Faut-il craindre une infection bactérienne pour le nourrisson fébrile après un vaccin ?

Les jeunes nourrissons sont souvent fébriles, irritables et refusent de s’alimenter après les premières vaccinations. En Grande Bretagne, à la suite de l’introduction du vaccin anti-méningococcique B, la proportion d’enfants fébriles après vaccination a augmenté ; 50 % à 60 % des enfants ont eu une température supérieure à 38 °C. La prise de paracétamol est recommandée après l’injection et si nécessaire, plus tard à 6 heures d’intervalle entre deux prises. D’autre part, une fièvre ≥ 38 °C avant 3 mois est un motif d’inquiétude car 10 % à 15 % des enfants fébriles d’apparence normale ont, à cet âge-là, une infection bactérienne sérieuse. Cette proportion a conduit à élaborer des protocoles de bilan et de traitement qui ne tiennent pas compte d’une vaccination. La prévalence des infections bactériennes dans les 72 h suivant une vaccination n’est pas connue.

Des pédiatres Irlandais (Dublin) ont mené une étude rétrospective sur les dossiers de nourrissons âgés entre 6 et 12 semaines et qui se sont présentés aux urgences entre 2016 et 2018 pour une fièvre ≥ 38 °C dans les 72 h suivant une vaccination ou sans avoir eu de vaccin. Tous les enfants n’ayant pas eu un bilan infectieux complet, seuls ont été retenus ceux qui avaient au minimum bénéficié d’un examen cytobactériologique des urines.

La prévalence des infections bactériennes n’est pas nulle après un premier vaccin

Au total, parmi 198 nourrissons, 60 avaient été récemment vaccinés : 38 (63,3 %) dans les 24h, 16 (26,6 %) 24 à 48 h plus tard et 6 (10 %) entre 48 à 72 h. L’âge moyen était de 9 semaines ± 1,8 et 60 % étaient des garçons. Dans les deux groupes, la température se situait entre 38 °C et 39 °C. Chez les vaccinés, aucune hémoculture (sur 38) n’était positive ni aucun LCR sur 19 ponctions lombaires n’a révélé une méningite bactérienne mais cependant 2 cas d’infection à herpès virus (HHV6) ont été identifiés. En revanche, 3 uro-cultures étaient positives à E. coli conduisant à une antibiothérapie.

Parmi les 138 nourrissons non vaccinés, qui ont eu au total 84 ponctions lombaires, une seule méningite bactérienne a été diagnostiquée, une hémoculture était positive et 19/138 (14 %) avaient une infection urinaire.

Au total, la prévalence des infections bactériennes sur l’ensemble des nourrissons a été de 12,5 % : 5 % chez les vaccinés, uniquement des infections urinaires dans les 24 h suivant le vaccin vs 15 % chez les non vaccinés (P = 0,056).

L’aspect de ces enfants fébriles était un guide imparfait : chez les vaccinés 6 (10 %) présentaient un examen clinique compatible avec une infection vs 39 (28,3 %) des non vaccinés (P = 0,008). Cependant, un seul de ces 6 nourrissons d’apparence septique avait une infection bactérienne (urinaire) et un autre une méningite virale et d’autre part, 2 enfants infectés présentaient un aspect normal. Dans le groupe des non vaccinés, 5 enfants seulement sur 20 infectés avaient un tableau septique et 34 sur 39 n’avaient pas d’infection bactérienne.

En conclusion, dans cette étude, la prévalence des infections bactériennes chez les petits nourrissons vaccinés fébriles est faible mais pas nulle. Cette constatation pose le problème non résolu de l’indication d’un bilan infectieux comportant au minimum un examen des urines.

Pr Jean Jacques Baudon

Référence
Raba AA et coll.: Definite bacterial infection in recently vaccinated febrile infants. J Pediatr Child Health 2020; 56: 889-892.

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Vos réactions (1)

  • Normal ?

    Le 20 juillet 2020

    Pourquoi la prévalence serait-elle nulle ? Les vaccinés sont comme les autres, ils peuvent avoir une infection eux aussi.
    De quel(s) vaccination s’agit-il ? Le début de l’article donne à penser que le vaccin contre le méningo B donne plus souvent de la fièvre mais pas une infection ?

    Comme le dit l’article, toute fièvre chez un si petit mérite un bilan.

    Dr Blandine Courtot

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