La décontamination systématique des résidents en EHPAD réduit les risques d'hospitalisation

On estime que 1,6 à 3,8 millions d’infections nosocomiales surviennent chaque année dans les maisons de retraite aux États-Unis, entraînant environ 150 000 hospitalisations et jusqu’à 380 000 décès. Les résidents courent un risque élevé d’infection nosocomiale en raison de leur âge avancé, de plaies, des dispositifs médicaux et de problèmes médicaux coexistants. 

La prévalence du portage d'organismes multirésistants dans les maisons de retraite (65 %) est 4 à 6 fois plus élevée que celle dans les hôpitaux, ce qui entraîne un risque accru d'infection ultérieure.

Cette étude randomisée en grappe a impliqué un total de 28 956 résidents de 28 maisons de retraite aux Etats-Unis, réparties au hasard en deux groupes. Dans 14 structures, après une période d'observation de 18 mois, une approche de décontamination systématique préventive des personnes âgées a été entreprise. Cette démarche comprenait l'utilisation d'une solution de chlorhexidine lors des bains et des douches, ainsi que l'administration nasale biquotidienne de povidone iodée au cours des 5 premiers jours suivant l'admission, puis deux fois par jour pendant 5 jours toutes les deux semaines. Les 14 autres établissements ont continué à administrer les soins habituels (sans décontamination systématique) aux nouveaux arrivants après la période d’observation.

Bains à la Chlorhexidine et povidone iodée nasale

Dans le groupe témoin où les soins étaient administrés de manière conventionnelle, le risque d'hospitalisation en raison d'une infection est demeuré stable entre la période d'observation (62,2 % des transferts à l’hôpital dus à une infection) et la période d'intervention (62,6 % des transferts, risque relatif RR 1,00 [intervalle de confiance à 95 % 0,96-1,04]).

En revanche, dans le groupe où le protocole de décontamination a été appliqué, une réduction significative du risque d'hospitalisation due à une infection a été observée (62,9 % pendant la période d’observation vs 52,2 % pendant l’application du protocole, RR 0,83 [IC 0,79-0,88]).

Dans une analyse post hoc, le nombre de transferts à l'hôpital en raison d'une infection dans le groupe ayant bénéficié du protocole a été réduit de 30,9 % (IC 22,0-38,7). Le risque de transfert vers un hôpital pour quelque raison que ce soit a également été réduit dans le groupe décolonisation vs les soins courants, de 14,6 % (IC 9,7-19,2), suggérant que la mise en œuvre du protocole avait un impact positif sur la réduction des hospitalisations, quelles qu'en soient les raisons. Le nombre de patients à traiter était de 9,7 pour éviter une hospitalisation liée à une infection et de 8,9 pour éviter une hospitalisation pour quelque raison que ce soit.

Le remplacement du savon par une toilette antiseptique à base de chlorhexidine lors des bains, associé à l'administration nasale bi-quotidienne de povidone iodée pendant 5 jours consécutifs toutes les deux semaines, a entraîné une réduction significative du risque de transfert des résidents vers un hôpital. Les données suggèrent que pour un EHPAD de 100 lits, ce protocole pourrait prévenir en moyenne 1,9 hospitalisations liées à une infection chaque mois.

Geneviève Perennou

Références
Decolonization in Nursing Homes to Prevent Infection and Hospitalization. L.G. Miller, J.A. McKinnell, R.D. Singh, et al. October 10, 2023, at NEJM.org.
DOI:10.1056/NEJMoa2215254

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