Anti-dépresseurs : mieux que le placebo ?!

L’utilisation d’anti-dépresseurs a plus que doublé entre 2000 et 2015 dans les pays économiquement développés. Malgré cela, les taux de dépression et de suicide ne cessent d’augmenter, particulièrement chez les plus jeunes.

Ce constat s’ajoute aux interrogations soulevées par des études cliniques concernant l’efficacité des antidépresseurs.

Une équipe états-unienne a analysé les données individuelles de plus de 73 000 adultes traités par monothérapie pour une dépression au cours d’essais randomisés contrôlés par placebo entre 1979 et 2016. La réponse au traitement était mesurée par l’échelle de dépression de Hamilton en 17 items.

Une méta-analyse de 232 essais

Sur l’ensemble des cohortes, il apparaît une amélioration moyenne de 9,8 points pour les participants traités par antidépresseur et de 8 points pour ceux recevant le placebo (différence de 1,75 points ; 95 % CI 1,63 à 1,86). Certains facteurs influencent l’efficacité de l’antidépresseur en comparaison du placebo.

Il s’agit du genre (la différence d’efficacité est plus marquée chez les femmes), de la gravité de la dépression (les résultats sont meilleurs par rapport au placebo dans les dépressions graves) et de l’âge (la supériorité du traitement par rapport au placebo s’amenuise avec l’âge). 

Les auteurs décrivent une distribution trimodale des réponses au traitement testé : une partie des patients présente une nette amélioration du score de Hamilton (+ 16 points en moyenne), une autre partie présente une réponse faible ou absente (+ 1,7 en moyenne) et une dernière une amélioration dite « non-spécifique » (+ 8,9) ce qui concerne la majorité des patients, soit environ 65 % des participants recevant soit un antidépresseur soit un placebo. 

En comparaison avec le placebo, la part de réponse nette est plus grande parmi les patients sous antidépresseur (24,5 % vs 9,6 %), alors que ceux présentant une réponse faible sont moins nombreux (12,2 % vs 21,5 %).

Dans cette étude, si l’effet moyen des antidépresseurs représente une amélioration modérée par rapport au placebo, ils augmentent tout de même d’environ 15 % la probabilité pour un patient de bénéficier d’une amélioration substantielle de ses symptômes grâce au traitement actif.

L’objectif est désormais de mieux identifier les patients qui pourront bénéficier au mieux d’un traitement antidépresseur. L’évaluation de la balance bénéfice-risque reste toutefois indispensable à l’échelle individuelle, faite conjointement par le praticien et le patient.

Dr Roseline Péluchon

Références
Stone M.B. et coll. : Response to acute monotherapy for major depressive disorder in randomized, placebo controlled trials submitted to the US Food and Drug Administration: individual participant data analysis
BMJ2022;378:e067606
https://www.bmj.com/content/bmj/378/bmj-2021-067606.full.pdf

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Vos réactions (9)

  • Un gros effort de maketing

    Le 23 août 2022

    Malgré tous les moyens mis en oeuvre par les industriels et certains psychiatres à démontrer l'utilité de leurs prescriptions inconsidérées de médicaments dits "antidépresseurs", toujours rien ne permet d'y croire.
    Quand il faut six décennies d'études pour mettre en évidence une lueur de semblant de signal peu pertinent, on peut conclure sans crainte qu'on erre dans l'obscurité.
    Mais l'enjeu financier et professionnel est tel qu'on n'osera pas avouer cette inutilité iatrogène qui détourne malheureusement les efforts thérapeutiques nécessaires dans une voie sans issue.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Antidépresseurs, lesquels ?

    Le 23 août 2022

    Reste à savoir les types d'antidépresseurs concernés et les caractéristiques des dépressions.

    Dr Xavier Bareau

  • Les Antidépresseurs

    Le 28 août 2022

    Bonjour;
    * lesquels....
    * évaluation de la dépression : Hamilton , Pichot....
    * traitement longs..
    * qui font un bon chapitre à l'ECG..
    * données des IRM fonctionnelles sur la protection du cortex ...
    * curiosité ? action de RESOLOR à 1 mg /j sur l'amélioration de la mémoire, et formidable ça déconstipe en même temps...
    Une bonne connaissance et une méthode ("habitudes de l'esprit, économies de la mémoire" je sais plus qui a dit cela) devrait nous permettre de nous y retrouver dans ce labyrinthe et de pouvoir insérer dans le planning une consultation de...15 minutes ?
    Des profits pharmaceutiques exorbitants ... bientôt une taxe ?
    Optimiste malgré tout.

    Dr Dominique Varvenne

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