À faire, 8 000 pas par jour, plusieurs jours par semaine…

L’inactivité physique est un problème majeur de santé publique. De multiples études ont confirmé que le nombre de pas quotidiens était une mesure simple et valide de l’activité physique et que son importance était associée à une moindre incidence de pathologies graves telles que les maladies cardiovasculaires et les démences. Il existe, de fait, une relation entre nombre croissant de pas par jour et déclin de la mortalité, jusqu’à une valeur de 8 000 pas quotidiens, la mortalité restant en plateau au-delà.

Or, le nombre moyen de pas par jour pour les personnes vivant aux USA se situerait seulement vers 4 800. Certains tendent à concentrer leur activité de marche durant le week-end, sur un ou deux jours dans la semaine, mais il semble que le bénéfice de cette pratique soit identique à celui obtenu par une activité régulière, tout au long de la semaine. Cependant, le nombre de jours nécessaire pour effectuer suffisamment de pas pour prévenir des événements pathologiques au long cours reste encore mal défini.

Une relation dose réponse avec un plafond au-delà de trois jours à plus de 8 000 pas dans la semaine

Une étude a été menée sur un échantillon représentatif d’adultes US afin de préciser l’association dose-réponse entre nombre de jours dans la semaine où environ 8 000 pas étaient effectués (soit environ 4 miles), quantifiés par accéléromètre et mortalité globale et cardiovasculaire sur une période de 10 ans. La cohorte d’étude était issue des données 2005- 2008 de la National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES). Elle a inclus 3 101 participants, âgés de plus de 20 ans, munis d’un accéléromètre de type ActiGraph 7164, avec enregistrement concentré sur une période de 7 jours.

Les participants ont été classés en trois catégories selon le nombre de jours dans la semaine où avaient été effectués 8 000 pas ou plus : zéro, de 1 à 2 jours et de 3 à 7 jours. Le principal paramètre de l’étude a été la mortalité à 10 ans. Le paramètre secondaire était la mortalité cardiovasculaire, là encore à 10 ans. Des modèles de régression multivariable (méthode d’estimation des moindres carrés ordinaires) ont été utilisés pour quantifier les différences de risque ajustées (aRD), après ajustement de plusieurs facteurs confondants potentiels : état général, sexe, origine ethnique, couverture par assurance santé, tabagisme, comorbidités…

La cohorte d’étude comprenait 3 101 participants. Leur âge moyen (SD) était de 50,5 (10,3) ans avec 51 % de femmes ; 21,5 % sont noirs, 23,7 % d’origine hispanique et 50,91 % blancs. Le nombre moyen de pas effectués quotidiennement était de 8 793 (6328- 11 439). Parmi les participants, 20,4 % marchaient moins de 8 000 pas chaque jour de la semaine ; 17,2 % effectuaient plus de 8 000 pas 1 à 2 jours par semaine et 62,5 % durant 3 à 7 jours. Ces derniers, les plus actifs à la marche, étaient dans l’ensemble plus jeunes, de sexe masculin, plus souvent d’origine hispanique. Ils avaient plus fréquemment une assurance maladie, étaient moins fumeurs, moins obèses et avaient moins de comorbidités.

Lors des 10 ans de suivi, il y a eu 439 (14,2 %) décès, toutes causes confondues, dont 5,3 % (n= 148) par maladie cardiovasculaire. Après ajustement des facteurs confondants potentiels et en comparaison avec les sujets les moins actifs (moins de 8 000 pas durant toute la semaine), la mortalité globale à 10 ans a été plus faible de 14,9 % dans le groupe effectuant 8 000 pas 1 à 2 jours dans la semaine (aRD : - 14,9 % intervalle de confiance à 95 % IC : - 18,8 à – 10,9 %).

La baisse a été de 16,5 % pour les plus actifs, marchant 8 000 pas ou plus 3 à 7 jours (aRD : - 16,5 % ; IC : - 20,4 à – 12,5%). Il en est allé de même pour la mortalité spécifique cardiovasculaire à 10 ans, avec une baisse respective de – 8,1 % (IC : - 11,8 à – 4,4%) et de – 8,4 % (IC : - 12,5 à – 4,4%), toujours en comparaison avec les participants les moins actifs qui ne dépassaient jamais, dans la semaine, les 8 000 pas quotidiens. Il a été noté une association curvilinéaire entre nombre de pas quotidiens supérieurs à 8 000 et mortalité globale ou spécifique, avec un plateau au-dessus de 3 à 4 jours au-delà de cette valeur.

Diminution du risque de mortalité globale et spécifique à 10 ans de plus de 15 %

En analyse stratifiée, ce sont les sujets les plus jeunes les plus actifs dont la mortalité a le plus diminué, en comparaison avec les plus de 65 ans. Au-delà de 10 000 pas quotidiens, on n’a pu observer aucune différence supplémentaire. La baisse de la mortalité, en cas d’un nombre de pas supérieur à 8 000, 3 à 7 jours par semaine, a paru cependant plus nette chez les hommes (aRD à – 23,8 % ; IC : - 30,4 à – 17,2%) que chez les femmes (aRD : - 12,2 % ; IC : - 18,3 à – 6 ,1 %). Plusieurs analyses de sensibilité ont confirmé les résultats globaux.

Il ressort de ce travail qu’un nombre de pas supérieur à 8 000 par jour plusieurs jours par semaine est associé à une diminution du risque de mortalité globale et spécifique cardio-vasculaire à 10 ans. De fait, les individus ne dépassant ce seuil, marchant de zéro à moins de 2 fois par semaine ont un bénéfice moindre. Ces résultats rejoignent ceux d’études antérieures, dont ceux de la Harvard Alumni Health Study qui avait fait état d’une baisse de 18 % pour les plus actifs durant les week end et de 36 % en cas d’activité physique régulière soutenue. De nos jours, avec la généralisation des smartphones et des appareils d’enregistrement portables, la mesure du nombre de pas effectué quotidiennement est très aisé et apparaît comme une stratégie utile pour promouvoir une activité physique.

Cette étude a 2 points forts. Elle a eu recours à une mesure objective du nombre de pas, via l’usage d’un smartphone. Le suivi a été long avec plus de 99 % de données sur la mortalité à 10 ans disponibles, d’où un calcul précis des aRD. A l’inverse, il est regrettable que le nombre de pas parcourus n’ait été mesuré qu’une seule fois, durant une semaine, sans informations sur d’éventuelles modifications ultérieures de l’état physique et de la marche du participant. Il n’a pas été tenu compte de l’indice de masse corporelle, les obèses marchant en règle plus modérément. Nombre d’autres covariables liées à l’histoire médicale et au statut socio-économique n’ont pu être explorées…

En conclusion, chez les adultes US, une association dose/réponse existe entre le nombre de jours par semaine avec plus de 8 000 pas journaliers effectués et risque de mortalité globale et/ou spécifique cardiovasculaire. Cette association protectrice atteint toutefois un plafond pour 3 jours ou plus, hebdomadaires, avec plus de 8 000 pas quotidiens. Sous réserve de facteurs confondants non mesurés, il est donc suggéré que parcourir plus de 8 000 pas 2 à 3 fois par semaine apporte un bénéfice en matière de santé.

Dr Pierre Margent

Référence
Iwoue K et coll. : Association of Daily Step Pattern with Mortality in US Adults. JAMA Netw Open. 2023, 6 (3) e : 235174. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2023.5174.

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