« Humour carabin » : un groupe Facebook de médecins fait polémique

Paris, le mardi 7 janvier 2020 – Le journal L’Obs révèle les dérives d’un groupe privé Facebook baptisé « Le divan des médecins » qui réunit 11 400 praticiens.

Du conseil à l’injure

Ce groupe a pour objectif premier d’obtenir rapidement des conseils entre confrères.

L’Obs dénonce en premier lieu la mauvaise anonymisation de certaines des photos de patients partagées et pointe ainsi des violations répétées du secret médical.

Mais ce sont surtout les commentaires qui sont dans le viseur de l’hebdomadaire qui évoque, par exemple, une « vidéo d’un homme de dos, nu, à qui un soignant retirait un vers solitaire de l’anus » accompagnée d’une « volée de commentaires horribles » relevant de « l'homophobie, la transphobie, la grossophobie, et du sexisme ».

Le sexisme serait notamment coutumier sur cette page. L’Obs rapporte par exemple le commentaire d’un médecin à la vue d’un cliché d’une patiente : « quand les seins tombent comme ça, je refuse généralement de les voir en consultation ». Il cite de la même façon un échange de conseil entre deux médecins : « Tu dis quoi pour [justifier] de prendre en photo les tétons d’une gamine de 17 ans ? » demande le premier auquel le second suggère : « Je dis que je vais l’envoyer à un dermatologue pour avoir un avis ».  Outre le sexisme, la violence de certaines interventions peut légitimement choquer émanant de professionnels de santé. Un praticien postant la photo d’un patient utilisant son smartphone s’énerve par exemple : « puis-je mettre un coup de pelle au patient qui termine sa partie sur son Smartphone ? ». Autant d’exemples représentatifs de la tonalité générale des conversations.

Salle de garde 2.0

Alors que les réactions indignées ont été nombreuses depuis la révélation de l’existence de ce groupe, Emmanuelle Godeau, médecin de santé publique, enseignante-chercheuse à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), invitée à commenter ces pratiques, estime qu’elles sont l’expression d’un esprit de salle de garde "2.0". Il s’agit « d’une forme d’humour pratiqué par les médecins dans le but de prendre de la distance vis-à-vis des tabous auquel leur métier les confronte comme la mort, la nudité, la souffrance. Cet humour est généralement mal compris des non-médecins parce qu’il repose sur une culture partagée, plus ou moins implicite, acquise durant les études médicales. Son principal ressort est l’exutoire : les thèmes de la mort et du sexe, y reviennent de manière prépondérante », analyse-t-elle. On notera cependant que de nombreux praticiens considèrent impératif de prendre ses distances avec ce fameux "esprit carabin" et que beaucoup n’approuvent pas l’idée qu’il puisse être légitimité d’une manière ou d’une autre par la difficulté de l’exercice. Néanmoins, il ne faudrait pas conclure hâtivement ici à un conflit de générations, puisque ce groupe Facebook serait largement fréquenté par de jeunes praticiens.

L’Ordre des Médecins s’est pour sa part emparé de l’affaire et devrait s’atteler à une analyse juridique de ces contenus qu'il qualifie déjà d' « effarants ».

Xavier Bataille

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Vos réactions (18)

  • Dans la norme

    Le 07 janvier 2020

    Bah ! 11.000 sur le total on est dans la norme des debs.

    Dr XM

  • Un seul groupe ?

    Le 07 janvier 2020

    Un ? Vraiment ?
    Un seul ?
    En cherchant un peu on trouve plusieurs groupes de ce type, pas tous en France.
    Généralement ces groupes sont des groupes fermés, accessibles uniquement à des PS qui doivent répondre à un questionnaire avant d'accéder aux discussions.
    Et le niveau des questions d'admission... élevé.
    Un défouloir ? Probablement.
    11400 quand même.
    C'est ça qui affole les gardiens du Temple ?
    Parce qu'ils n'ont pas le balai qui remonte de l'iléon à la cavité bucco-dentaire ?
    Les exemples cités relèvent effectivement de la plaisanterie.
    Bien plus légères que celles qu'on peut entendre avec un verre en main lors d'un congrès.
    Mais bon, il y en a qui ont un blason à redorer...

    Dominique Barbelet

  • Censure ?

    Le 07 janvier 2020

    Vous avez dit "politiquement correct"? Attention la censure nous guette!

    Dr Lucien Duclaud

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