Antibiotiques dans la petite enfance et risque d’obésité, le microbiote intestinal fait le lien !

Selon plusieurs observations, une association pourrait exister entre la prise d’antibiotiques dans la petite enfance et l’obésité et  l’hypothèse d’un lien avec une perturbation du microbiote intestinal a été émise. Dans cette nouvelle étude, les auteurs ont étudié les relations entre l’exposition aux antibiotiques au cours de la première année de vie avec l’obésité, la circonférence abdominale et l’adiposité mesurés régulièrement entre 15 et 60 mois, et le microbiote intestinal. L’exposition aux antibiotiques était rapportée par les parents. L’obésité était déterminée par un IMC z-score > 95e percentile, et l’adiposité par les plis cutanés sous-scapulaire et tricipital. Les prélèvements de selle ont été réalisés à 24 mois chez 392 enfants.

Trente-huit pour cent des enfants ont été exposés aux antibiotiques. Les liens entre prise d’antibiotiques, obésité et adiposité ont été examinés chez 1 096 enfants. Après ajustements multiples (paramètres socio-démographiques, anthropométriques et hygiène de vie maternels, déroulement de la grossesse), le risque d’obésité est apparu augmenté de 45 % après toute exposition aux antibiotiques (Odds Ratio OR = 1,45 ; intervalle de confiance à 95 %  IC 95% 1,001- 2,14) et parallèlement, chez les garçons, les mesures pour l’adiposité étaient également significativement accrues. Pour au moins 3 cures d’antibiotiques, le risque d’obésité était multiplié par près de 3 (OR = 2,78  IC 95% 1.12- 6.87), et la circonférence abdominale était aussi augmentée chez les garçons.

Baisse d’un groupe microbien « protecteur », augmentation d’un autre groupe microbien délétère

L’exposition répétée aux antibiotiques était associée à une baisse significative d’un groupe microbien dont le chef de file, Eubacteriumhallii, était négativement corrélé avec l’adiposité de l’enfant. Ce groupe de bactéries, productrices de butyrate, a par ailleurs déjà été associé à une amélioration du syndrome métabolique.

En revanche, un autre groupe microbien, représenté par Tyzzerella 4 était positivement lié à la fois à l’utilisation répétée des antibiotiques et à l’obésité de l’enfant. Il a auparavant été constaté que ce groupe est sur-représenté chez des individus présentant un risque cardiovasculaire élevé.

Les auteurs concluent à une association entre l’exposition infantile (première année de vie) aux antibiotiques et un risque d’obésité, d’augmentation de l’adiposité, par le biais d’une perturbation du microbiote intestinal. Ils appellent à considérer avec soin le rapport bénéfice-risque de chaque prescription d’antibiotique dans la petite enfance. Notons qu’il serait aussi intéressant de déterminer si les probiotiques utilisés pour le rééquilibrage de la flore intestinale après antibiothérapie, pourraient amender ces conséquences chez les enfants.

Dr Viviane de La Guéronnière

Références
Chen LW et coll. : Implication of gut microbiota in the association between infant antibiotic exposure and childhood obesity and adiposity accumulation. Int J Obes., 2020; 44 : 1508-1520. doi:10.1038/s41366-020-0572-0.
Bailey LC et coll., : Association of Antibiotics in Infancy With Early Childhood Obesity. JAMA Pediatr., 2014. doi: 10.1001/jamapediatrics.2014.1539.
Shao X et coll. : Antibiotic Exposure in Early Life Increases Risk of Childhood Obesity: A Systematic Review and Meta-Analysis., Front. Endocrinol., 2017. doi: 10.3389/fendo.2017.00170

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Une confirmation

    Le 23 juillet 2020

    Une étude de plus qui confirme le rôle néfaste des antibiotiques donnés trop tôt. Ce fameux microbiote risque d'être le point de concentration des regards pour de nombreuses pathologies, qui explosent, dans ce XXI siècle.

    Dr Christian Trape

  • Correlation et causalité

    Le 28 juillet 2020

    Il faut toujours se garder de conclusions hâtives en épidémiologie.
    Les antibiothérapies dans la petite enfance se révèlent être associées à de très nombreuses pathologies ultérieures. Penser qu'elles en sont la cause n'est qu'une hypothèse.

    Le plus probable est qu'elles révèlent un terrain immunologique particulier exposant à des syndromes fébriles plus sévères et/ou plus fréquents ; ce terrain pourrait alors être le facteur explicatif (confondant) qui relie l'excès de traitements à l'excès de pathologies futures - lesquelles sont justement associées à des troubles du système inflammatoire.

    Il se peut également que certaines infections virales ou bactériennes soient un facteur déclenchant d'anomalies tardives.
    Certes, le stress du microbiote intestinal est péjoratif à divers titres mais les cures brèves d'antibiotiques courants (macrolides ou aminopénicillines) ne semblent pas être à elles seules une cause de dysbiose durable. En l'absence d'anomalie sous-jacente, et si l'alimentation et l'environnement ne sont pas défavorables, la résilience du microbiote est remarquable.

    Néanmoins, le microbiote intestinal de l'enfant est assurément capital pour sa santé future, et il faudrait être beaucoup plus attentif à son acquisition. Même si son rôle est mineur, la prise d'antibiotiques doit naturellement être limitée à ce qui parait réellement utile, notamment en durée, et il faudrait en mesurer les effets beaucoup plus systématiquement et précisément.

    Les méfaits dont le microbiote infantile est victime sont nombreux, et doivent être mieux pris en compte : les IPP en particulier sont peut-être bien plus néfastes que les antibiotiques ; les conditions de la grossesse et de la naissance, le mode d'allaitement, le milieu de vie et surtout les pratiques alimentaires sont bien entendu d'autres facteurs essentiels ; l'hérédité est sans doute aussi déterminante.

    Les antibiotiques ne sont qu'un facteur potentiel dont l'importance est peut-être bien surestimée. Les juger coupables détourne fâcheusement l'attention de mécanismes dont ils ne seraient que révélateurs.

    Il faut se préoccuper du microbiote intestinal des nourrissons et des enfants autant que de leur développement somatique et neurologique. Cela nécessite de savoir le prélever, l'analyser correctement et l'interpréter, afin d'étudier prospectivement son rôle et évaluer des modalités préventives et correctives en pédiatrie.
    Le travail est devant nous.

    Dr Pierre Rimbaud

Réagir à cet article