Non, les AINS ne rendent pas plus « susceptibles » à la Covid-19 !

La prescription des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), classe pharmacologique souvent décriée, a suscité bien des questions au début de la pandémie de Covid-19. Le principe de précaution a frappé en mars 2020 quand, dans certains pays, il a été suggéré que les AINS avaient la capacité d’aggraver l’infection par le SARS-CoV-2 et de favoriser la survenue de formes sévères. A cette mise en garde qui a conduit à privilégier d’autres médicaments antalgiques plus ou moins anti-inflammatoires d’utilité au demeurant plus que contestable, s’ajoutait une notion ancienne d’avant la pandémie selon laquelle les AINS avaient tendance à compliquer ou à prolonger l’évolution de diverses infections respiratoires.

Les hypothèses pathogéniques sur le rôle potentiel de l’ibuprofène dans l’expression des gènes codant pour le récepteur membranaire ACE2 ont fait le reste en laissant croire à une susceptibilité accrue à l’infection par le SARS-CoV-2 sous l’effet de cet AINS. A l’heure actuelle, les prises de position du NHS (National Health Service) au Royaume-Uni et de l’OMS au niveau mondial ont quelque peu malmené l’échafaudage précédent, mais les études qui auraient permis de le disloquer sont restées rares et peu convaincantes, les biais de sélection et d’indication ajoutés à la faiblesse des effectifs venant singulièrement compliquer la tâche. De ce fait, les conseils élaborés en mars 2020 s’appliquent toujours par précaution.

Une étude de cohorte rétrospective : plus de 26 000 participants répartis en deux groupes avec ou sans AINS

Une étude de cohorte rétrospective britannique apporte son éclairage sans prétendre mettre un terme à la situation d’incertitude actuelle. Elle a de fait tenté de répondre à la question suivante : les AINS augmentent-ils la susceptibilité à l’infection par le SARS-CoV-2 ? Pour ce faire, a été constituée une cohorte de 25 659 patients adultes atteints d’une arthrose et suivis entre le 30 janvier et le 31 juillet 2020. Deux groupes ont été formés et appariés selon la méthode du score de propension :

(1) les uns au nombre de 13 202 exposés aux AINS administrés per os (à l’exception des préparations topiques) ;
(2) les autres, au nombre de 12 457, exposés à d’autres classes thérapeutiques telles les associations paracétamol et codéine (ou dihydrocodéine).

Le critère de jugement principale était la survenue d’une infection par le SARS-CoV-hautement probable ou confirmée 2. C’est la mortalité globale qui a constitué le critère secondaire.

Absence de différence intergroupe quel que soit le critère

Au terme du suivi, les taux d’incidence de l’infection se sont avérés comparables dans les deux groupes, soit respectivement 15,4 (AINS) versus 19,9 (témoins) pour 1 000 patients-années (NS). Les risques relatifs correspondants, en fait les hazard ratios ajustés n’ont guère été affectés par l’appariement selon le score de propension, respectivement 0,82 (intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] 0,62–1,10) et 0,79 (IC 95% 0,57–1,11). Il en a été de même pour la mortalité globale, les valeurs correspondantes des HRa étant respectivement de 0,97 (IC 95 % 0,75–1,27) et 0,85 (IC 95 % 0,61–1,20). Ni l’âge ni le sexe n’ont modifié ces résultats.

Cette étude de cohorte rétrospective de grande ampleur, à défaut de faire toute la lumière sur l’affaire reliant Covid-19 et AINS, éclaire tout de même la lanterne des prescripteurs. Ces médicaments peuvent être poursuivis sans risque apparent chez les patients qui en bénéficient, par exemple, du fait d’une arthrose ou d’un rhumatisme inflammatoire chronique… tout au moins en l’absence d’affection aiguë, une éventualité qui peut amener à reconsidérer leur indication en réévaluant leur rapport bénéfice/risque. Les précautions en usage devant la survenue d’une infection évoquant le diagnostic de Covid-19 ne sauraient être remises en question par les résultats de cette étude, compte tenu de sa nature rétrospective et de l’objectif précis qu’elle s’était fixée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Chandan JS et coll. : Nonsteroidal Antiinflammatory Drugs and Susceptibility to COVID-19. Arthritis & Rheumatology 2021 : 73(5) ; 731–739 DOI 10.1002/art.41593.

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