Nouveau rapport accablant pour le Pr Didier Raoult

Marseille, le vendredi 8 juillet 2022 – Après l’ANSM, c’est au tour de l’IGAS de rendre un rapport au vitriol sur les pratiques à l’œuvre au sein de l’IHU de Marseille.

Depuis plusieurs mois, plusieurs instances administratives se penchent sur le mode de fonctionnement de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats de ces enquêtes sont loin d’être glorieux pour l’établissement dirigé par le très médiatique et sulfureux Pr Didier Raoult. Trois semaines après que l’Agence du médicament (ANSM) a décidé de placer l’IHU sous quasi tutelle administrative ayant découvert de nombreux manquements à la législation sur les expérimentations humaines, c’est au tour de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) de rendre un rapport particulièrement accablant sur l’IHU et d’écorner encore un peu plus l’image de l’infectiologue marseillais.

Ce rapport, non-définitif, qui peut encore être amendé en cas de correctifs éventuels apportés par l’IHU, a fuité ce mercredi dans le journal local La Provence. Il pointe du doigt de nombreuses dérives tant du point de vue sanitaire que social. Le rapport constate tout d’abord que, même deux ans après le début de la pandémie, les médecins de l’IHU continuent de prescrire de l’hydroxychloroquine (HCQ) aux patients atteints de la Covid-19, un traitement promu par le Pr Raoult (ce qui lui a conféré une grande notoriété) mais dont l’inefficacité a depuis été démontrée. Des « prescriptions qui ne respectent pas le Code de la Santé Publique, ce qui est de nature à relever d’une qualification pénale » précise le rapport.

L’IHU n’abandonne pas l’HCQ

Cependant, les médecins exerçant à l’IHU subissent des pressions importantes de la part de leur hiérarchie pour continuer de prescrire de l’HCQ. « Quand je n’ai plus voulu prescrire, il m’a été proposé des ordonnances pré-tamponnées » raconte un médecin, une pratique là aussi illégale. Plus globalement, l’IGAS déplore la faible qualité des soins délivrés par l’IHU et en conclut logiquement que l’IHU ne peut plus être considéré comme le centre de référence en antibiothérapie de la région.

Les inspecteurs remettent également en cause la qualité des recherches. Si l’institut marseillais publie plus de 650 articles scientifiques par an, ces études sont généralement acceptées dans des revues scientifiques de très faible qualité et servent essentiellement à gonfler les chiffres de l’IHU dans une « course à la publication ». Plusieurs chercheurs indiquent en outre avoir, à la demande de leur direction, modifié les résultats de leurs études et « supprimer les choses qui ne marchent pas ». A nouveau, l’IGAS insiste sur des travaux concernant la tuberculose, conduits sans le consentement de certains patients alors que le traitement étudié a provoqué de graves effets secondaires chez certains d’entre eux.

L’IHU prêt à tourner la page Raoult

Enfin, le rapport de l’IGAS décrit le climat délétère qui règne au sein de l’IHU. A la fois directeur de l’institut et membre du conseil d’administration, le Pr Didier Raoult exercerait tous les pouvoirs au sein de l’institut, étouffant toute contestation. L’IGAS n’hésite pas à parler d’une « logique de soumission » et d’un management « par la terreur ». « C’est un chef qui n’est jamais contredit et qui exerce une véritable emprise, qui n’hésite pas à écraser et à humilier publiquement ceux qui ne sont pas d’accord avec lui » dénonce un employé. Une cinquantaine de membres du personnel font état « d’une situation allant du malaise à une forte souffrance liée à leur activité professionnelle ».

Après ce rapport de l’IGAS, on attend désormais ceux des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions du travail (CHSCT), qui pourraient révéler d’autres pratiques douteuses. Tous ces rapports sont désormais entre les mains du procureur de Marseille, qui doit décider d’ éventuelles suites pénales. De son côté, l’IHU souhaite désormais tourner la page. Sauf surprise, le Pr Pierre Edouard-Fournier devrait succéder au Pr Raoult à la tête de l’institut au cœur de l’été. Proche historique du Pr Raoult (il a mené sa thèse sous son égide), il aurait pourtant à cœur de « changer profondément la direction et le management » de l’IHU, selon Louis Schweitzer, président du comité de recherche.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (26)

  • Beurk

    Le 08 juillet 2022

    Article plein de contrevérités et de rancoeur.
    On pourra m'objecter que je ne suis pas médecin.
    Mais le Professeur Raoult est l'un des chercheurs les plus côtés par ses pairs au niveau Mondial.
    Son plus grand tort est d'avoir dénoncé la corruption à tous les niveaux au sein de la médecine en France. Et aussi de s'être opposé, avec des traitements anciens presque gratuits à la frénésie de course au pognon qui s'est emparée de beaucoup de gens dans notre Pays.
    Triste état de notre médecine.
    S'il est bien un Pays ou on a inventé une chanson dans laquelle on peut entendre: "la Médecine est une putain son maquereau c'est le Pharmacien" c'est en France, dans notre Pays, et le Covid a été pour beaucoup de gens un révélateur, a mis au jour l'incroyable malhonnêteté de certains.
    En tous cas, l'IHU Marseille a eu les meilleurs chiffres de survie de tous les établissements Français pour le Covid.
    Cet article médiocre, partial, et mensonger sur bien des points n'honore ni le JIM ni son auteur.

    Paul Ducretet (MK)

  • Entreprise de dénigrement (à Nicolas Barbet)

    Le 10 juillet 2022

    Comment expliquez-vous le H index Du Pr Didier Raoult, un des plus élevés au monde à plus de 120 alors que les publications de l’IHU selon vous sont complètement inconsistantes ou publiées dans des revues sans aucune importance. N’y aurait il pas la une entreprise de dénigrement voire de désinformation de votre part ? Comment ce charlatan français peut il être aussi renommé à l’international ? Merci d’avance pour votre réponse.

    Dr Vincent Bentolila

  • Coté ou de cöté

    Le 10 juillet 2022

    Pour info: pour être « coté (sans accent) par ses pairs au niveau mondial » il faut publier dans des revues reconnues au niveau mondial avec un vrai comité de lecture indépendant de l’équipe qui a fait les travaux et international. Les travaux doivent être conformes aux règles éthiques et bien sûr aux règles scientifiques: pas de bidouillages, pas de patients retirés de l’étude si les résultats ne sont pas conformes à ceux que l’on souhaite… Dans le cas contraire, on n’est pas coté, mais effectivement mis de côté …

    Quant aux médecins, même dans une équipe, leurs prescriptions doivent rester indépendantes, et bien sûr «conformes aux données acquises de la science».

    Dr P Foulon

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