nouveau : en octobre dernier, le chercheur marseillais a été mis en examen pour diffamation pour avoir accusé Lonni Besançon de…préparer un attentat contre lui.

Selon l’enquête menée par Besançon et son équipe, 456 études réalisées par l’IHU de Marseille sont marquées par un ou plusieurs manquements à la réglementation française sur la recherche impliquant la personne humaine. Les auteurs ont notamment découvert que 248 présentent le même numéro IRB (Institutionnal Review Board), ce qui signifierait qu’elles auraient toutes été préalablement validées par le même comité d’éthique.

Présenter plusieurs articles à partir d’une seule autorisation n’est pourtant possible que si tous ces papiers ont pour origine la même étude et les mêmes échantillons, or les 248 publications concernent des domaines de recherche, des échantillons et des populations très différents, ce qui permet de suspecter une fraude de la part des équipes de l’IHU de Marseille. Par ailleurs, 39 études ne comprenaient aucun numéro IRB et n’avaient donc fait l’objet d’aucune autorisation préalable, en violation manifeste de la loi française.

L’étude de 2020 sur l’HCQ toujours pas retirée

L’IHU de Marseille et son célèbre ancien dirigeant ne sont pas les seules cibles des critiques de Lonni Besançon et de ses collaborateurs. Ces derniers reprochent en effet aux revues scientifiques et à leurs éditeurs de ne pas en faire assez pour empêcher la publication de travaux perpétrés en violation des règles éthiques élémentaires. La plupart des journaux que les auteurs de l’étude ont contactés n’ont d’ailleurs pas daigné leur répondre. Les articles signalés par Besançon comme violant les règles éthiques n’ont pas été retirés ; seule une cinquantaine faisant actuellement l’objet d’une investigation par les éditeurs.

Les auteurs de l’étude recommandent donc que les éditeurs vérifient désormais, pour chaque article qui leur est soumis, que les réglementations aient été bien respectées et notamment que l’étude a bien été approuvé par un comité d’éthique valable.

« Laisser perdurer des articles scientifiques présentant des données fausses, pendant des années, c’est pourrir la science et amener à des conclusions fausses qui peuvent ensuite avoir des conséquences concrètes sur la vie des gens » affirme Loni Besançon pour justifier l’objet de sa recherche. Il rappelle notamment que la fameuse publication de février 2020, dans laquelle le Pr Raoult prétendait que l’hydroxychloroquine (HCQ) était un traitement efficace contre la Covid-19 et dont la méthodologie et les résultats ont été battus en brèche à plusieurs reprises, n’a toujours pas été rétractée.

Quentin Haroche

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Vos réactions (15)

  • Ethique

    Le 09 août 2023

    J'attends de Monsieur Loni la même démarche sur la préconisation des vaccins antiCovid.

    Dr P Bourreaud-Quignard

  • Suites sans fin

    Le 10 août 2023

    Il faudrait être bien crédule pour penser qu’il s’agit là de la suite et fin du Barnum IHU.
    Qui pouvait penser que les pratiques mise en lumière en 2020 n’avaient pas court avant, à l’IHU comme ailleurs ?
    Les feux de la rampe et l’arrogance ont des inconvénients avec son lot de victimisations mais aussi de fidélisation.
    Le travail évoqué mérite d’être référencé* : revue confidentielle.
    Publication française, liste hétéroclite d’auteurs dont 3 chercheurs indépendants. Pas de conflit d’intérêt déclaré sauf un indépendant... employé temps plein Novartis.
    Certains pourront s’agacer de l’usage d’outils auxquels la majorité des praticiens n’est pas formée.
    Avec le même pragmatisme débridé que D Raoult, je dirais que c’est le résultat qui compte : affligeant pour l’IHU. Prévisible mais maintenant documenté et chiffré.
    • Affligeant aussi pour les revues (cf Figure 2 page 5) : La place de « New Microbes and New Infections » (180 / 456 études).
    • Affligeant aussi pour les éditeurs : les non-réponses aux questions, mutisme confinant à l’aveu.
    Les recommandations de l’International Committee of Medical Journal Editors ont été actualisées en mai 2023 (https://www.icmje.org/). Elles accordent une large place à l’éthique mais aussi aux déclarations de conflit(s) ou communauté(s) d’intérêt(s). Un guide indispensable pour les éditeurs, les auteurs, les reviewers et… lecteurs. A transmettre aux plus jeunes notamment.
    Un questionnement personnel sur les co-auteurs des travaux incriminés, quand ils confondent collaboration et… complicité avec parfois les promotions attenantes.
    La non – rétraction est préjudiciable mais n’est pas un scoop**. QS la rétraction très différée (12 ans) de la publication tant citée de Wakefield***.
    Une alternative est l’ « expression of concern » éditorial dubitatif ou le mea-culpa**** (jamais cité) et republication révisée-nuancée des auteurs.
    Auto-rétraction moins convaincante quand elle concerne rapidement un pré-print (IHU), « par solidarité avec un co-auteur ».
    M Million, S Cortaredona, L Delorme et coll. Early Treatment with Hydroxychloroquine and Azithromycin: A ‘Real-Life’ Monocentric Retrospective Cohort Study of 30,423 COVID-19 Patients. medRxiv 2023.04.03.23287649 doi.org/10.1101/2023.04.03.23287649

    The End ? Surement pas malheureusement ou heureusement.

    *Frank F … Besançon L. Raising concerns on questionable ethics approvals - a case study of 456 trials from the Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection. Res Integr Peer Rev. 2023 Aug 3;8(1):9. doi:10.1186/s41073-023-00134-4
    ** Suelzer EM et coll. Assessment of Citations of the Retracted Article by Wakefield et al With Fraudulent Claims of an Association Between Vaccination and Autism. JAMA Netw Open. 2019 ;2(11):e1915552. doi:10.1001/jamanetworkopen.2019.15552
    *** Wakefield AJ et coll. Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children. Lancet. 1998 Feb 28;351(9103):637- 41 (retracté Lancet. 2010 Feb 6;375(9713):445)
    **** Hill A et coll. Retraction to: Meta-analysis of Randomized Trials of Ivermectin to Treat SARS-CoV-2 Infection. Open Forum Infect Dis. 2022 Feb 5;9(3):ofac056. doi: 10.1093/ofid/ofac056

    Dr JP Bonnet

  • Manquements

    Le 10 août 2023

    Indiscutablement, l'IHU de Marseille a manqué "à la réglementation sur l'éthique".
    Certains professionnels de cette institution ont aussi gravement contrevenu à leur déontologie.
    Mais il n'est pas juste de dire qu'il y a eu "manquement à l'éthique", ce qui est une appréciation philosophique complexe.
    On peut seulement dire que des pratiques sont non conformes à la "bioéthique", laquelle n'est qu'un dispositif juridique traduisant les choix politiques de la société. Erwin Chargaff, jamais en manque d'une utile provocation, disait que la bioéthique est une invention des chercheurs pour se dispenser de l'éthique ; on pourrait aussi bien argumenter que l'éthique est le mot dont chacun habille sa vision personnelle du bien et du mal. Voilà des mots qu'il faudrait éviter d'utiliser sans précaution.

    Dr Pierre Rimbaud

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