La pilule contre le cancer de l’ovaire

Cent millions de femmes à travers le monde prennent chaque jour une contraception hormonale. De précédents travaux ont montré que le risque de cancer de l’ovaire était réduit chez les utilisatrices d’une contraception œstroprogestative et que cet effet persistait pendant plusieurs années après l’arrêt de la contraception. Ces travaux ont pour la majorité d’entre eux été réalisés sur des combinaisons anciennes de contraceptifs. De nouvelles associations ont été commercialisées, avec des doses plus faibles d’œstrogènes et des progestatifs nouveaux, comme le désogestrel, le gestodène et la drospirénone. Il est important pour les utilisatrices de ces œstroprogestatifs de savoir si elles bénéficient de la même réduction du risque de cancer de l’ovaire. Il est intéressant aussi pour celles qui utilisent des progestatifs seuls ou un dispositif intra-utérin au lévonorgestrel de savoir si elles aussi bénéficient de cet effet.

Pour évaluer l‘impact des récentes combinaisons œstroprogestatives et des progestatifs seuls sur le risque de cancer ovarien, une équipe danoise a réalisé une étude prospective de cohorte incluant toutes les femmes âgées de 15 à 49 ans entre 1995 et 2014, inscrites sur le registre national. Au total près de 2 millions de personnes ont été incluses et suivies jusqu’au premier diagnostic de cancer ovarien ou jusqu’à la fin de l’étude, c’est-à-dire le 31 décembre 2014. Elles étaient classées selon leur utilisation de la contraception hormonale, en non-utilisatrices (n’ont jamais pris de contraception hormonale), en utilisatrices actuelles (ou ayant arrêté depuis moins d’1 an) et en anciennes utilisatrices (ont arrêté depuis plus d’1 an).

Les contraceptifs nouveaux comme les anciens

Les données confirment que l’utilisation d’une contraception hormonale avec les contraceptifs actuels est associée à une réduction du risque de cancer, semblable à ce qui était constaté avec les contraceptifs plus anciens. Comparées à celles qui n’ont jamais utilisé de contraception hormonale, les utilisatrices actuelles ou anciennes ont un risque réduit de cancer de l’ovaire (de 42 % et 23 % respectivement). L’effet se renforce avec la durée de la contraception, allant d’une réduction de 18 % pour celles qui ont utilisé une contraception hormonale pendant 1 an, à 74 % pour les utilisatrices de plus de 10  ans. La majorité de celles qui prenaient une contraception hormonale étaient sous association œstroprogestative et il n’apparaît pas de différence significative de réduction du risque selon le type de progestatif.

Pratiquement tous les types de cancers ovariens sont concernés. En revanche, la contraception progestative seule ne semble pas associée à une réduction du risque, mais dans la cohorte, le nombre de femmes ayant utilisé exclusivement ce type de contraception est trop faible pour que ce résultat soit significatif.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Iversen L. et coll. : Association between contemporary hormonal contraception and ovarian cancer in women of reproductive age in Denmark: prospective, nationwide cohort study.

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Vos réactions (1)

  • Etude danoise vs mortalité totale

    Le 28 septembre 2018

    Étude sur 19 ans de suivi pour 1 879 227 femmes, à comparer à celle-ci : https://www.bmj.com/content/349/bmj.g6356 avec 36 ans de suivi pour 121 701 femmes (ne prenant ni dans la première étude ni dans la seconde à 100% des EP).

    L'étude sur 36 ans qui a été réalisé au temps des pilules de 1er et 2ème génération (fin 2012) : -14% de risque de cancer de l'ovarien en prévalence -contre entre -42 et -23% ici-, mais surtout aucune variation de la mortalité (+1% non significatif, voire +2% en considérant les FDRCV toujours non significatif) et augmentation du risque de cancer du sein de +9% significatif. Les cancers du sein et de l'ovaire étant lié dans les facteurs de risque sur antécédents familiaux, je ne vois pas l'utilité clinique de savoir qu'ils baissent le risque de cancer de l'ovaire. Notons quand même le +43% de suicide avec la CEP et +20% de morts violentes...
    Un confrère ou une consœur peut-il me dire si cela change sa clinique (sachant que c'était déjà connu depuis longtemps) ? Plus de CEP chez les patientes qui ont une mammectomie bilatérale ?

    Dr Pierre Serveille

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