Homéopathie: Agnès Buzyn met fin à 35 ans de polémique

Paris, le mercredi  10 juillet 2019 – Malgré un lobbying intense des laboratoires et de certains hommes politiques tel Gérard Collomb ou Xavier Bertrand et l'opinion d'un grand nombre de Français, hier soir, Agnès Buzyn a tranché.

Dans une interview exclusive accordée au quotidien Le Parisien Aujourd’hui en France, le ministre de la santé a déclaré en substance : « j’ai décidé d’engager le déremboursement total de l’homéopathie ». 

Cette décision sera effective en deux temps. D’abord, à partir du 1er janvier 2020, le taux de remboursement par la Sécurité sociale passera de 30 à 15 % puis à  0 % le 1er janvier 2021.

Cette phase intermédiaire devant servir à « accompagner » les patients et les industriels (ce qui respectera le "Et en même temps")

Si cette annonce était attendue, elle apparaissait moins certaine au fil des jours. Beaucoup d’observateurs avançaient ainsi l’hypothèse selon laquelle les arguments économiques avaient fait mouche et que le remboursement ne serait pas supprimé mais juste abaissé à 15 %.

Mais, interrogée sur l’hypothèse d’une telle demi-mesure, qui aurait  notamment permis aux granules de continuer de bénéficier d’un taux de TVA réduit à 2,1 % et d’être prise en charge par certaines complémentaires, Agnès Buzyn a fait valoir que « cela n’aurait pas de sens ». Cela « signifierait que des médicaments dont l’efficacité clinique n’est pas prouvée pourraient quand même être remboursés (…) Quand on est un homme ou une femme politique, on doit être prudent et ne pas aller contre un avis scientifique parce qu’on met alors à mal tout notre système d’évaluation du médicament ».

35 ans de polémique

Sans remonter le fil de plus de deux siècles de controverses qui ont suivis la publication des thèses d’Hahnemann, ces déclarations ministérielles mettent fin à une polémique de 35 ans sur la prise en charge par la collectivité de cette classe de médicament.

C’est Georgina Dufoix, ministre de François Mitterrand, qui, en 1984 l’avait placé, sans évaluation préalable, sur la liste des médicaments pouvant bénéficier d’un remboursement à 65 %.  Ce pourcentage avait ensuite été diminué en 2003 à 35 % puis à 30 % en 2011.

Si de nombreuses voix, et notamment celle de l’Académie nationale de médecine,  s’étaient élevées durant 3 décennies contre le remboursement ce n’est que ces derniers mois que l’histoire s’est accélérée.

D’abord avec un rapport des Académies des sciences européennes, qui avaient jeté une lumière crue sur cette thérapeutique et dénoncé une pratique dangereuse car inefficace et source de retard dans l’initiation d’un traitement actif.  

Mais c’est sans doute la tribune dite anti fakemed parue dans Le Figaro qui aura le plus contribué à ce mouvement vers le déremboursement. Ce texte écrit d’une plume acerbe s’insurgeait contre cette médecine alternative qui y était qualifiée de "charlatanesque".

Face à la polémique grandissante, le ministre de la Santé avait saisi la Haute Autorité de santé (HAS), dont la commission de la transparence a rendu tout récemment un avis considérant que « ces médicaments n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier un remboursement ». 

Assurance maladie qui rit, Boiron qui pleure, patients qui payent

Si cette mesure devrait permettre  une économie de 126,8 millions d'euros pour l’Assurance maladie, les laboratoires Boiron et les autres industriels du secteur se montrent particulièrement inquiets.

En effet, de mars 2018 à février 2019, plus de 165 millions d'unités, comprenant granules et liquides ont été vendues dans l'Hexagone, dont 69 % sur prescription, soit environ 112 millions de boîtes remboursées par l'assurance-maladie.

Selon Boiron, le principal employeur français du secteur, ce déremboursement total menace directement 1 000 de ses 2 500 salariés puisque 60 % de son chiffre d'affaires est réalisé en France.

Chez le français Lehning et le suisse Weleda ont estime à 300 le nombre  d’emplois en danger. Au total, en comptant les sous-traitants certaines estimations (très larges) font état de 4 000 postes qui pourraient être supprimés.

Des inquiétudes peut-être à relativiser.

Soulignons dans un premier temps l'excellente santé financière du laboratoire Boiron qui avec 604 millions d’Euros de chiffre d’affaires et 57 millions d’euros de résultats net a les reins solides.

En outre, si ce changement de paradigme devrait s’accompagner d’une baisse des ventes en France (de 50 % en 2020 et encore 50 % en 2021 selon les prévisions les plus pessimistes), elle pourrait être compensée par une augmentation des prix. Ainsi rappelons, que dans un marché comparable au nôtre, en Italie, un tube de granules vendu en moyenne 2 € 20 en France, coute 8 €. Certes une augmentation similaire des prix en France serait en partie due à l’augmentation de la TVA mais laisserait aussi une part importante de marge supplémentaire pour les fabricants.

Finalement, c’est sans doute le pouvoir d'achat des patients usagers réguliers de l’homéopathie qui sera un peu écorné par la résolution de l’avenue de Ségur, puisque en plus de la fin de la prise en charge partielle par la collectivité, ils ne bénéficieront plus (en règle générale) du soutien de leurs mutuelles pour ces dépenses.

Reste que dans un communiqué, Boiron annonce avoir « demandé à être reçus par M. le président de la République en urgence (…) Boiron fera tout pour combattre (…) le déremboursement, qui va à l’encontre d’une pratique éminemment populaire ».

Il est néanmoins peu probable que Jupiter déchaine ses foudres contre son ministre de la santé dans cette affaire bien que les voies de l’Elysée soient impénétrables…

F.H.

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Vos réactions (13)

  • "Parmi toutes les erreurs ayant cours de par le monde...

    Le 10 juillet 2019

    ...il serait surprenant que l'homéopathie soit la seule à ne pas contenir ne serait ce qu'une petite parcelle de vérité" André Soubiran (les hommes en blanc).
    Je me sens assez proche de cette opinion exprimée dans les années 1930 (déjà) et j'avoue avoir tendance à croire que l'effet principal de l'administration de substances tellement diluées qu'on peinerait à en retrouver la trace y compris par des techniques sophistiquées relève de ce qu'on appelle le placebo...ceci dit, des millions de gens sont convaincus du contraire, et se sentent mieux dès lors qu'ils ont pris leurs granules...Donc c'est dit, on va dérembourser l'homéopathie: ceux qui y croient vraiment continueront à en prendre, quitte à le payer de leur poche, sinon ils se rabattront faute de mieux sur des médicaments allopathiques (plus ou moins) remboursés, et non dépourvus d'effets secondaires alors que l'homéopathie semble à peu près inoffensive…

    Enfin, à tout prendre, le remboursement de ces traitements "d'efficacité non prouvée" me semble moins choquant que ce qui se prépare: à savoir la prise en charge à 100% de la "PMA pour toutes", autrement dit de l'insémination artificielle de toute femme qui en fera la demande.
    O tempora o mores...

    Dr Jean-Marc Ferrarini

  • Comprendre l'homéopathie ...

    Le 11 juillet 2019

    Exemple en médecine vétérinaire : 435 € de frais d'hospitalisation 3 jours pour mon labrador moribond rendu dans le même état... une dose d' Arsenicum Album 15 ch de 2 € la vitalité est retrouvée en moins de 12 h et le chien ressuscite.

    Combien de traitements lourds ai je évité ou diminué grâce à ses petites granules dans ma vie de médecin. Combien d'argent économisé par la sécu... il serait amusant de déclencher le premier référendum autour de ce déremboursement juste pour voir la tête de nos dirigeants formatés par la "science" et l'argent qui devrait être investi pour comprendre toutes les médecines alternatives et éviter les dérives.

    Dr Bernard Lamy

  • Inquiétant...

    Le 11 juillet 2019

    On lit sur le sujet des pensées de praticiens apparemment diplômés qui font froid dans le dos concernant leur esprit scientifique. Il est plus compréhensible qu'une incompétente comme Georgina Dufoix ait pu, de son seul fait, prendre une décision aussi imbécile que le remboursement des produits homéopathiques, bien qu'il se soit ensuivi quatre décennies d'inaction de ses successeurs. On ne peut que saluer le courage de ceux qui décident enfin de mettre fin à cette anomalie.

    Dr Pierre Rimbaud

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