La conciliation médicamenteuse au service de la BPCO

La conciliation des traitements médicamenteux est une démarche de prévention et d’interception des erreurs médicamenteuses encouragée par la Haute Autorité de Santé afin d’optimiser le fonctionnement hospitalier. Elle est parfois ressentie, dans cette période difficile, comme une contrainte médico-administrative supplémentaire qui a toutefois fait ses preuves en gériatrie, aidant à la diminution des lignes thérapeutiques et ainsi du risque d'interaction médicamenteuse. Une équipe hospitalière réunissant pharmacienne et pneumologues a mis en œuvre la conciliation médicamenteuse dans un service hospitalier de réadaptation respiratoire ; elle a présenté son expérience au 27ème CPLF.

Une intervention en réadaptation respiratoire

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie génératrice de nombreuses comorbidités tout au long de son évolution prolongée, alourdissant la charge thérapeutique et compliquant l'autogestion par le malade de prises médicamenteuses multiples, qu’il s’agisse de traitements à visée respiratoire (traitements de fond et à la demande) et extra-respiratoire en particulier cardiologique et antidépressive. L’étude a suivi pendant 4 ans 57 malades atteints de BPCO sévère (VEMS médian à 42 % de la valeur prédite), d’âge moyen de 64 ans et présentant un score HAD (Hospital Anxiety and Depression scale) moyen de 17 (symptomatologie anxiodépressive avérée à partir de 11). Un score évaluant les compétences du patient à gérer les ressources thérapeutiques vis-à-vis des événements mineurs ou majeurs de la vie de la BPCO a été affecté aux malades selon la méthode de T. Omachi (Score d’Omachi simplifié, SOS). Le seuil d’ « incompétence » vis-à-vis de la gestion de la BPCO était établi à la valeur de 14. Les malades inclus avaient au moins 2 comorbidités et un SOS >14. Tous les malades ont été évalués pendant la réadaptation respiratoire qui durait 4 semaines.

Identifier et corriger des erreurs de prescriptions

La conciliation des traitements médicamenteux (CTM) effectuée par la pharmacienne était longue (durée médiane en minutes, [intervalle de confiance à 95 %, IQ95]: 130, [120-140]). Elle a permis de mettre en évidence des divergences entre les documents « sources » des prescriptions disponibles à l'entrée du malade et la ou les ordonnance(s) de sortie. Ces divergences peuvent être intentionnelles (tracées dans le dossier du malade) ou non, émanant involontairement du prescripteur. Il peut s'agir de prescriptions respiratoires ou extra-respiratoires non documentées, en rapport avec des ordonnances antérieures non spontanément fournies par le malade voire des prescriptions « occultes » non conventionnelles (phytothérapie), ou de l'automédication. Une différence ressort par rapport à la CTM effectuée en gériatrie : dans la BPCO où les comorbidités sont fréquentes et le risque de complication important, la CTM ne débouche pas sur une diminution des lignes de prescription dont le nombre médian à l'admission était de 11 ]10-15] et à la sortie de 15 [14-17], p<0,001. En effet, la CTM regroupe les prescriptions à la demande (le salbutamol de secours manque souvent sur l’ordonnance à l’entrée) ou dans le cadre d'un plan d'action (antibiothérapie et/ou corticothérapie prescrits en avance pour l'autogestion rapide d'une exacerbation débutante). En règle générale les « exacerbateurs fréquents » (>2 exacerbations/an) ont un nombre de lignes thérapeutiques plus élevé : 10 ± 4 contre 7 ± 3 chez les autres (p<0,006).

En conclusion l'apport de la CTM dans le cadre d'une réadaptation respiratoire chez les malades BPCO présentant de multiples comorbidités ouvre le champ à des relations interprofessionnelles plus fructueuses impliquant directement le pharmacien. Ce processus rend aussi compte contre du fardeau thérapeutique supplémentaire représenté par les comorbidités et le risque de récidive d’exacerbation.


Dr Bertrand Herer

Référence
D’après la communication du Dr Audrey Nahmiash. 27ème Congrès de Pneumologie de Langue Française – Marseille 27-29 janvier 2023

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