Quelques caractéristiques des méningites bactériennes aiguës de l’adulte en bonne santé

Les méningites bactériennes aiguës dites spontanées sont plus fréquentes aux âges extrêmes de la vie. Elles s’associent volontiers à diverses comorbidités qui favorisent ces infections tout en aggravant leur pronostic. De fait, dans les études publiées, ces formes cliniques des âges extrêmes représentent 50 à 90 % des méningites bactériennes aiguës selon le germe en cause.

Les adultes en bonne santé apparente ne sont pas pour autant à l’abri et, dans ce cas, trois germes sont majoritairement représentés, respectivement Neisseria meningitidis, Haemophilus influenzae et Streptococcus pneumoniae. En dépit des progrès thérapeutiques, notamment de l’avènement et du développement de la vaccination antiméningococcique, force est de constater que la morbi-mortalité de ces infections reste élevée.

328 cas de méningite bactérienne aiguë diagnostiqués entre 1982 et 2019

Les résultats d’une étude de cohorte espagnole monocentrique en témoignent, dans laquelle ont été inclus 328 patients de 16 ans et plus en bonne santé apparente, admis dans le centre hospitalo-universitaire de Barcelone avec le diagnostic de méningite bactérienne aiguë, ceci dans les années 1982-2000 et 2001-2019. Cette cohorte représente 40 % des cas de méningites dénombrés au cours de la période 1982-2019, tous âges confondus.

L’âge médian au moment du diagnostic a augmenté au cours de ces deux périodes, passant de 37 ans (1982-2000) à 45 ans (2001-2019). La prévalence des méningites à méningocoques a diminué parallèlement, passant de 56 à 31 % ; p< 0,0001) sous l’effet de la vaccination anti méningococcique. C’est la tendance inverse qui a été observée quant aux méningites à Listeria monocytogenes, les chiffres correspondants étant respectivement de 1,2 % versus 8 % (p = 0,004). Il en a été de même pour les méningites à pneumocoques (24,1 versus 18,7 %) encore que, dans ce cas, le seuil de signification statistique ne soit pas atteint.

Les complications systémiques de ces méningites (choc septique, insuffisance respiratoire ou rénale aiguë) se sont avérées plus fréquentes au cours de la période 2001-2019, alors que la mortalité est restée stable, les taux correspondants non ajustés étant respectivement de 10,4 % et 9,2 %. Une analyse mutivariée avec ajustements indique cependant que le risque de décès s’est avéré un peu plus faible dans la période 2001-2019. Dans 9 % des cas, il existait des séquelles neurologiques définitives et significatives à la sortie du milieu hospitalier.

L’adulte en bonne santé apparente, indemne de comorbidités, n’est pas à l’abri d’une méningite bactérienne aiguë spontanée. Le risque de décès ou de séquelles neurologiques reste élevé, même à l’heure de la vaccination et des progrès thérapeutiques incessants. Les infections à méningocoques restent bien présentes, même si les pneumocoques et Listeria monocytogenes ont gagné du terrain.

Dr Philippe Tellier

Référence
Pomar V, et al. Acute Bacterial Meningitis in Healthy Adult Patients: A Prospective Cohort Study. J Clin Med. 2023 May 23;12(11):3624. doi: 10.3390/jcm12113624.

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