La cocaïne ne fait pas bon ménage avec l’insuffisance cardiaque

La cocaïne a un effet toxique sur le système cardiovasculaire mais on ne connaissait pas, jusqu’alors,  l’impact qu’elle pouvait avoir sur le devenir des patients qui présentent une insuffisance cardiaque.

Si les bêtabloquants non sélectifs sont bien tolérés chez les consommateurs de cocaïne qui ont une insuffisance cardiaque avec altération de la fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG-), en contraste, les bêtabloquants sélectifs n’ont pas été évalués chez ces patients.

C’est ce qui a conduit Garry  et coll. à tenter de déterminer si, chez des patients présentant une insuffisance cardiaque, la consommation de cocaïne était ou non associée à un pronostic défavorable ; et si, à la sortie de l’hôpital, les bêtabloquants sélectifs pouvaient être prescrits, avec une bonne sécurité, chez ces consommateurs ayant une insuffisance cardiaque FEVG-.

Une étude de cohorte rétrospective américaine

Pour ce faire, les auteurs ont réalisé une étude monocentrique, rétrospective portant sur des patients hospitalisés pour une première poussée d’insuffisance cardiaque ; les consommateurs de cocaïne ont été appariés, en fonction de leur âge, de leur genre et de l’année de leur hospitalisation initiale, à des patients qui ne consommaient pas de cocaïne.

Le devenir des patients consommateurs de cocaïne ayant une insuffisance cardiaque FEVG-, a été apprécié en fonction de la prescription, ou non, de bêtabloquants à la sortie de l’hôpital.

Le critère composite principal était la mortalité toutes causes confondues et ré hospitalisations, dont celles pour insuffisance cardiaque.

Entre 2001 et 2019,  738 consommateurs de cocaïne ont été identifiés qui ont été appariés à 738 autres patients qui non consommateurs.

La prise régulière de cocaïne s’est trouvée associée à une augmentation significative de la mortalité  (hazard ratio ajusté [HRa] 1,21; intervalle de confiance [IC] 95% : 1,00 à 1,48) et à une augmentation du taux des ré hospitalisations à 90 jours (ré hospitalisations toute cause: HRa 1,49; IC 95% : 1,20 à 1,85; ré hospitalisations pour insuffisance cardiaque : HRa 1,49; IC 95% : 1,10 à 2,01) qui a persisté tout au long de la première année.

Chez les consommateurs de cocaïne hospitalisés pour insuffisance cardiaque, les taux de ré hospitalisations à 30 jours et de décès à un an  ont été semblables, que le traitement de sortie comprenne du métoprolol (β- sélectif) ou du carvédilol (β- non sélectif) ou ne comprenne pas de bêtabloquant.

En conclusion, chez les consommateurs de cocaïne présentant une insuffisance cardiaque FEVG-, on note une augmentation de la mortalité de toute cause, des ré hospitalisations pour insuffisance cardiaque et des ré hospitalisations de toute cause. Ces patients, peuvent probablement être traités en toute sécurité par les bêtabloquants sélectifs ou non sélectifs.

Dr Robert Haïat

Référence
Garry JD, Thakkar AB, Durstenfeld MS, et al. Outcomes in Patients With Heart Failure Using Cocaine. Am J Cardiol. 2022 Aug 1;176:66-72. doi: 10.1016/j.amjcard.2022.04.028. Epub 2022 May 23. PMID: 35618544.

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