« J’ai préféré arrêter d’exercer, la médecine d’aujourd’hui ne me convenait pas. Aujourd’hui j’aide les autres médecins qui veulent se reconvertir »

Marion est une jeune médecin généraliste, qui après seulement deux ou trois années d’exercice a décidé d’arrêter. L’abattage, le travail à la chaîne, l'exercice était trop loin de son idéal médical. Depuis elle a fondé Med Reconversion, une plateforme qui coache et accompagne les médecins, qui eux aussi veulent changer de métier.

« Je suis originaire de Toulouse, j’ai aujourd’hui 30 ans, et j’ai fait toutes mes études de médecine à la Fac de Toulouse, jusqu’aux ECNI. J’ai ensuite choisi la médecine générale. C’était un vrai choix, c’est ce que j’ai toujours voulu faire du plus loin que je me souvienne, quand j’étais petite.

Et j’ai décidé de changer d’air pour l’internat, donc j’ai choisi le CHU de Bordeaux. J’ai été diplômée de médecine générale en 2020.

Ensuite, j’ai fait des remplacements en libéral pendant 2 ans. Et très vite, les questionnements ont commencé. Mais j’ai continué. Je voulais tester pas mal d’exercices dans le libéral : des cabinets orientés gynéco, des cabinets en zone rurale, semi-rurale, en ville… J’ai aussi fait des remplacements à l’hôpital en salariat, pour vérifier que ça aussi, ça ne m’allait pas.

Jamais je n’aurais imaginé arrêter la médecine pendant mes études. La vocation, je l’avais, je l’ai toujours eue. Le métier en lui-même ne me déplaisait pas, ce sont juste les conditions d’exercice et la réalité quand je suis arrivée sur le terrain, qui n’ont pas été ce à quoi je m’attendais.

Pour moi la médecine, c’est le relationnel avant tout, le côté prévention. J’avais choisi la médecine générale pour être au plus près des patients. Et finalement j’avais le sentiment de faire du travail à la chaine, je n’avais pas le temps avec les gens. Je n’aimais pas du tout cette médecine que j’étais en train d’exercer. Et je ne voyais pas d’issue.

Donc j’ai questionné cela pendant un an de remplacements et en même temps j’ai décidé de suivre des séances de coaching et de réaliser un bilan de compétences.

Ces démarches ont créé chez moi l’envie de me lancer dans le coaching professionnel dans l’idée d’accompagner les professionnels de santé dans leur transition, redéfinir leur projet professionnel. Cela n’entraine pas tout le temps une reconversion.

J’ai suivi une formation et maintenant je suis diplômée en tant que coach professionnel reconnue par le RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles).

Ça n’a pas été aussi simple que ça de prendre cette décision d’arrêter la médecine. Je l’ai vécue comme un deuil, mais d’un autre côté je me suis dit, c’est mon bien être et ma santé que je dois prévenir. Mon quotidien de médecin était trop compliqué : des problématiques d’accès aux soins, de manque de moyen, de manque de temps, de devoir galérer tout le temps pour contacter un spécialiste, obtenir un rendez-vous… Et ça j’étais certaine que j’allais le retrouver peu importe l’endroit où j’allais exercer. Pendant mes études, j’avais observé des personnes qui sont allées jusqu’au bout d’eux-mêmes, jusqu’au burn-out. Je me suis rapidement dit que je n’irai pas jusqu’à cette extrémité, que si un à un moment je n’étais pas bien dans ma profession et bien je me prendrais en main.

Pour moi le coaching est une autre forme d’accompagnement qui me correspond mieux, parce qu’on prend le temps tout simplement d’écouter les gens, d’aller dans le fond des choses et de les accompagner. A l’heure actuelle c’est la voie dans laquelle je m’épanouie et je me projette.

En aout 2022, j’ai créé Med Reconversion, une plateforme de bilan de compétences. J’avais rencontré, Anne-Sophie, une ancienne infirmière, fondatrice d’Infirmière reconversion. Je l’ai contactée pour échanger avec elle parce que son parcours m’interpellait. J’avais envie d’avoir son retour d’expérience sur la création de son entreprise. Et au fil de nos échanges, nous avons décidé d’allier nos forces pour accompagner les autres professionnels de santé, essentiellement médecins, sage-femmes et kinés.

Dans les personnes que je coache, je croise tous les profils. Parfois des jeunes qui comme moi se rendent compte qu’il y a un fossé entre la façon dont ils veulent exercer la médecine, et la réalité telle qu’elle est actuellement. Et il y a aussi des médecins qui exercent depuis 15-20 ans et qui sont justement usés par la tournure que prend la situation. Mais ce sont souvent les mêmes problématiques que l’on rencontre : ce sentiment de ne plus avoir de temps pour bien faire son travail. Cela revient à chaque fois. Initialement je m’attendais à recevoir beaucoup de médecins libéraux et en particulier des généralistes mais en fait, je coache des médecins issus de toutes les spécialités, des praticiens du public, du privé, du libéral… tous les profils, avec pour le moment une majorité de femmes.

La plupart du temps aussi, le bilan de compétences des médecins coachés n’entraînent pas de reconversions hyper radicales. Les médecins ne se lancent pas dans l’artisanat, le stylisme, ou ne deviennent pas boulangers. Au début, ils arrivent en disant je veux faire complétement autre chose, je n’en peux plus… Puis à l’issue du programme, 80% restent dans le soin, dans le “care” au sens large. Et la plupart des médecins restent médecins mais sous une autre forme, ils rajoutent des types d’activité différente, qui leur permettent de plus s’épanouir. Dans ce sens-là le bilan de compétences n’entrainent pas que des reconversions hyper radicales. Il y a aussi parfois des projets transitoires, avec un projet à moyen terme pour ensuite concrétiser un projet à plus long terme.

Donc concrètement, un médecin qui doute peut s’inscrire au bilan de compétences en parallèle de son exercice, tant que c’est en dehors des heures de travail. On a construit un programme adapté au planning un peu Tétris des médecins. Donc c’est du distanciel, avec des entretiens en visio avec moi, avec en plus une plateforme de e-learning, pour faire des exercices, des mises en situation, des tests professionnels.

Le financement par le CPF c’est 1 950€, pour 10 semaines, 14h d’accompagnement, entre les visios et le e-learning. Et le temps global estimé que la personne doit se dégager est de 24h, car il y a des recherches, des enquêtes terrain… pour que le projet soit bien ficelé.

C’est vrai que la société de façon générale ne comprend pas trop ce genre de choix. Moi, mon entourage m’a soutenue, même si au fond d’eux, ils se disaient sûrement que je gâchais mes années d’étude. Mais c’est aussi quand on est jeune quand on a l’énergie de se poser ce genre de questions et de rebondir. »

Cet article est republié à partir du site What’s up Doc. Découvrez What’s up Doc

Luc Angevert

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Vos réactions (16)

  • Sa médecine !

    Le 07 mai 2023

    Effectivement elle fait bien d'arrêter...
    Dommage qu'elle ait pris une place. Dommage qu'elle aide à démissionner. Dommage qu'il n'existe pas des applications pour un exercer non pas une médecine différente mais différemment la médecine qu'une vocation infantile a pu idéaliser.

    Dr P Castaing

  • CPF ?

    Le 07 mai 2023

    Je me demande bien dans quel monde les professionnels libéraux et les praticiens hospitaliers sont concernés par le CPF... (compte personnel de formation)

    Dr A.V.

  • Bravo

    Le 11 mai 2023

    Quand c'est pour le commerce qu'on est douée, mieux vaut en effet ne pas faire de médecine.

    Dr Pierre Rimbaud

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