Cannabis et maladies cardiovasculaires, une liaison dangereuse qui se confirme

Les effets nocifs pour la santé de la consommation de cannabis sont avérés. L’Académie Nationale de Médecine a récemment confirmé son opposition à la légalisation du cannabis récréatif. Ses arguments ont été présentés dans un article publié récemment dans le JIM.fr (1). En particulier, l’Académie rappelle que la toxicité du principal constituant psychotrope du cannabis, le tétrahydrocannabinol (THC), est « parfaitement établie », avec une « toxicité physique supérieure à celle du tabac (cancers, infarctus, troubles du rythme cardiaque, AVC, artérites…) et « une toxicité psychique importante (troubles cognitifs et anxiodépressifs, syndrome amotivationnel, désinhibition, induction ou aggravation de la schizophrénie…) ». De plus, le cannabis est un « inducteur de violences familiales, professionnelles, routières (avec 605 morts en 2021) ». Deux études récentes conduites aux Etats-Unis confirment le lien entre consommation de cannabis/marijuana* et maladies cardiovasculaires.

Une consommation quotidienne de marijuana associée à l’insuffisance cardiaque

La légalisation croissante de la marijuana dans les États américains a entrainé une augmentation exponentielle de sa consommation, en particulier chez les jeunes. Dans une récente étude présentée très récemment en novembre 2013 lors de la Session annuelle de l’American Heart Association AHA, les auteurs avaient pour objectif d’évaluer l'association entre la fréquence de la consommation de marijuana et l'apparition d'une insuffisance cardiaque (IC) ; il s’agissait selon eux de la première étude prospective sur ce sujet (2).

Il s’agissait d’une étude observationnelle prospective. En utilisant le programme de recherche All of Us parrainé par le NIH (National Institutes of Health), les auteurs ont effectué une analyse prospective des données d'enquête des participants et de dossiers médicaux électroniques. Les sujets qui présentaient une IC à l’inclusion ont été exclus.

La consommation de marijuana a été définie comme toute consommation non prescrite, ou, si elle était prescrite, comme une consommation supérieure aux doses prescrites au cours des trois mois précédents. L'association entre la fréquence de la consommation de marijuana et l'incidence de l'IC a été déterminée en utilisant des modèles de risques proportionnels de Cox ajustés pour des facteurs démographiques, socio-économiques et de santé (diabète sucré, hypertension artérielle, hyperlipidémie, indice de masse corporelle IMC, consommation d'alcool et statut tabagique).

Au total,156 999 adultes indemnes d’IC initialement ont été inclus (âge moyen 54 ans, femmes 61 %). Parmi eux, environ un quart souffraient d'hypertension (24 %) ou d'hyperlipidémie (23 %), 9,2 % étaient atteints de diabète de type 2 et 9 % avaient une maladie coronarienne. L'IMC médian était de 28 ; 17 % étaient des fumeurs actuels et 22 % d'anciens fumeurs.

Sur la base de la consommation de marijuana déclarée par les participants, ils ont été classés comme suit : 68,9 % comme n'ayant jamais consommé de marijuana, 21,5 % comme anciens consommateurs, 4,6 % comme consommateurs moins que mensuels, 1 % comme mensuels, 1,5 % comme hebdomadaires, et 2,5 % de consommateurs quotidiens (n=3 903). Au total, 10 % des sujets inclus étaient des consommateurs.

Au cours d'une période de suivi médiane de 45 mois, 2 958 événements d’IC (1,9 %) sont survenus. La consommation quotidienne de marijuana a été associée à un risque accru de 34 % d'IC dans les quatre ans par rapport à la non-consommation, après ajustement pour l'âge, le sexe, l'origine ethnique, la consommation d'alcool, le tabagisme, l'éducation, l'emploi, le revenu, l'assurance maladie, le diabète de type 2, l'hypertension, l'hyperlipidémie et l'IMC (rapport de risque HR, 1,34 [IC à 95 %, 1,04-1,72]). Cependant, après ajustement supplémentaire pour la maladie coronarienne, le risque d’IC n'était plus significatif (HR, 1,27 [0,99-1,62]), ce qui suggère que la maladie coronarienne est une voie par laquelle la consommation quotidienne de marijuana peut conduire à ce résultat.

Selon les auteurs, « cette étude suggère que la consommation quotidienne de marijuana est associée à l’IC ». Ils concluent que des recherches supplémentaires sur les effets cardiovasculaires de la marijuana sont nécessaires pour permettre aux cliniciens de fournir au public des informations de haute qualité sur les implications de la marijuana pour la santé et pour guider les politiques.

…ainsi qu’à l'infarctus du myocarde et à l'accident vasculaire cérébral

Cette deuxième étude états-unienne avait pour objectif d’examiner les troubles liés à la consommation de cannabis chez des non-fumeurs de tabac, âgés, présentant un risque établi de maladies cardio-vasculaires (MCV) et d'événements cardiaques et cérébrovasculaires majeurs (MACCE) (3).

L’échantillon national des patients hospitalisés en 2019, âgés de 65 ans et plus (The National Inpatient Sample) a été stratifié en deux cohorte : (i) des consommateurs de cannabis ayant une dépendance à cette substance (CCD), (ii) des sujets ne consommant pas de cannabis (NCC). La régression logistique a évalué les probabilités de MACCE chez les utilisateurs de cannabis (p< 0,05 a été considéré comme significatif).

Sur 28 535 personnes âgées hospitalisées, consommant du cannabis (CDD), présentant un risque de maladie cardiovasculaire et n’ayant pas fumé de tabac, 13,9 % ont signalé des épisodes de MACCE. Par rapport à la cohorte NCC, les troubles liés à la consommation de cannabis ont été associés à un risque accru de 20 % de MACCE (OR 1,20 [1,11-1,29]), de décès de toute cause (3,3 % vs 1,7 %), de dysrythmie (34,9 % vs 24,9 %), d’infarctus aigu du myocarde (7,6 % vs 6,0 %) (p <0,001). Les maladies pulmonaires chroniques, les maladies rénales, l'hypertension et l'hyperlipidémie étaient des facteurs prédictifs d'épisodes de MACCE dans la cohorte CDD.

Les patients CDD étaient plus souvent des hommes, afro-américains.                                            

Pour conclure, ces deux études conduites aux Etats-Unis confirment le risque de pathologies cardiovasculaires lié à la consommation de cannabis ; il s’agissait dans les deux cas de données d'observations qui ne peuvent montrer qu'une association et non un lien de cause à effet.

*Les termes de marijuana et de cannabis sont devenus des synonymes dans l’usage courant et également dans le monde du cannabis CBD. Cela désigne presque la même chose, mais Il y a une différence subtile. Cannabis est le nom latin du chanvre. Le terme marijuana est l'expression argotique désignant les fleurs, feuilles, tiges et graines séchées de la plante de cannabis. Pour le cannabis, on inclut principalement le chanvre, tandis que pour la marijuana, il s’agit du produit final.

Pr Dominique Baudon

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