Covid-19 et famotidine, une nouvelle piste ?

La famotidine est un antagoniste des récepteurs à histamine de type 2 (anti-H2) d’utilisation courante en gastro-entérologie. Elle est indiquée dans le traitement de la maladie ulcéreuse, de certaines dyspepsies ou encore des œsophagites. De fait, les anti-H2 inhibent la pompe à protons qui est stimulée par l’histamine, l’action physiologique de la gastrine passant au demeurant par l’intermédiaire de cette dernière. Il en résulte une diminution de la sécrétion d’ions H+ et une élévation du pH gastrique. Il s’avère par ailleurs que la famotidine est capable d’inhiber in vitro la réplication du VIH sans doute en interférant avec l’action de certaines protéases telles la 3-chymotrypsin-like protease (3CLpro) qui joue un rôle essentiel sur ce point. De là à extrapoler au SARS-CoV-2, il n’y avait qu’un pas, désormais franchi avec un article récemment publié dans Gastroenterology.

L’étude  de cohorte rétrospective étatsunienne dont il y est question n’avait pour autre ambition que de tester une hypothèse. Elle a porté sur les patients admis en milieu hospitalier avec le diagnostic de Covid-19 biologiquement confirmé entre le 25 février et le 13 mai 2020. L’exposition à la famotidine a été définie par le recours à ce médicament au moins dans les 24 heures qui ont suivi l’admission, quels que soient la dose reçue, le mode d’administration ou la durée du traitement. Le critère de jugement primaire combine décès ou intubation endotrachéale survenus entre le 2ème et le 30ème jour de l’hospitalisation. Les patients exposés (E) et non exposés (NE) ont été appariés selon la méthode des scores de propension.

Mortalité divisée par deux dans le groupe exposé

Sur les 1 620 patients éligibles, seuls 83 (5,1 %) ont été exposés (E) à la famotidine pour une durée médiane de 5,8 jours, la dose médiane étant de 136 mg et la voie d’administration parentérale dans 28 % des cas. La plupart du temps, ce traitement avait été prescrit avant l’hospitalisation pour une pathologie gastrique mal documentée et poursuivi au cours de celle-ci. Même avant l’appariement, les deux groupes E et NE différaient peu.

Au total 142 participants (8,8 %) ont été intubés et 238 (15 %) sont décédés. L’exposition à la famotidine a été associée à une réduction significative de la mortalité et du recours à l’intubation (test du logrank : p < 0,01) d’un facteur deux après ajustement selon les caractéristiques basales tant cliniques que démographiques, le hazard ratio étant en effet de 0,42 (intervalle de confiance à 95 % 0,21-0,85). L’appariement selon les scores de propension n’a eu aucun effet significatif sur cette valeur, le HR restant à 0,43 (IC 0,21-0,88). L’association a principalement reposé sur la réduction de la mortalité.

Cette étude d’observation par essence non contrôlée se heurte à de nombreuses limites d’ailleurs bien soulignées par les auteurs. Les résultats ne sont qu’indicatifs, même quand les scores de propension s’attachent à équilibrer les différences entre les groupes E et NE. Nombreux sont les biais ou les facteurs de confusion qui peuvent échapper à cette méthode qui n’est souvent qu’un pis-aller : en d’autres termes, faut-il envisager des essais randomisés dans le prolongement de cette étude rétrospective ? La question ne se pose pas, car de tels essais sont d’ores et déjà en cours, ce qui se comprend face à l’énormité des besoins thérapeutiques. Aucune piste ne saurait être négligée : la liste des publications de ces six derniers mois en témoigne.

Dr Philippe Tellier

Références
Freedberg DE et coll. : Famotidine Use Is Associated With Improved Clinical Outcomes in Hospitalized COVID-19 Patients: A Propensity Score Matched Retrospective Cohort Study. Gastroenterology, 2020 ; publication avancée en ligne le 22 mai. doi: 10.1053/j.gastro.2020.05.053.

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