Le service mobile d’urgence de l’hôpital de Bourges une nouvelle fois fermé : les élus tempêtent

Paris, le lundi 11 octobre 2021 – Dans la nuit de jeudi à vendredi, le Service mobile d’urgence et de réanimation de l’hôpital de Bourges (65 000 habitants et 100 000 pour l’agglomération) n’a pu fonctionner, faute de médecin disponible. Ce sont les SMUR de Saint-Amand-Montrond et de Vierzon qui ont pris le relais. Cette situation a provoqué la colère des élus : les maires de Bourges, Yann Galut, de Saint-Amand-Montrond, Emmanuel Riotte et de Vierzon, Nicolas Sansu ont décidé de porter plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Cette démarche est destinée à alerter les pouvoirs publics et notamment l’Agence régionale de Santé (ARS), dont les édiles et notamment Nicolas Sansu dénoncent l’absence de réaction. « Cette plainte est également faite pour que l'ARS cesse de se fiche un peu de nous » a ainsi commenté sur France Bleu, Nicolas Sansu.

Fermetures à répétition

Ce courroux des maires s’explique par la chronicité de la situation. Ce n’est en effet pas la première fois, loin de là, que les urgences et le SMUR de Bourges dysfonctionnent, en raison d’une pénurie de praticiens, dans un des territoires de France les plus touchés par la désertification médicale. Au printemps 2018, l’établissement avait ainsi dû fermer pendant trois jours. Il y a un an quasiment jour pour jour, le 8 octobre 2020, les activités du service avaient également été perturbées. Depuis le début de l’année, des tensions ont également conduit à une fermeture à la fin du mois de janvier (après le désistement de deux médecins intérimaires), tandis que les difficultés d’organisation sont constantes.

Établissement de référence

A chaque fois, des solutions sont trouvées pour éviter que la population soit totalement privée de soins d’urgence. Appels aux médecins de ville, aux équipes de SOS médecins et surtout aux urgences de Vierzon et Saint-Amand ont ainsi permis jusqu’à aujourd’hui de pallier ces nuits de vide. En outre, les élus se sont systématiquement mobilisés pour alerter, demandant par exemple à Olivier Véran la réalisation d’un audit. Ainsi, en janvier, Yann Galut avait écrit au ministre une lettre soutenue par plusieurs parlementaires dénonçant : « Nous ne pouvons accepter qu'au sein d'une agglomération de 100 000 habitants, la répétition de ces dysfonctionnements prive notre territoire des urgences vitales ». Mais alors que ces appels n’ont jamais reçu plus que des réponses polies, le recours aux équipes proches est loin d’être une solution satisfaisante. D’abord, parce que le transfert par les équipes du SMUR de Saint-Amand, par exemple, représente potentiellement une perte de temps et de chance pour les patients : quarante minutes sont en effet nécessaires. En outre, l’hôpital de Bourges constitue un centre de référence dans la région, comme l’expliquait en 2018 au journal Le Berry, la directrice générale de l’époque de l’ARS Centre-Val de Loire : « Ma ligne, c’est qu’un établissement support, et c’est le cas de Bourges, ne peut pas fermer son service d’urgences. Vraiment. C’est l’établissement de référence du département. On y prend en charge des urgences graves ». Malheureusement, les moyens n’ont pas été suffisants pour que la solidité de cette ligne soit assurée.

La rémunération des intérimaires en question

Si les difficultés se sont encore aggravées récemment, c’est en raison notamment de la contestation par les intérimaires du plafonnement de leurs rémunérations. Dans ce contexte, la perspective de l’application de la loi Rist, fin octobre, qui permettra aux autorités de contester les dépassements de rémunération préoccupe de nombreux établissements. « Les exigences de certains intérimaires peuvent dépasser de 50 à 100 % le plafond établi. Cet effort de contrôle supplémentaire va maintenant associer le comptable public qui va être chargé de rejeter tout paiement de rémunération irrégulière. Il associe aussi le directeur de l'ARS qui sera tenu de déférer les actes juridiques irréguliers au tribunal administratif compétent », explique Bénédicte Soilly-Loiseau, directrice adjointe du centre hospitalier de Bourges à France Bleu. Si cette action contre les abus peut apparaître louable, cette situation pourrait encore complexifier un peu plus la tâche des directions hospitalières à l’heure de remplir les plannings.

Mais l’établissement de Bourges (qui n’est pas le seul en France à être concerné) tente de voir quelques lueurs d’espoir. Ainsi, quatre nouveaux praticiens « ont été accompagnés, formés, coachés, par l'hôpital, en interne, pour réussir la procédure nationale d'autorisation d'exercer la médecine d'urgence. Et ils vont donc pouvoir intégrer l'équipe de médecine d'urgence. On attend également de nouvelles mesures en janvier prochain qui rendront la filière de médecin hospitalier plus attractive » relève Bénédicte Soilly-Loiseau. En espérant que ces revalorisations soient effectivement suffisamment séduisantes et en les attendant, les semaines qui vont venir pourraient voir se répéter des nuits comme celle du 8 octobre à Bourges, voire dans quelques autres villes de France.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • SMUR et blocs qui ferment faute de personnel

    Le 11 octobre 2021

    la situation des urgences mais aussi des blocs opératoires a empiré depuis la reprise des activités après le ralentissement durant la crise Covid. Il manque du personnel à tous les niveaux et des salles doivent fermer parcequ'il n'y a pas d'équipe complète pour faire tourner (MAR, IADE, IBODE, AS et même Sage-Femmes). Il y a un manque cruel de médecins anesthésistes mais surtout en temps plein ou à demeure, car le paradoxe c'est qu'il y a des ponts d'or faits pour des vacations et que personne n'a intérêt à postuler sur un poste fixe quand le même temps passé en vacations rapporte 5 fois plus minimum. C'est la porte grande ouverte aux mercenaires arrivant au pied levé, mais attention, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous ! Les directions font de plus peser sur les personnels restants des conditions d'organisation pour combler les trous qui relèvent de la hiérarchie militaire et du harcèlement moral: tais toi et fais ce que l'on te dit de faire, tant pis pour tes repos, tes congés, ta vie personnelle, mais on ne paye pas les heures supplémentaires, car il ne faut pas dépasser le quota ! On utilise bien entendu les cadres de santé pour imposer ces mesures. Oui l'hôpital est bien malade et les réponses ne sont pas là. Les directions ont perdu toute bienveillance envers les personnels et ne veulent que du chiffre, au détriment de la qualité et sécurité.

    Pascal Rod (IADE)

  • Désertification et loi grigri

    Le 12 octobre 2021

    C'est curieux qu'une désertification touchant un CH assez important fasse plus de bruit que celle qui sape depuis des années le reste du territoire, les généralistes de terrain dans les campagnes profondes et les petits CH ...Le bruit vient sans doute des élus qui portent plainte ...
    Et-tiens ! Les effets pervers de la loi anti -mercenaires, loi grigri de notre ministre, annoncés et qui se réalisent : curieux aussi ! avec des intérimaires qui ne veulent pas se sédentariser dans ces "petits" CH ...
    Quelles solutions messieurs les politiques-administrateurs sécu : le nombre des étudiants en médecine a-t-il augmenté de 50 % pour voir la fin du tunnel à la fin de leurs études ?

    Dr F Chassaing

  • Urgences à Bourges: expérience vécue

    Le 12 octobre 2021

    Pour y avoir travaillé 2 fois 2 semaines en 2018, en ssr geriatrique et polyvalent, j'ai constaté déjà la situation difficile du SAU. Une part importante du travail des medecins consistait à perdre un temps énorme pour trouver des lits d'aval pour hospitaliser les patients. Hélas, ces lits avaient été fermé larga manu dans le périmètre du GHT, pour des raisons qui ne répondaient sûrement pas aux besoins du bassin de population. A tel point que dans le classement NIB (not in a bed après 24h au SAU) le CH Bourges occupait la 2ème place régulièrement. Une situation qui décourage les meilleures bonnes volontés, fussent elles intérimaires, "mercenaires" comme on l'entend dire depuis janvier 2020.

    Quant au service de gériatrie, avec la disparition de services entiers, il a vu fondre son effectif médical, qui est passé de 29 à moins de 10 en 10 ans, si mon information est juste. Sûrement parce que la population locale rajeunit... Sans parler de la pneumologie qui avait perdu à cette époque 3 pneumologues sur 4.

    Et pour finir, permettez moi de vous citer cet épisode navrant vécu dans ce même CH par un praticien compétent, experimenté, engagé, pivot de spn équipe... diplômé hors CEE, père de famille, legerement moins bien rémunéré qu'une Ide, a sollicité une augmentation de son salaire mensuel de quelques centaines d'euros. Pas de quoi en faire un "mercenaire". Sa demande a été rejetée. Il est parti.
    Observateur ayant fait un court passage, je m'interroge sur la position des élus de Bourges, dont le premier d'entre eux préside le Conseil de surveillance de l'hôpital.
    Et au delà, sur la part de responsabilité attribuée assez généralement et généreusement aux médecins qui répondent à des demandes, dont le tarif est clairement affiché par leurs auteurs.

    Dr Bernard Hazon

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