Exclusif : seule une minorité de professionnels de santé souhaite l’interdiction des lanceurs de balle de défense

Paris, le mardi 14 mai 2019 – A l’occasion de son congrès qui s’est ouvert samedi et qui se tient jusqu’à aujourd’hui à Paris, la Société française d’ophtalmologie (SFO) a réitéré ses alertes vis-à-vis des lanceurs de balles de défense (LBD). Face à l’augmentation des traumatismes oculaires graves provoqués par ces armes de maintien de l’ordre, régulièrement utilisées lors des manifestations de Gilets jaunes, les ophtalmologistes avaient demandé aux pouvoirs publics l’établissement d’un moratoire justifié selon eux par la sévérité des blessures comparables à celles entraînées par des balles de golf. Sans obtenir de réponse du gouvernement, la SFO a choisi de mettre en place une cellule de veille afin de pouvoir établir un recensement précis des traumatismes constatés. Si les données de cette cellule ne devraient pas faire l’objet d’une présentation précise lors du congrès, ses responsables ont déjà pu confirmer l’augmentation du nombre de patients. Les blessures par ailleurs concernent majoritairement des hommes jeunes (25 ans en moyenne) présentant pour la moitié d’entre eux une plaie de l'œil ouverte lors de leur arrivée aux urgences (de mauvais pronostic quant au risque de cécité future).

Réponse de citoyen, pas de médecin ?

Rendre visible la gravité des blessures liées aux LBD est-ce une méthode efficace pour convaincre de la légitimité de leur interdiction ? Pas si sûr. En dépit des nombreux témoignages présentés dans les médias, des alertes de différents spécialistes, des réserves de nombreuses organisations de défense des droits en France comme à l’étranger, seule une minorité de Français et de professionnels de santé estime que leur retrait s’impose.

Sondage réalisé sur JIM du 18 mars au 4 avril 2019

Ainsi, un sondage proposé sur notre site du 18 mars au 3 avril auquel 615 professionnels de santé ont répondu révèle que seuls 33 % d’entre eux sont favorables à une « interdiction totale des LBD en raison des risques de blessures graves ». Si 64 % des répondeurs ne souhaitent donc pas leur suspension, 34 % attendent néanmoins un « contrôle plus rigoureux de leur usage » (2 % préfèrent ne pas se prononcer). Différentes informations ont en effet révélé que ces armes d’un maniement très particulier ont pu être confiées à des policiers peu ou pas expérimentés favorisant les mauvaises utilisations et les dérives et renforçant donc le risque de blessures graves.

Une opinion parfaitement semblable à celle des Français

Si la connaissance des traumatismes (ou des maladies) et de la difficulté de les traiter peut parfois infléchir la position des professionnels de santé par rapport au reste de la population (vis-à-vis par exemple des addictions), on ne retrouve pas une telle tendance en ce qui concerne les LBD. Les résultats de notre enquête sont en effet parfaitement comparables à ceux d’un sondage réalisé par Promise Consulting, au mois de janvier dernier. On découvrait alors que seuls 30 % des Français se déclaraient en faveur de l’interdiction de ces lanceurs, tandis que 62 % préconisaient plus certainement leur maintien (8 % se disaient sans opinion). Et de la même manière que chez les professionnels de santé, 40 % des personnes souhaitant leur maintien espéraient cependant une évolution de la législation, afin notamment de mieux encadrer les conditions d’usage. « Le message à l’adresse du gouvernement est sans ambiguïté : oui au rétablissement de la sécurité publique en donnant aux forces de l’ordre les moyens de l’assumer, mais pas à n’importe quel prix » avait commenté dans le Figaro Philippe Jourdan, fondateur de Promise Consulting. Une observation qui pourrait parfaitement s’appliquer à l’opinion des professionnels de santé et qui apparaît comme un nouvel exemple de la distance que les praticiens savent adopter entre leur pratique et leur expertise d’une part et leurs convictions politiques d’autre part.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (13)

  • Représentatifs ?

    Le 14 mai 2019

    Cet article est tendancieux.
    Aucun sondage rigoureux n'appuie les conclusions de l'auteur de l'article.
    Pas de questionnement non plus sur la légitimité d'un tel sondage. Le biais principal: en quoi les lecteurs du Jim sont ils représentatifs de l'ensemble des professionnels de santé ?
    Ensuite, en quoi l'avis des médecins doit il être supérieur à celui des victimes.
    Vis à vis du serment d'Hipocrate, votre article ne fait pas l'honneur de la profession de médecin.

    Dr I. L.

  • Insensibles aux dégâts causés par les LBD

    Le 14 mai 2019

    Il est incroyable de voir de telles réponses qui ne devraient pas être des réponses de médecins! Comment rester insensibles aux dégâts causés par les LBD quand on est dans une vocation de soin!
    Même les instances internationales s'en émeuvent et certains d'entre nous tourneraient la tête ?
    Quelle drôle de conception de notre vocation !

    Dr Fanny Cohen

  • Pas de base scientifique

    Le 14 mai 2019

    Comment pouvez-vous prétendre analyser l’opinion des professionnels de santé par ce type de consultation sans aucune base scientifique ?

    Dr Marie-Anne Bach

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